Une jeune fille qui va bien : C’est un mensonge

Irène est une jeune fille juive de 19 ans qui vit à Paris aux côtés de sa famille en 1942. Malgré l’insouciance de son jeune âge se profile un destin funeste que nous connaissons tous… 

C’est la même année que sa fille Suzanne Lindon (Seize Printemps) que Sandrine Kiberlain a décidé de réaliser son tout premier long-métrage intitulé Une jeune fille qui va bien. Mais contrairement à sa fille, elle bénéficie d’une longue carrière d’actrice. Après avoir joué pour des réalisateurs comme Lautner, Audiard, Jacquot, Dupontel ou encore Maïwenn, elle sera prochainement à l’affiche de plusieurs films comme On est fait pour s’entendre de Pascal Elbé, Un autre monde de Stéphane Brizé, Chronique d’une liaison passagère d’Emmanuel Mouret (Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait) ou encore Novembre de Cédric Jimenez (Bac Nord). Présenté à la Semaine Internationale de la Critique au Festival de Cannes 2021 puis en avant-première au Festival francophone d’Angoulême avant sa sortie nationale début 2022, Sandrine Kiberlain déçoit avec sa première réalisation malgré une idée de fond intéressante. Telle mère, telle fille…

Rebecca Marder et Cyril Metzger s'enlacent

On connaît la chanson

La Shoah est une tragédie historique surexploitée par le cinéma. Qu’il soit européen ou américain, beaucoup de films ont traité de ce sujet sous tous les angles possibles et inimaginables. Impossible de ne pas évoquer les classiques comme le documentaire bouleversant Nuit et Brouillard d’Alain Resnais, La Liste de Schindler de Steven Spielberg, La vie est belle de Roberto Benigni, La Rafle de Roselyne Bosch ou encore dernièrement Le Fils de Saul de László Nemes. 

La Seconde Guerre mondiale a eu lieu 70 ans plus tôt, et on continue à faire des films sur cette période. L’antisémitisme aujourd’hui prouve que ces films restent essentiels et sont des outils d’éducation primordiaux. Mais encore faut-il pouvoir s’approprier le sujet pour ne pas être une pale copie de son prédécesseur.

L’inconscience collective

Le point de vue de l’enfance est idéal pour confronter la violence de la période et la stupidité de celle-ci. Jacques Doillon en témoignait dans Un sac de billes, Louis Malle avec Au revoir les enfants, ou encore Mark Herman avec Le Garçon au pyjama rayé. Sandrine Kiberlain aborde la période à travers le regard d’une jeune fille de 19 ans, pas tout à fait une adulte par son comportement enfantin mais assez grande pour avoir son propre avis. 

Le spectateur est habitué à la période, et la réalisatrice décide ainsi de filmer le train de vie d’une jeune adulte plutôt que d’accentuer les atrocités mises en place. En effet, le contexte est posé par  des éléments historiques parsemés dans son récit (le port obligatoire de l’étoile jaune, la mention « juif » sur la fameuse « carte d’identité de Français », la réquisition d’éléments interdits aux juifs comme les vélos…), et c’est avant tout le point de vue d’Irène que nous adoptons. Il en découle alors une insouciance (intériorisée) de la situation et des priorités fixées sur ses amours, ses amitiés, et sa passion pour le théâtre. Mais cette intériorisation marquée par des évanouissements est bien trop légère pour montrer sa peur.

Jeux d’enfants

Si l’idée est intéressante à souligner, l’intérêt que nous portons au film est plus grand lorsqu’il s’intéresse au contexte historique, bien trop fragile malgré les éléments qui y sont insérés. Le père et la grand-mère d’Irène ont quelques scènes de contradiction par rapport à ce qui leur attend, et le sujet est bien trop vite tût par l’hyperactivité de leur fille. En préférant les problèmes d’adolescents au contexte dans lequel ils se trouvent, Une jeune fille qui va bien nous gêne parfois par sa mauvaise gestion de la comédie et du drame, avec des situations clichées et sans aucune subtilité quant à son dénouement.

Les acteurs n’en restent pas moins inspirés et livrent des performances qui permettent à eux-seuls de continuer à les suivre jusqu’à la fin. De la scène d’introduction où Irène répète une pièce en gros plan, à la joie qu’elle dégage à la fin du film, Rebecca Marder de la Comédie Française incarne parfaitement un personnage qui lui va comme un gant et qui peut que nous décevoir par ce gâchis.  

Pour son premier long-métrage, Sandrine Kiberlain fait le choix judicieux d’aborder un sujet qu’elle semble connaître (ses grands-parents sont juifs polonais et son père auteur de théâtre). Mais elle ne va pas assez loin dans son audace pour nous surprendre, et Une jeune fille qui va bien tombe complètement à l’eau, n’ayant que ses acteurs pour l’empêcher de couler.

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