John Wick Parabellum : La symphonie des balles

« On a tué son chien, volé sa voiture, maintenant il veut sa vengeance. » Il aurait été audacieux, avec un tel résumé, d’imaginer  l’importance prise par John Wick et sa mythologie dans le paysage du cinéma d’action. Pourtant par la musicalité de sa mise en scène, sa beauté graphique et le charisme de Keanu Reeves, la saga du croque-mitaine rend hommage aux meilleurs films d’action de la HK tout en se démarquant par son univers et s’imposant comme la meilleure saga du genre de cette décennie (avec les The Raid). Parabellum arrive et il tient bien renforcer cette position.

Excommunié. Traqué. La fin du précédent chapitre laissait John et son chien dans Central Park courant après le temps, sa vie et son œuvre avec des hordes d’assassins, préparant leurs instruments de morts, à leurs trousses. Les ennemis de Wick sont partout. La ville, elle-même, devient un adversaire qui veut la peau du croque-mitaine. Une poursuite impitoyable s’entame, les coups de poings raisonnent, les balles hurlent et accompagnent les sifflements des couteaux. La musique de Tyler Bates se tait pour laisser la rythmique de bruitage capter notre souffle. Chad Stahelski, compositeur de ce chant de violence, magnifie le mouvement de ses danseurs par une science du cadre et de la chorégraphie impressionnante de précision. Chaque geste compte, chaque coup est brutal, on ressent toute l’action se découpant face à nous. L’ancien cascadeur de Keanu Reeves use de nombreux plans-séquences pour capter notre attention et nous plonger sans cesse dans l’action. D’une lisibilité sans pareille et magnifié par la photographie de Dan Laustsen, Parabellum vous décrochera la mâchoire plus d’une fois, en se rapprochant bien souvent de l’art pour s’écarter du genre codifié du film bis.

L’évolution dans l’intrigue de John Wick rappelle la verticalité du jeu vidéo. Le croque-mitaine évolue, utilise des bonus de santé, joue de son environnement et renouvelle son armement en cours d’action. L’affrontement des boss, par exemple, est placé de façon à évaluer le parcours de Wick. Symbolisés par l’ascension finale, ils sont disséminés dans différents niveaux à la difficulté variable mais toujours dans l’esprit d’évolution du personnage. N’oubliant pas de se renouveler, Parabellum introduit de nouveaux personnages jouables. Avec l’escouade de chiens de la charismatique Halle Berry, il se permet même de mettre de côté, le temps d’une fusillade impressionnante de précision, son héros solitaire, pour mettre en lumière les talents de Sofia et de ses adorables canidés. Ce second personnage jouable apporte de la fraîcheur et de la nouveauté dans cet univers, permettant également de donner une nouvelle profondeur à John Wick, à travers leur relation. Mais la comparaison avec l’univers vidéoludique atteint son paroxysme dans une ultime fusillade, où le croque-mitaine ira même jusqu’à changer ses armes et ses munitions en cours de mission, jugeant son premier choix insuffisant par rapport au niveau qu’il doit arpenter. Une idée qui n’a aucun sens pour un film d’action lambda mais qui trouve une cohérence dans l’univers proposé par la saga John Wick.

Parabellum ne se limite pas à l’outrance de son action. L’intrigue est certes minimaliste et peut se résumer à une course poursuite en aller-retour. Elle use des téléportations répétées de Wick ; notamment pendant le décompte d’heures avant l’excommunication ; et son final laisse quelque peu dubitatif tant elle paraît décalée autant par le visuel que par sa résolution. Mais l’originalité de la saga Wick est avant tout son univers ; ses Hôtels Continental, ses codes et son background qui continuent ici de tisser leurs toiles de façon discrète en introduisant de nouveaux enjeux et personnages. Malgré le manque d’un vrai méchant et l’impression que Parabellum est un épisode transitoire dans le développement de ses enjeux,  on reste captivé par l’originalité de l’univers proposé. Chad Stahelski et ses scénaristes n’oublient pas de renforcer aussi le second degré, et le côté méta reste discret mais généreux en clins d’oeil pour tous les fans du genre. Le croque-mitaine n’est pas en reste quant à son développement, on apprend le passé de John par une séquence simple et douce sans rajout grossier de flash-back rappelant que la saga marche toujours vers l’avant sans se retourner. On renforce aussi la psychologie du personnage en prouvant la bonne volonté d’écriture et l’amour porté à son héros. Surtout que Keanu Reeves n’a jamais autant vampirisé l’écran par son charisme et sa présence forte aussi bien dans les scènes d’action que dans les moments plus drôles et plus touchants. S’il n’a jamais été un acteur extraordinaire, il n’en reste pas moins une personnalité dégageant un charisme à toute épreuve et une sympathie immédiate.

John Wick n’a jamais brillé par ses intrigues, Parabellum par son aspect transitoire ne risque pas de révolutionner la saga. Mais son univers dense et généreux, la musicalité de ses combats, la précision de ses chorégraphies, la beauté de sa photographie et le charisme de Keanu Reeves, procurent un plaisir jouissif. John Wick: Parabellum colle une mandale au cinéma d’action et annonce déjà un avenir sanglant et radieux pour l’une des meilleures sagas du genre de cette décennie. Préparez-vous, le croque-mitaine arrive et il est en rage.

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