Sleep (Schlaf) : Cauchemar en cuisine

Sleep

Marlene est envahie par d’intenses cauchemars qui prennent le pas sur sa vie. Lorsqu’elle se rend dans le village qu’elle entrevoit dans ses rêves, elle est plongée dans un état d’apathie suite à un cauchemar trop intense. Sa fille Mona la rejoint et mène l’enquête…

Présenté en première à la Berlinale en 2020, il faut attendre l’édition en ligne du Festival du film fantastique de Gérardmer 2021 pour enfin pouvoir découvrir Sleep en France. Un thriller horrifique allemand en compétition officielle réalisé par Michael Venus. Il sème le doute, et c’est à la fois sa plus grande qualité et son plus grand défaut. 

Marlene et Mona s'enlacent dans Sleep

L’horreur de la réalité

Quoi de mieux que l’inconscient pour être la pièce centrale d’un film d’horreur ? Certains films exploitent les cauchemars pour proposer des séquences horrifiques oubliables et désuetes, c’est le cas de Dreamkatcher (2020). D’autres comme Before I Wake (2016) et Get Out (2017) s’inspirent de l’inconscient pour parler de thématiques plus profondes. Sleep continue dans cette lancée pour évoquer les traumatismes des générations passées et leur impact sur le présent. Il puise sa force dans la ligne floue entre le rêve (cauchemar) et la réalité – ici indissociables pour le spectateur. Selon cette idée de Michael Venus, la vérité est souvent à la hauteur des effrois de l’inconscient, et tout semble concorder pour dire que la réalité derrière l’inconscient est souvent bien plus effrayante…

L’Overlook Hotel

Grâce aux dessins réalisés par Marlene avant de tomber dans un état d’impassibilité, Mona peut mener l’enquête sur les mystères qui entourent la situation de sa mère. Près de l’hôpital où sa mère (Sandra Hüller) se trouve, un étrange hôtel dans un petit village devient la pièce maitresse du film. L’hôtel rappelle immédiatement l’Overlook Hotel de Shining (1980) grâce à la mise en scène. Avec sa grandeur, ses immenses pièces vides, cette impression qu’une présence fantomatique y vit ; le réalisateur filme les personnages dans des lieux vides mais oppressants. On pense également à l’ambiance du Suspiria (1977) de Dario Argento. C’est là où Mona commence à faire des rêves étranges, intenses, indiquant qu’elle est profondément liée aux cauchemars de sa propre mère à cause d’une ancienne histoire familiale sombre et sanglante.

David Lynch remplace Philippe Etchebest

C’est exactement à partir de là que Sleep devient obscur, voire indéchiffrable. Michael Venus ne prend pas le spectateur par la main, et peut facilement le perdre malgré l’évolution de l’enquête qui éclaire dans une certaine mesure les recoins sombres de ce mystère. Le film brille dans son segment final où des personnages sont méticuleusement empoisonnés pendant un cocktail. C’est Cauchemar en cuisine, mais sans l’aide de Philippe Etchebest. C’est David Lynch qui prend le relais en laissant continuer les cauchemars souvent incompréhensibles de cette fin de film. Pour certains, tout deviendra clair comme de l’eau roche. Pour d’autres, cette conclusion perdra définitivement le spectateur. 

Mona néon rouge Sleep

Sleep, c’est la promesse d’un film passionnant pour les amateurs d’interprétations. Pour les autres, il ne sera qu’un long moment de solitude bien rythmé mais trop obscur pour y adhérer. La performance des acteurs (particulièrement celle de Gro Swantje Kohlhof), les décors et les costumes n’en demeurent pas moins très réussis.

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