Wendy : L’aventure de grandir

Perdue sur une île mystérieuse où l’âge et le temps ne font plus effet, Wendy doit se battre pour sauver sa famille, sa liberté et garder l’esprit jovial de sa jeunesse face au danger mortel de grandir.

Après Les Bêtes du Sud Sauvage et huit ans d’absence, Benh Zeitlin revient avec un Peter Pan revisité, euphorisant et profondément cruel. En soi, le réalisateur montre un film qu’il avait envie de faire et rien d’autre. Dans la lignée de son premier long métrage, le cinéaste prouve encore une fois avec Wendy sa capacité à raconter une histoire, à la modeler selon son envie et à transporter le spectateur dans son monde, pas si merveilleux.

Nous pourrions penser que le métrage s’éloigne de Disney tout en faisant du pied à l’oeuvre originelle de JM Barrie puisque pour ceux qui n’ont vu que le dessin animé : tout est là. Peter Pan, Wendy, le capitaine Crochet, les enfants perdus. Tout est là mais tout est différent, et c’est sur ça que le cinéaste tape fort et arrive à nous faire redécouvrir une histoire intemporelle connue de tous. 

Benh Zeitlin développe certaines thématiques chères à son cœur : l’onirisme et le poétique qui viennent servir un propos plus sombre et plus adulte comme la peur de grandir, celle de la mort et le refus du déterminisme, entre autres. Mais là où le film s’éloigne du cinéma de Spielberg ou encore de Disney, c’est dans sa volonté de ne jamais montrer et servir au spectateur une magie dite féerique mais plutôt de la révéler dans le réalisme et le naturalisme.

Ici c’est Wendy le personnage principal (mais ne l’a-t-elle pas toujours été au fond ?) mais exit la forme patriarcale de la mère au foyer et bonjour à l’idée moderne et universelle de la figure maternelle que représente ce personnage depuis des décennies. Le réalisateur arrive à diriger ses acteurs les plus jeunes avec brio, les faisant scintiller comme des diamants à l’écran, et laissant les acteurs adultes se ternir. Le film revisite et opère un remodelage de l’histoire de Peter Pan sans jamais annihiler ce qui a déjà été dit dessus. Il prend le matériel de base pour redessiner ce que pourraient être tous ces personnages de nos jours.

Au bout du compte, Wendy fait l’effet d’une bombe à déflagration émotionnelle. Une ode à l’enfance, à notre âme d’enfant, à l’épanouissement et à l’aventure. C’est aussi beau que l’aube, aussi cruel que l’âge adulte, aussi inventif que l’œuvre originale et aussi déstabilisant que la fin de l’été. Benh Zeitlin prouve une nouvelle fois une sensibilité hors normes, un talent narratif intimiste et une réalisation euphorisante qui emporte le spectateur comme peut nous emporter un manège. D’une vraie justesse dans son propos et sa forme, avec une BO indie signée Dan Romer qui vient galvaniser le récit d’aventure et parvient à être totalement dévouée à ce que l’on voit à l’écran, Wendy est un bijou du cinéma indépendant qui se lit en deux vitesses et saura émerveiller les plus jeunes tout en brisant le coeur des plus grands.

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