Après votre Vol de Nuit pour Los Angeles, prenez un billet direction l’île de Pâques. En première classe, profitez de la protection de deux agents de la CIA, Chris et Lee. Mais accrochez tout de même vos ceintures car leur relation semble plus turbulente qu’elle n’y paraît.
Au cœur de l’île paradisiaque, la notion de temps perd de son sens et tout semble en suspend. Encerclés par la nature et des vestiges du passés, les deux américains n’ont rien de mieux à faire que : parler. Avec Wild Horse Nine, Martin McDonagh caricature un nouveau duo de partners in crime tout droit tirés d’une BD de Tintin écrite par les frères Coen. De quoi passer un grand moment de divertissement, comme il nous y a si bien habitués.
« Peu avant le coup d’État chilien de 1973, deux agents de la CIA, Chris et Lee, sont envoyés de Santiago vers l’île de Pâques par leur supérieur, MJ. Au milieu des statues emblématiques de l’île, tandis que ces partenaires de longue date sont confrontés à leur sombre passé et aux complots en cours, Chris noue une relation avec deux étudiantes rebelles qui menace de faire basculer dans le chaos leur séjour dans ce paradis isolé… »

The Good Place
Dans la saga « Mon coloc et moi », nous voudrions une comédie noire sous fond de carte postale ! Serait-ce trop demander ? Certainement pas pour Martin McDonagh. Empruntant l’absurdité de Bons baisers de Bruges et la mélancolie des Banshees d’Inisherin, Wild Horse Nine s’enracine dans l’étroite lignée McDonagh. Rajoutez y quelques chemises et une moustache volées à Ryan Gosling dans The Nice Guys et vous obtiendrez un buddy movie revigorant. Car oui, malgré son sujet sinistre et les ponts déjà traversés, une réelle tendresse nous rattache aux personnages.
Après une carrière à bout de souffle, la relation des agents semble compromise. Leur vulnérabilité est mise à rude épreuve et les paysages verdoyants qui les entourent ne viendront pas à leur secours. Au contraire, le contraste entre le rôle joué tout au long de leur vie mêlé aux conflits politiques des années 70 avec ce terrain des plus neutres est total. Rien à signaler. Rien à l’horizon. Pour pallier à cette absence, le cinéaste sature son film de comédie dès l’ouverture. Une tonalité qui pourra créer une légère frustration en engageant le récit vers une comédie monocorde. Bien heureusement, il est difficile de se lasser des dialogues tordants de McDonagh.

La chambre d’à côté
Interro surprise ! Que répond t-on à « Bon Voyage » ? Peut-être penserez-vous à « merci » ou « à très bientôt » ? Mais vous avez malheureusement tout faux, la réponse était « FUCK HIM ». Mijoté avec sa sauce aigrie-douce, Wild Horse Nine nous sert une bonne dose d’injures sur un plateau en argent. A travers de simple champs / contre-champs, le cinéaste attire notre attention sur la précision de ses dialogues. Dignes d’une pièce de théâtre qui n’aurait besoin d’aucun décor superflu, ils offrent rapidement le sentiment de connaître ces personnages (à peine rencontrés) depuis des années – d’où notre comparaison également avec la narration d’une BD.
S’appuyant sur les ressorts comiques de ses dialogues mais également un comique de situation, McDonagh fait de ses personnages un duo indissociable. John Malkovich campe le rôle d’un vieux fou… ou peut-être bien d’un vieux sage. Bercé par ses propres contes, il déjoue alors toutes nos certitudes sur les bénéfices du mensonge. Avec Wild Horse Nine, Malkovich incarne certainement le personnage le plus touchant de sa carrière, forçant souvent notre sourire à s’éteindre tendrement.
On prend un FUCKING plaisir devant Wild Horse Nine. D’humeur généreuse, Malkovich n’hésite pas à monter sur ses grand chevaux pour délivrer une performance profondément marquante. Sans manquer d’y attacher un versant politique, McDonagh offre une comédie noire aux dialogues jouissifs sous fond d’une ultime carte postale.
