Géraldine Nakache signe un film sur l’obsession et la toxicité des relations d’emprise. Si tu penses bien est un drame conjugal haletant présente la violence psychologique qu’exerce un époux sur sa femme.
Monia Chokri (Gil) et Niels Schneider (Jacques) incarnent un couple de confession juive qui ont le coup de foudre l’un pour l’autre. Dans Si tu penses bien, tout se fait rapidement : l’emménagement, le mariage, les enfants… puis, c’est le piège qui se referme. Ce qui semblait être une relation saine devient une relation d’emprise à laquelle Gil peine à échapper. L’originalité du propos réside dans la religion qui devient instrument de domination.
« A Dubaï, Gil (Monia Chokri) rencontre Jacques (Niels Schneider). Leur coup de foudre débouche sur un mariage précipité qui révèle vite une fracture profonde : Gil ne partage pas la foi dévorante de son mari. Jacques tente de la soumettre à sa vision du monde avec un mantra aux allures de menace. »

Dans les coulisses d’une relation toxique
Tout commence à Dubaï. Gil vient de perdre sa cousine. Elle fait un malaise à l’aquarium, Jacques la soutient, le coup de foudre est immédiat. Il prend le premier vol pour Paris pour fonder un foyer. Le piège s’ouvre comme une promesse. Naviguant au fil d’allers-retours dans le temps, le scénario met en lumière une série de situations qui sont autant de signaux d’alarme : l’isolement, la culpabilisation, la surveillance, le retournement du stigmate, le gaslighting. C’est une rupture assumée de la réalisatrice pour ce film. On est loin des paillettes, de la bonne humeur, et de la sororité solaire du film Tout ce qui brille, de l’amitié tendre dans J’irai ou tu iras.
Nakache change radicalement de genre, surfant sur la vague des drames de dark romance, qui traitent de l’emprise psychologique. Dans Si tu penses bien, on suit Gil, une femme indépendante, qui tombe sous le charme de Jacques. Tout commence simplement et finit socialement isolée. Malgré sa force de caractère, elle se retrouve coincée dans une relation d’emprise.
Un Schneider manipulateur
L’époux alterne entre justifications moralement douteuses, excuses appuyées, pleurs, gestes affectifs, à des cris, de la violence, et de la culpabilisation. Ce contraste est intelligemment développé et étayé dans les dialogues. La religion, par définition sacrée, devient un outil de désacralisation. Un outil néfaste qui plonge Gil dans la dépression.
Niels Schneider compose un bourreau d’une subtilité magistrale, retournant systématiquement les situations pour faire de la victime la coupable. Il utilise la religion pour soumettre Gil et lui imposer une hygiène de vie imposée dictée par les codes. Néanmoins, il ne frappe jamais sa femme, et c’est ce qui rend la violence psychologique plus insidieuse et mémorable. Il se positionne toujours à la frontière du non-retour, sans la franchir, pour être pardonné et recommencer ses méfaits.

Jusqu’où faut-il porter sa croix ?
La réalisatrice nous interroge à travers ce film : jusqu’où doit-on tolérer les abus dans le couple ? Elle renforce son propos à travers le traitement de la religion comme instrument de manipulation et domination. Si tu penses bien s’ouvre sur Gil, se nettoyant la peau, les cheveux, les mains avec soin après sa douche, pour ne revêtir qu’un vêtement de pureté lors de sa mikvé. Elle cure ses ongles de manière frénétique comme pour se libérer de l’impureté de ce mariage qui l’emprisonne. Ce qui finalement doit être un acte de consentement religieux, un rituel choisi, devient une épreuve. On ressent à travers un rythme effréné son besoin vital de s’extraire de ce mariage qui l’étouffe.
Tous deux de confession juive, la vie du couple est rythmée par les rites et les commentaires de la Torah affichés à l’écran. Tout commence avec la foi comme carcan, lorsque son époux Jacques instrumentalise la religion pour imposer sa vision du monde. Le sacré devient un outil primaire de domination. Dans les premiers instants du film, Jacques déclare même au rabbin « Je l’ai sauvée ». C’est à ce moment précis que le drame s’impose.
Si tu filmes bien
Puis, il s’appuie sur le mantra si tu penses bien, tout se passera bien, qui sonne plus comme une menace qu’une promesse. Ce motif se répète au fil du film, comme pour justifier la violence psychologique qui s’ensuit. Cette traversée de Gil devient initiative et conte le parcours d’une femme, de l’emprisonnement à la libération.
Pour être au plus près de la réalité, la réalisatrice s’appuie sur la force des dialogues et du jeu d’acteur, sur des plans serrés et rapprochés des visages. Elle suit Gil dans les couloirs étroits de sa maison ou sur son chemin jusqu’aux bains pour sa mikvé. La tension est brillamment orchestrée et révèle la relation d’emprise : les babyphones installés dans plusieurs pièces de la maison pour la surveiller ou encore la vision presque prémonitoire d’un requin qui symbolise son mari.
Géraldine Nakache réalise une observation sociale fine des relations toxique à travers une plongée glaçante dans le quotidien de cette femme. On la suit sur le tournage de ses films, chez elle à la maison, à travers un cadrage minutieux et une caméra portée suivant ses mouvements. Finalement, la foi de Gil est d’abord sa prison avant de devenir la clef de sa libération.
