Teddy : Personne n’aime les loups-garous

Anthony Bajon dans Teddy

Vainqueur du Grand Prix de la Compétition Française lors de la dernière édition du Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma est un OVNI rafraîchissant  et enthousiasmant, confirmant une certaine tendance à l’essor du cinéma de genre en France.

Après Willy 1er en 2016, un premier film réalisé à huit mains – les cinéastes Hugo Thomas et Marielle Gautier en sont les coréalisateurs –, Ludovic et Zoran Boukherma dévoilent enfin Teddy, un coming of age movie se parant de tous les atours d’une comédie horrifique. Comme son titre le révèle sans trop de mal, le métrage narre l’été de Teddy, un jeune-homme de 19 ans vivant chez son oncle et sa tante et travaillant de nuit dans un salon de beauté géré par l’étouffante Ghislaine (Noémie Lvovsky) afin d’économiser de l’argent. Cet été-là, sa petite-amie Rebecca (Christine Gautier) s’apprête à passer son bac tandis que Teddy, après avoir été attaqué par une étrange créature dans les bois voisins, se met à développer de curieuses pulsions animales… Furieusement drôle, parfois carrément effrayant, ce dernier film des frères Boukherma doit énormément à l’interprétation sans faille d’Anthony Bajon, mais tout autant au talent de ses réalisateurs qui parviennent à manipuler les genres sans jamais perdre un seul instant le spectateur.

Anthony Bajon dans Teddy

Le drame derrière l’horreur

Si Teddy nous marque dans la durée et nous a définitivement conquis, c’est par la pluralité des thématiques pertinentes qu’il développe et l’habileté avec laquelle le métrage parvient à mélanger les genres sans jamais décontenancer son audience. Portrait satirique de la société française prenant place dans le Sud de la France, Teddy propose une relecture comico-horrifique du concept de paria. En effet, avant de se transformer définitivement en loup-garou, Teddy était déjà considéré par ses pairs comme un « indésirable ». Orphelin sans éducation et véritablement insolent, Teddy est détesté par l’intégralité des jeunes de son village du Sud, tous bientôt détenteurs du baccalauréat et d’une formation supérieure aux frais de leurs parents. Bien qu’il fréquente Rebecca depuis maintenant huit mois, c’est tout un monde qui les sépare, et d’autant plus quand Teddy évoque la possibilité d’un avenir ensemble. C’était sans compter sur Benjamin, le fils du maire du village, plus beau, plus riche et plus apprécié que Teddy, vers qui Rebecca se tournera finalement.

Teddy, sous ses sympathiques airs de comédie horrifique, traite en réalité d’un véritable drame. A l’image du loup qui terrorise le village et provoque la colère des agriculteurs, Teddy sème le désordre et reste incapable de s’intégrer dans cette société qui ne veut pas de lui. Si Rebecca (et les autres) sont destinés à de grandes études et à un avenir radieux, Teddy est constamment rabaissé et défini par son origine sociale. La séquence finale du film, absolument dramatique, dresse un constat terrible sur l’issue réservée aux individus en marge de la société. Du sort du loup indésirable à celui du jeune homme supposément inadapté, il n’y a qu’un pas.

Anthony Bajon dans Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma

Incursion réussie dans le genre pour Ludovic et Zoran Boukherma, qui livrent un second long-métrage prometteur. Porté par l’interprétation remarquable d’Anthony Bajon, Teddy est un coming of age movie horrifique efficace, qui nous incite à suivre de plus près les projets à venir du duo de réalisateurs, notamment L’Année du Requin (avec Marina Foïs, Kad Merad et Jean-Pascal Zadi), actuellement en cours de tournage sur le Bassin d’Arcachon.

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