Les 8 meilleurs films sur les faussaires

À l’occasion de la sortie de l’Affaire Bojarski de Jean-Paul Salomé, un récapitulatif des 8 meilleurs films sur les faussaires et autres artistes de la contrefaçon.

Le cinéma, cet univers illusoire et falsificateur, mentant 24 fois par seconde, s’est paradoxalement peu intéressé au domaine des faussaires.

Pourtant, l’escroquerie artistique est un véritable ballet dansé par trois partenaires principaux. Un faussaire de génie (tel Guy Ribes, Réal Lessard, Beltracchi, David Stein…) qui savent rester dans l’ombre ; Un expert très sûr de lui, qui refuse de se dédire, qu’il soit naïf ou vénal ; Un client obsessionnel, cupide, blasé, aveuglé par le désir, avide de trophées. Le maître du ballet est souvent un vendeur escroc qui exploite sans vergogne le faussaire, les experts, les clients, récolte les certificats et empoche le gros lot.

Oublions les blockbusters comme Attrape-moi si tu peux (2002) de Spielberg, ou le très astucieux Usual Suspects de Bryan Singer (Oscar du meilleur scénario en 1995), où le spectateur lui-même est le « gogo », pour nous intéresser à des films plus rares sur ce domaine très peu représenté.

Voici donc une sélection de meilleurs films sur les faussaires : Les trois premiers s’intéressent aux faussaires, le quatrième à l’expert, le cinquième et sixième à des clients loin d’être naïfs, mais manipulés par l’obsession, l’ennui ou le désir de possession. Enfin, les deux derniers s’adressent simplement à… notre propre crédulité.


1. F for Fake (Vérités et Mensonges) – Orson Welles (1973)

Commençons par F for Fake, superbe introduction au thème. C’est un documentaire en jeu de miroirs où Orson Welles, cinéaste de génie mais faussaire lui-même, parle de faussaires dans une mise en abyme vertigineuse.

Welles avait déjà paniqué l’Amérique avec son émission de radio adaptant La Guerre des mondes de son homonyme H. G. Wells, faisant croire en direct que les martiens avaient atterri aux États-Unis et laissant courir la rumeur que certains auditeurs s’étaient suicidés dans la panique. Avec F for Fake, Welles signe un chef‑d’œuvre avant-gardiste qui, à sa sortie, réinvente les codes du documentaire et amène, bien avant notre époque de « deepfake », le spectateur à se questionner sur la véracité de ce qu’il voit.

On y croise pour la première fois Elmyr de Hory, le pseudo‑biographe Clifford Irving, Picasso, et une superbe muse inconnue. C’est l’introduction idéale à ce monde de dupes. Elmyr de Hory (au faux patronyme) peint un Matisse en direct, puis le brûle, en commentant :« Le trait de Matisse est tremblotant alors que le mien est beaucoup plus net et précis. »

C’est tout le problème de l’égo du faussaire, tenté de faire « mieux que le vrai », au risque de se trahir.


2. Un vrai faussaire – Jean‑Luc Léon (2015)

Le documentaire Un vrai faussaire (2015), de Jean‑Luc Léon, suit avec ironie mais respect le parcours de Guy Ribes, faussaire français qui a passé des décennies à créer des œuvres « de » Picasso, Matisse, Renoir et d’autres maîtres.Ribes raconte ses expériences, son processus créatif, et révèle comment il a réussi à mystifier le monde de l’art.

Le documentaire brise l’image romanesque du faussaire pour montrer un artiste sympathique, né dans un bordel, gouailleur, flambeur, mais exploité. Ribes n’a jamais strictement copié des tableaux : il a littéralement « habité » chaque artiste, retrouvant leur technique et leur esprit pour recréer des œuvres originales. « Il faut qu’un tableau ait une âme », affirme-t-il. Son heure de gloire fut, comme pour tout faussaire, celle de son procès, où même Gilles Perrault, expert à charge, lui rend hommage.

