Host : Le spiritisme 2.0

Une séance de spiritisme avec ses amis en temps normal, c’est flippant. Et si vous profitiez de la situation sanitaire du COVID-19 pour engager une médium et animer une séance via Zoom ? Fortement déconseillé à… tous. 

Début 2020, on pensait commencer la décennie sur les chapeaux de roue avec des tonnes de projets et de résolutions. Résultat : 2 mois plus tard, nous sommes confinés et le monde entier est bouleversé par la pandémie. Un an après, le festival de Gérardmer (qui se tient en ligne) accueille Host en compétition officielle, un film en found footage réalisé par Rob Savage. Au début de l’année, il réalise un court-métrage improvisé qui devient viral, puis décide d’en faire un moyen-métrage.

Réunion Zoom avec 5 personnes, une fille a la tête retournée

Found footage à l’ère du 2.0

Popularisé à la fin des années 90 par le film culte Le Projet Blair Witch, le found footage a existé avant, et il existera après. Désormais une forme adulée par le grand public, Blumhouse a longtemps misé sur la saga Paranormal Activity, un sixième opus est d’ailleurs en préparation. Avec le temps, le genre s’est modernisé et même adapté aux nouvelles technologies, en passant du caméscope au smartphone, de la VHS au DVD, et même en intégrant les réseaux sociaux. Celui qui se rapproche le plus d’Host sous l’angle horrifique est bien entendu Unfriended (2015) de Levan Gabriadze, un groupe d’adolescents qui se rejoint sur Skype après le suicide d’une lycéenne et qui sont interrompus par un inconnu. 

Tout le monde a déjà utilisé Zoom, et c’est cette plateforme qui permet à ce groupe d’amis de mettre en place des appels quotidiens pour garder un contact social. Tout le film est une capture d’écran de la plateforme et de ce qui s’y déroule à l’intérieur, offrant une impression de plan-séquence 2.0 grâce à l’omniprésence des protagonistes dans ce cadre. La connaissance de son médium (vous l’avez ?) est ce qui permet au film de briller dans ses propositions horrifiques. La plateforme de visioconférences Zoom a mis en place la possibilité d’alterner les formats : on peut y voir à l’écran une ou plusieurs personnes, l’alternance est bien effectuée pour rendre l’immobile mobile et le rendre plus dynamique, nous offrant 52 minutes bien rythmées.

Seul on va plus vite. Ensemble on va plus loin (dans la mort)

Le found footage coûte moins cher à faire, et il est souvent plus artisanal. Host est un fait-maison qui prouve que le cinéma est un art d’équipe. Le film a été tourné pendant le confinement et en respectant le protocole sanitaire jusque dans le film, les acteurs sont dirigés à distance et portent une casquette à tout faire puisqu’ils s’occupent aussi de la technique, du placement des caméras, des déplacements, des effets horrifiques utilisés… 

Malheureusement pour les personnages, seul on va plus vite, ensemble on va plus loin… Mais dans la mort. La crise sanitaire apporte une profondeur à l’anxiété causée par les évènements qui tournent mal. Pour certains d’entre eux, ils n’habitent pas très loin l’un de l’autre mais sont dans cette situation d’isolation. Il n’y a alors plus aucun échappatoire, comme s’ils étaient condamnés à tous tomber petit à petit.

Réunion Zoom, une fille à une bougie devant elle, elle porte des lunettes

Jusqu’à la fin, Rob Savage exploite son médium et convainc le spectateur. Sans révolutionner le genre du found footage, la période de confinement du COVID-19 aura permis à de nombreux créateurs de mettre en avant leur créativité. Songbird en est l’exemple raté, Host l’exemple parfait. 

Laisser un commentaire