Peninsula : Le cinéma est mort (-vivant)

Peninsula, suite de Un dernier train pour Busan, était présenté à Deauville 2020 sous le label « L’heure de la croisette », label spécialement créé pour accueillir Cannes à la 46e édition du festival du film américain. Quatre ans après le dernier opus, Sang-Ho Yeon revient avec ce qui s’avèrera sans doute comme l’un des pires films de cette nouvelle édition du festival de Deauville. 

Bien entendu, c’est dur de passer après le succès d’Un dernier train pour Busan. Le film, s’il ne réinventait pas grand chose du mythe du zombie, avait au moins le mérite d’être original dans son récit, ultra-linéaire et en quasi-total huis-clos. Comme il faut se renouveler, le réalisateur a fait le choix de partir… à l’exact opposé. Plus aucun personnage en commun, pas de huis-clos, mais alors pourquoi cette suite ? Peninsula pue l’opportunisme, c’était presque évident, mais aussi le manque d’inspiration. Un film de zombie pour faire un film de zombie, voilà une démarche intéressante dira-t-on.

Avec un récit cliché qui construit des personnages encore plus caricaturaux que dans le premier film, Peninsula réussit l’exploit de faire de ces protagonistes une représentation allégorique de l’apathie, tant ces derniers n’inspirent rien de plus que leur pure fonction scénaristique. Tous ces personnages s’inscrivent dans une histoire qui multiplie inutilement les scènes d’émotions, si tant est que l’on puisse éprouver quoique ce soit. Tout au plus, Peninsula provoque quelques rires (nerveux ?) tant chaque situation dramatique tire vers le ridicule. Et c’est sans doute pour cela que le film n’a pas une moins bonne note, c’est que malgré lui, il fait rire. On ne rit jamais avec le métrage, mais du métrage. Alors descendre le film revient plus ou moins à tirer sur une ambulance en feu, les pneus crevés et sur la réserve d’essence.

Le principal problème du film est sans doute de s’adresser avant tout à un public coréen sans réellement prendre en compte un public international. Le film de Sang-Ho Yeon ne fait que mettre en place des vieux ressorts du cinéma coréen, à l’image d’une bonne vieille comédie qui sortirait en France. Artistiquement, le film se rapproche donc du néant. Les VFX n’aident pas et rappellent des blockbusters d’il y a plus de dix ans. Heureusement, quelques sympathiques scènes d’action arrivent ponctuellement pour relancer l’attention du spectateur qui, sinon, n’aurait pas de meilleur choix que de quitter la salle. Le temps est précieux et des longs-métrages comme Peninsula, malheureusement loin d’être le seul, tendent à le rappeler.

Il est dommage que, dans le peu d’oeuvres asiatiques qui arrivent jusqu’en France, soient donnés aux spectateurs des navets qui confortent le spectateur moyen dans l’idée que le cinéma étranger n’a rien à lui apporter. En soit, aller voir Peninsula requiert une préparation mentale pour ne pas sortir dépité de la salle de projection. À voir à vos risques et périls. 

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