On le voit peindre en direct un Picasso ou un Kandinsky, et les dernières images montrent un Matisse dont on ne sait pas s’il finira un jour sur le marché de l’art, puisqu’il dit lui‑même : « L’affaire étant jugée et ma peine purgée, qui pourra prouver que le tableau a été peint après le procès ? »

On peut voir quelques tableaux de ce faussaire génial au Musée de la Contrefaçon, rue de la Faisanderie à Paris (eh oui…)


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3. Le Dernier Vermeer – Dan Friedkin (2019)

Le Dernier Vermeer (2019) montre comment l’histoire peut virer au cocasse, voire au tragi‑comique.Ce drame historique de Dan Friedkin raconte l’histoire de Han van Meegeren, faussaire néerlandais accusé de trahison pour avoir vendu un faux Vermeer à Göring durant l’Occupation : Marie‑Madeleine lavant les pieds du Christ.

Lors de son procès, Van Meegeren, interprété par Guy Pearce, doit prouver ses dires en peignant en prison un autre « Vermeer ». Il devient ainsi un héros ambigu : coupable d’avoir vendu des « trésors nationaux » à l’ennemi, mais coupable aussi d’avoir dupé et ridiculisé Göring et trompé tous les experts. Il est rare qu’un faussaire doive prouver qu’il est bien un faussaire au péril de sa vie.

Pearce incarne avec brio ce personnage complexe, entre cynisme et génie, dans une reconstitution d’époque soignée, portée par une intrigue à la fois dramatique et intellectuelle. Pour mesurer le vertige de cette histoire : un faux Vermeer de Han van Meegeren, reconnu comme tel, a tout de même été vendu aux enchères en 1995 à Paris, à l’hôtel George V, pour 53 000 euros.


4. The Best Offer – Giuseppe Tornatore (2013)

Pour illustrer la figure de l’expert, The Best Offer de Giuseppe Tornatore, est un choix idéal. Le film suit Virgil Oldman (Geoffrey Rush, inoubliable dans Shine), expert en art et commissaire‑priseur renommé, engagé par une femme mystérieuse pour évaluer ses biens.

On y retrouve le trop rare Donald Sutherland dans le rôle de Billy Whistler, peintre et vieil ami de Virgil, The Best Offer plonge dans le monde de l’art italien, où le faux et la contrefaçon parcourent le film en filigrane jusqu’à la révélation finale.

Geoffrey Rush incarne avec finesse un homme perfectionniste, solitaire, presque monolithique, peu à peu troublé par sa cliente insaisissable.

Les décors somptueux, dignes de Visconti, la photographie splendide, la production assurée par Dino De Laurentiis et la musique d’Ennio Morricone ressuscitent les splendeurs des palais italiens. Parmi les scènes marquantes : la « panic room » tapissée de portraits de femmes ; la reconstitution progressive d’un automate (clin d’œil possible à la scène finale du Limier de Mankiewicz) ; la litanie de chiffres débitée par une naine surdouée, et la trogne pittoresque de Sutherland.

C’est un véritable thriller psychologique et visuel, où se mêlent obsession, arrogance, art, amour et duperie : toute la fragilité complexe de l’âme humaine


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5. L’Affaire Thomas Crown – John McTiernan (1999)

Pour que le faussaire prospère, il faut un client. Oublions l’archétype du « gogo » : le dangereux Doyle Lonnegan (Robert Shaw) dans L’Arnaque (The Sting, 1973), sans parler de nous, peuple de spectateurs ravis d’être bernés par Usual Suspects.

Car les clients ne sont pas toujours des naïfs : ils peuvent être riches, hautement cultivés, obsédés par la chasse au trésor, l’acquisition de la relique, du tableau unique, du « gros coup » et, parfois, par la défiscalisation utile.

Le Thomas Crown évoqué ici est le remake modernisé de L’Affaire Thomas Crown, avec Pierce Brosnan en milliardaire qui s’ennuie, et Rene Russo en enquêtrice d’assurances. Thomas Crown vole Impression, soleil levant de Monet (ou sa variation cinématographique) au MoMA de New York, et joue au chat et à la souris avec la détective.

