Kiyoshi Kurosawa, réalisateur culte, a présenté lors de ce Festival de Cannes 2026 Le Château d’Arioka. Le film sortira en salles… le 27 janvier 2027.
Jidai-Geki, film de samouraï, film policier, noir, peut-être un peu bordélique mais surtout maîtrisé, Le Château d’Arioka est un film singulier, aussi bavard que bien mis en scène. Coup de génie, coup de fatigue ou incompréhension, quoiqu’on en pense, il n’a pas laissé indifférent. Nous avons eu la chance d’avoir un entretien avec le réalisateur, qui a pu répondre à quelques unes de nos questions.
« Dans le Japon féodal, le seigneur Murashige (Masahiro Motoki) se retranche dans son château et y fait prisonnier son ennemi, le stratège Kanbei (Masaki Suda), qu’il décide d’épargner. Au fil des saisons, des crimes inexpliqués viennent troubler l’ordre des lieux ; Murashige mène l’enquête, mais se heurte chaque fois à une pièce manquante que seul Kanbei, depuis sa cellule, semble capable de déchiffrer. Entre méfiance et emprise, leur relation se transforme, tandis que de nouveaux meurtres surviennent et que Murashige perd peu à peu le contrôle de ce qui se joue dans son propre château… »

CinéVerse : À la sortie de la projection, j’ai pu questionner des amis qui, pour certains, ont dit avoir adoré le film, et pour d’autres l’avoir détesté. À titre personnel, j’ai beaucoup aimé, mais il faut admettre que c’est une œuvre singulière. Et parmi toutes ses singularités, laquelle vous rend le plus fier ?
Kiyoshi Kurosawa : Il est tout à fait normal que tout le monde ne puisse pas adhérer à mes films, ou même les comprendre. Ce film-ci est d’autant plus compliqué que c’est un film historique avec une galerie de personnages assez étendue, beaucoup de noms, qui peuvent aussi être difficiles à mémoriser. Je pense que d’emblée ça peut créer des difficultés à entrer dans l’univers.
Cela dit, en étant dans la salle, j’ai ressenti une adhésion au moins partielle du public, j’ai vu que les spectateurs réagissaient. Il y a eu des rires, du trouble, j’ai pu sentir la salle un peu frémir. Je pense que ces réactions ne peuvent être suscitées que s’il y a une compréhension, aussi minime soit-elle, de la trame du film, et donc une empathie pour Murashige Araki, le personnage principal. Ce qui me rend fier, c’est d’avoir réussi à emporter une partie du public à avoir une curiosité et une empathie pour ce personnage.
CinéVerse : Thierry Frémaux a introduit Le Château d’Arioka en parlant de films de samouraïs. Mais ce n’était pas exactement le type d’aventure samouraï à laquelle on peut être habitué. Ça en a fait une très bonne surprise pour une partie du public. Comment avez-vous souhaité jouer sur les attentes du spectateur en mettant les combats et la guerre presque… en toile de fond ?
K.Kurosawa : Moi-même je pense que je n’ai pas réalisé le film que je pensais faire au départ. Un film d’époque japonais, un jidai-geki, pour moi, c’était des combats au sabre, de grandes batailles. Mais je pense que c’est très lié au personnage principal du film, qui lui a été un guerrier, un samouraï une bonne partie de sa vie et, précisément, le film montre le moment où il n’a plus envie de se battre.
Tout au long de l’histoire, il cherche à trouver les moyens pour ne plus se battre, à inverser le système de valeurs, de conventions. De fait, le film va suivre son évolution, et en est ressorti un film de samouraïs presque sans combats, comme le voulait Murashige Araki.

CinéVerse : J’aimerais revenir sur vos derniers travaux. On a récemment pu voir Chime, un film d’épouvante, et Cloud, qui est presque une comédie d’action. Ici, vous êtes sur un film d’époque qui n’est ni de l’épouvante, ce pourquoi le grand public vous connait en majorité, ni une comédie. Comme vous semblez ne pas vraiment vous accrocher aux genres, je me demandais ce qui vous amuse encore dans le fait de faire des films ?
K.Kurosawa : C’est assez difficile à expliquer, mais je n’ai pas le sentiment que les films viennent de moi. J’ai l’impression qu’ils existent quelque part, et que c’est à moi d’aller les chercher, c’est une forme de découverte. Évidemment, si je ne les pense pas, si je ne les imagine pas, ils n’existeront jamais, mais c’est plutôt comme si je devais aller vers le film. Puis, grâce à toute l’équipe qui travaille avec moi, le film finit par naître. Ça va me faire employer un peu des grands mots, mais je pense que tant que l’histoire du cinéma se poursuit, quelque part j’aurai toujours des films à faire.
Tant que le fil de l’histoire du cinéma se déroule, il y aura des films pour moi, des œuvres dont je me dis « il faut que je le fasse, c’est important, c’est ce qui me correspond ». Après, peut-être que si un jour le cinéma s’arrête, meurt, alors je n’aurai plus rien à faire. Tant que le cinéma vit, moi j’aurai envie de faire des films.
« Tant que le fil de l’histoire du cinéma se déroule, il y aura des films pour moi »
CinéVerse : Vous venez d’expliquer que Le Château d’Arioka ne venait pas de vous mais l’inverse, et même que vous ne pensiez pas réaliser le film de cette manière de prime abord. Quel était réellement le film que vous vouliez faire ?
K.Kurosawa : Mais ce qui est amusant, c’est que je trouve que le résultat est assez conforme à ce qu’il doit être. Pour préparer ce projet, j’ai revu des jidai-geki, des classiques, et je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas que des films de combat, que d’autres formes étaient possibles. Mais surtout, je me suis dit que mon idée était de conserver un certain standard.
J’ai conscience d’avoir fait un film qui, dans la forme en tous cas, est assez traditionnel. J’ai voulu rendre un hommage aux films de ce genre, aussi. Au final, en voyant mon film terminé, j’en suis fier car je vois le film en me disant qu’il est ce qu’il devait être.

Entretien réalisé par Antoine Jury au Festival de Cannes 2026
