The Furious de Kenji Tanigaki : Finish Him !

Dans la pure tradition des films d’art martiaux, The Furious se paye une belle part d’un gâteau sanglant. Kenji Tanigaki nous invite dans son arène et ouvre la fosse aux lions. Hajime !

De Matrix à Kill Bill en passant par John Wick ou encore le furieux The Raid, cela fait maintenant près de deux décennies qu’Hollywood tourne son regard sur l’Empire du Milieu et le talent de ses chorégraphes. Résultat, chaque année apparaît sur nos écrans notre dose nécessaire de bagarre vigoureuse afin de satisfaire nos plus primaires instincts.

The Furious ne déroge pas à la règle et se place en pôle position des films les plus viscéraux de l’année. Entre chorégraphies époustouflantes et sempiternelle histoire de vengeance, Kenji Tanigaki nous offre sa propre définition des art martiaux, bien que le spectacle puisse, au bout d’un moment, épuiser les plus ardents des cinéphiles.

« Après l’enlèvement de sa fille par un réseau criminel et face à l’inaction de la police, Wang Wei se lance dans une traque implacable pour la retrouver. Son seul allié, Navin, est un journaliste tenace dont la femme a mystérieusement disparu. Unis par un même désir de vengeance, ces deux hommes que tout oppose affrontent les ravisseurs dans un face-à-face explosif mêlant arts martiaux et justice sans merci. »

© Metropolitan FilmExport

Salade de phalanges 

L’esthétique des scènes de combat est au cœur même du divertissement ; elle est à l’action ce que sont les scènes de chants des comédies musicales : des incontournables. Similaires dans leurs codes, elles provoquent le même degré d’émerveillement et demandent une habileté particulière, une adresse presque ancestrale, héritée d’un véritable patrimoine culturel. Par extension, dans The Furious, le terme d’ART martial n’a rarement aussi bien porté son nom.

Chorégraphe en chef sur Blade 2 ou producteur sur City of Darkness (projeté à Cannes en 2024), véritable vitrine du savoir-faire chinois en matière de cascades et de chorégraphies, avec en prime une légère touche de fantastique, Kenji Tanikagi n’en est clairement pas à son premier rodéo pour mettre en scène des bagarres excentriques.

The Furious est peut-être moins romantique que les œuvres de Tsui Hark, plus sombre que celles de Jackie Chan et sa comique gestuelle rappelant l’art de la pantomime, mais probablement tout aussi fun qu’une partie de Tekken entre potes. La sauce arcade prend à plein régime dans cette histoire qui a, peu ou prou, la même architecture narrative qu’un jeu vidéo dans son enchainement de bastons et la montée en puissance des adversaires à défaire. Un récit directement câblé aux pinces croco d’un Hummer nous entraînant dans les bas-fonds de la Chine.

Un bon coup de marteau dans la rotule pour les gouverner tous

Si la première heure fait l’effet d’un impact d’airbag en continu, vous comprimant le dos à votre siège ou, au contraire, vous faisant rebondir par la fureur et la brutalité, il faut bien avouer que le film se dégonfle cruellement sur la durée… Parce que même les enfants le savent : un pic de glycémie s’accompagne toujours d’une brutale redescente.

Certes, rien que pour cette première heure, The Furious vaut son pesant de cacahuètes. La castagne tous azimuts prime sur tout le reste et les chorégraphies enchaînent les idées innovantes, excentriques, parfois carrément absurdes (Finish Him! barbare à la Mortal Kombat dans cet entrepôt glacé). Tout est millimétré au cordeau. On sent l’impact des coups, cette envie de violence brute, ce bouillonnement rageur qui consume notre duo de protagonistes prêts à tout pour démanteler cette pègre.

Seulement voilà : dans toute cette gymnastique boulimique arrive forcément un point de rupture. Toute cette cruauté finit, à terme, par lasser. Le meilleur exemple reste ce combat de boss final, monstre opératique d’avalanche de tatanes qui s’étire sur plus d’une quinzaine de minutes, comme piégé dans sa propre volonté d’escalade et sa mécanique de surenchère qui, avouons-le, nous harasse.

© Metropolitan FilmExport
Surtension, attention aux étincelles

Le manque d’hybridité du film, la redondance de son intrigue et ses relances artificielles, sa noirceur difficilement soutenable et ses personnages qui agissent parfois comme des PNJ coincés dans une quête ultra-balisée, n’aident jamais vraiment à maintenir l’intérêt.

Maigre comme un coucou, le scénario pâtit d’une inventivité à faire pâlir Besson himself et se repose presque entièrement sur sa propre frénésie, un mouvement d’entropie tournant à vide, comme s’il fallait constamment pousser les potards dans le rouge pour maintenir notre attention à la lisière du vacillement éveillé. Tanikagi nous offre bien un crescendo, oui, mais au détriment de tout le reste. Comme dirait l’autre : « trop point n’en faut ».

Parfois, la sagesse réside dans l’économie, notion dont The Furious semble se moquer comme de sa première couche. Préférant constamment nous épater – quitte à nous user les nerfs – pour finalement pas grand-chose. Dépourvu de véritable fun, le film finit par légèrement se complaire dans sa propre cruauté.

Si l’envie vous prend de mater deux zozos à la main leste, faisant avaler leur acte de naissance à une tripotée de bougres, alors vous êtes clairement à la bonne adresse. En revanche, si vous recherchez une forme de violence plus décomplexée, histoire d’épater votre petite amie avec vos commentaires de 5e dan karaté entre deux mawashi geri, peut-être que le célibat reste, à bien y réfléchir, votre véritable voie martiale.

Laisser un commentaire