Réalisé par John McTiernan (Die Hard, Predator), spécialiste de l’action et de l’adrénaline, le film transpose ce savoir‑faire musclé dans l’univers supposé paisible de l’art et des musées.

Trois scènes cultes avalent à elles seules des millions de dollars de budget : La scène inaugurale du vol du tableau impressionniste au Metropolitan Museum ; la course en catamaran où Thomas Crown casse son joujou.; la scène finale de restitution du tableau, magnifique et élégant hommage à Magritte, véritable chef‑d’œuvre de montage, de rythme et de bande‑son, sur Bill Conti et Nina Simone.


6. L’Homme pressé – Edouard Molinaro (1977)

L’Homme pressé d’Édouard Molinaro et adapté du roman de Paul Morand, suit Pierre Niox (Alain Delon), collectionneur obsédé par la possession d’objets d’art rares et précieux.Acheteur maniaque, dévoré par sa passion, il est aveuglé par son addiction. Delon, au jeu survolté, donne la réplique à Mireille Darc et au très fin Michel Duchaussoy, emportant un film qui reflète parfaitement les années 1970.

Dialogué par Maurice Rheims, commissaire‑priseur pendant trente ans, et Christopher Frank, ce film décrit avec précision le milieu de l’art et des enchères. La scène finale de la vente aux enchères, édifiante et authentique, est directement inspirée du livre de Maurice Rheims, Haute Curiosité.

Le film, honnêtement réalisé mais sans grande surprise, mériterait un remake contemporain (avis aux cinéastes : Jacques Audiard serait parfait pour cela…).


7. Opération Lune (Dark Side of the Moon) – William Karel (2002)

Opération Lune (Dark Side of the Moon, 2002), de William Karel, est un « documenteur » diffusé pour la première fois sur Arte le 16 octobre 2002. Ce faux documentaire explore, avec humour et ironie, la théorie du complot selon laquelle les images des premiers pas de l’homme sur la Lune auraient été falsifiées.

Le film multiplie les fausses interviews de personnalités comme Henry Kissinger, Donald Rumsfeld ou Buzz Aldrin, ainsi que de prétendus proches de Stanley Kubrick, suggérant que le cinéaste aurait mis en scène l’alunissage en studio. En réalité, ces interviews sont habilement montées, parfois jouées par des acteurs, mêlant faits réels et fiction pour construire une narration trompeusement convaincante.

L’objectif de Karel est de montrer comment images et témoignages peuvent être manipulés pour créer une fausse réalité, et d’inciter le spectateur à développer son esprit critique.

Le film se termine par des indices évidents de sa nature fictive, notamment des bêtisiers, afin que le public comprenne bien qu’il s’agit d’une satire.

8. Capricorn One – Peter Hyams (1978)

Dans le même registre, Capricorn One (1978), de Peter Hyams, est une œuvre culte qui s’inscrit parfaitement dans le registre des « fakes » à grande échelle.

Le film raconte l’histoire d’une mission spatiale vers Mars qui, pour des raisons techniques et politiques, est entièrement simulée sur Terre. Lorsque les astronautes découvrent que leur mission est une gigantesque mise en scène orchestrée par le gouvernement, ils se retrouvent eux‑mêmes en danger de mort, car ils connaissent trop de secrets.

Ce thriller paranoïaque explore l’idée du mensonge institutionnalisé, où les apparences sont minutieusement construites pour manipuler l’opinion publique, en écho aux théories du complot autour des missions Apollo. Ici, le « fake » n’est plus seulement affaire de tableaux, mais d’images d’État, d’icônes nationales.


D’autres meilleurs films sur les faussaires : Les Règles de l’art (2025) ; Les Faussaires (2007) ; Le Jardinier d’Argenteuil (1966) ; Moonwalkers (2015) ; Le Chardonneret (2019) ; Le Roi des imposteurs (1961) ; Bean (1997) ; L’Emploi du temps (2001) ; 

– Philippe Mezhrahid

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