Ainbo : Remonter la flèche du temps

L’industrie de l’animation est sans pitié ; avec la croissance des films d’animations nippons en salles de cinéma et le quasi-monopole des films tout public américains, les spectateurs commencent à se forger de solides attentes. Prenant comme point de départ l’Amazonie, le film manque le tir sur son propos écologique au profit d’une écriture chargée, bien trop ancrée dans les racines du cinéma d’animation.

Produit et réalisé par Jose Zelada et Richard Claus, Ainbo est un film d’animation néerlando-péruvien qui nous propose de suivre les aventures d’Ainbo, une jeune aventurière en plein apprentissage de la vie. La promesse faite par la promotion du film semble rafraîchissante : d’abord par les propos suggérés liés à l’écologie mais aussi par l’émergence de nouveaux producteurs de l’animation. Malheureusement les thèmes suggérés le resteront et les principes de l’animation ne seront pas maîtrisées. Reste donc un projet qui manque de corps, fait de références trop voyantes mais qui n’empêchent pas d’apprécier le voyage.

Trouver sa place parmi les classiques

Contrairement au cinéma d’animation français ou encore celui de nos amis japonais qui ont su dégager leur propre patte artistique avec des structures narratives propres à leurs cultures, Ainbo se vend comme une production occidentale qui respecte ses codes. La promesse initiale est classique pour des personnages qui manquent leurs entrées. On compte parmi la fine équipe : une protagoniste maladroite qui se confie la mission de sauver son village, soutenu par des side-kicks comiques quasi-immortels qui vont soulager le récit. De premier abord, le film ne présente rien d’original, mais au vu d’une histoire se déroulant en Amazonie, les attentes se portent sur un propos écologique qui viendrait à éveiller les consciences de nos jeunes pousses. Malheureusement, ce propos passe sous le radar du film : la nature est vibrante, la vie bat son plein et pour les mordus d’engins de génie civil, ils pourront profiter de quelques tractopelles pendant cinq bonnes minutes.

Si le film ne répond pas aux attentes du public, il serait hypocrite de ne pas admettre ses bonnes intentions. En effet, spectateur comme réalisateur, il est difficile de ne pas revoir les classiques de chez Disney et Dreamworks lors du visionnage d’Ainbo. Le film vient puiser dans les références pour proposer des décors, personnages et arcs narratifs déjà visités par les grands classiques, mais tant appréciés par le public. De fait, ce n’est pas la redite qui est un problème : le cinéma de l’animation ne s’arrête pas à son écriture qui manque parfois même de diversité. La force de cette industrie réside dans son langage propre : expressif, esthétique, explicite et dépaysant. Les structures narratives ne sont qu’un prétexte pour donner vie à des univers fantasmés encore à explorer. Si seulement le film ne s’emmêlait pas les pinceaux avec un récit décousu et aussi chaotique, Ainbo serait une lettre d’amour à ces classiques qui ont bercé notre enfance.

Malgré sa structure narrative chaotique qui aurait pu profiter des ouvrages de Truby avant de réagencer le scénario, le film propose un bon moment : les couleurs sont rafraichissantes, la modélisation est excellente, les personnages sont attachants et le décor, bien qu’il soit figé, reste crédible. Aucun des personnages n’est mémorable certes, mais on se souviendra bien d’avoir rit avec nos proches face à ce petit bijou qui a dû peiner à se faire produire. Le cinéma d’animation, et surtout celui de la 3D, est jeune. Alors laissons-lui sa chance.

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