Qu’attendre d’OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire ?

Après des années sans nouveau film OSS 117, les fans de la saga humoristique de Michel Hazanavicius s’étaient presque fait une raison à l’idée de ne plus avoir de troisième volet, mais ne perdaient jamais vraiment espoir. Finalement, la suite arrive bel et bien sur nos écrans en 2021, mais l’annonce de Nicolas Bedos à la tête du projet a pu créer l’appréhension générale. Entre le risque de faire la suite de trop, de décevoir les fans, de trahir l’univers d’Hazanavicius ou encore de provoquer scandale dans une société parfois décriée comme trop impérieuse, que faut-il donc attendre de ce pari quelque peu risqué qu’est Alerte rouge en Afrique noire ?

Photo de tournage d’OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire

Nicolas Bedos. Ce nom ne vous parle peut-être pas à tous, mais l’homme derrière la caméra du prochain film OSS 117, c’est bien lui. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que cela génère beaucoup d’appréhension au sein du public et des fans, et beaucoup de responsabilités pour le réalisateur lui-même. Sorti récompensé des César 2020 avec son dernier film La belle époque, le cinéaste de 41 ans s’apprête désormais à sortir, enfin, la troisième aventure d’OSS 117 par Jean Dujardin sur grand écran. Le tournage étant terminé depuis février dernier et le film sortant le 3 février 2021, la bande annonce ne devrait plus tarder et nous sommes en droit d’en attendre beaucoup. Mais quoi qu’il en soit, si cette dernière donnera un avant-goût du produit final, c’est bien dans nos salles obscures que nous pourrons  juger à même le film et alors constater si, oui, Alerte rouge en Afrique noire est une digne suite aux deux premiers volets.

Le synopsis, le voici : dans les années 80, Hubert Bonisseur de La Bath se rend en Afrique de l’Est pour aider le dirigeant d’un pays à mater des rebelles dans le cadre de la Françafrique. Une aventure qui s’annonce donc plus patriote et humoristiquement délicate que jamais. Notons que le film a essentiellement été tourné au Kenya, et que Jean Dujardin partagera l’affiche avec le jeune acteur Pierre Niney, dont le rôle n’a pas encore été officiellement révélé mais que les rumeurs annoncent comme étant un jeune agent avec qui OSS 117 devra collaborer. Un choc générationnel risque donc d’avoir lieu et la collaboration des deux comédiens risquent d’offrir de beaux moments de comédie et un joli duo.

Jean Dujardin et Pierre Niney posent pour annoncer la fin du tournage du film

Mais il est important de clarifier quelque chose pour les plus pessimistes. Si Michel Hazanavicius (« père spirituel » de la franchise) ne participe aucunement à la conception du film, le scénariste Jean-François Halin, qui a déjà travaillé sur les deux premiers volets, reprend quant à lui du service. L’humour intrinsèque de la saga sera donc normalement conservé, même si Bedos aura sûrement mis de sa patte dans les dialogues. Nous pouvons également compter sur une participation partielle de Jean Dujardin à ce niveau, notamment par son sens de l’improvisation qui a déjà fait ses preuves dans Le Caire, nid d’espions et Rio ne répond plus. Quant aux raisons de la non-reprise de la saga par Michel Hazanavicius, si ces dernières peuvent encore sembler obscures pour certains, elles sont en fait toutes simples : il n’était tout simplement pas conquis par le script du film. Hazanavicius voulait apparemment mettre en scène un Hubert Bonisseur de La Bath dégarni, bedonnant et en décalage total avec la société et la jeune génération. Chose qui n’a donc pas finalement été retenue, Bedos et Halin préférant justement montrer que, malgré les décennies qui passent, l’agent OSS 117 ne change jamais, restant l’éternel chauvin « qui se la pète » inconsciemment misogyne et raciste qui l’a fait connaitre et fait encore aujourd’hui son succès. Il garde donc l’aspect du personnage « intemporel » propre à bon nombre de héros existant et dont OSS 117 s’inspire ouvertement, comme James Bond, Tintin ou encore Indiana Jones.

Hazanavicius, de son côté, à donc préféré se pencher sur son dernier long-métrage Le prince oublié, sorti en début d’année et ayant reçu un accueil mitigé. De là à se demander si le cinéaste regrettera de ne pas être revenu vers OSS, il n’y a qu’un pas, lui qui était pourtant enthousiaste à ce sujet il y a quelques années. Mais quoi qu’il en soit la tâche revient maintenant à Nicolas Bedos, et c’est à sa vision globale que nous aurons à faire, lui qui mène une guerre contre la bien pensance et prône « l’humour libre ». C’est d’ailleurs à ce niveau que la sortie du film risque d’être accompagnée d’un potentiel brouhaha public et médiatique. En effet, il est connu que les films OSS 117 d’Hazanavicius se reposent essentiellement sur un humour politiquement incorrect, le personnage d’Hubert Bonisseur de la Bath insultant continuellement religions, se moquant d’ethnies et déversant moults propos misogynes.

Evidemment, si le personnage n’est pas à prendre au sérieux et qu’il est bien visible que ce dernier est la simple caricature du français conservateur et patriote, symbole du sauveur blanc finissant toujours par réussir sa mission (malgré ses maladresses) et embrasser son associée féminine (la « James Bond-girl » version OSS), il n’est pas impossible que les phrases qu’il sorte puissent vexer des minorités et indigner des défenseurs farouches de la « bien pensance ». C’est pour cela que les aficionados du parti pris humoristique osé des OSS 117 attendent ce troisième film au tournant, porteur d’un symbole de liberté d’expression et d’humour au sein du cinéma et de la société en général. Le choix de Bedos à la réalisation n’est donc pas un hasard et ce dernier semble être l’homme idéal pour poursuivre la saga en gardant la dose d’irrévérence nécessaire pour la faire fonctionner. Le cinéaste affirme à ce sujet : « On est totalement prêt avec toute la sincérité et la bienveillance du monde à répondre à toutes les questions, car c’est une satire tellement complète du connard, y a tellement de sujets qui sont abordés par le prisme de la moquerie, de la satire, que ça me paraîtrait difficile de montrer du doigt ceci ou cela, à moins de dire qu’on a plus le droit du tout de faire la satire de quoique ce soit, et qu’on ne peut plus rire de rien ». Et à l’affirmation « beaucoup de gens prennent ça au premier degré », Bedos réplique : « Oui, mais y’a beaucoup de gens qui en ont marre. Et y’a beaucoup de gens qui répondront à beaucoup de gens. Je sais que je ne suis pas tout seul, que je connais des gens qui comprennent ce que je fais. »

Bedos arrivera-t-il à livrer un film encore meilleur que les deux premiers ?

Heureusement, Bedos n’oublie pas non plus d’évoquer la grande puissance référentielle des films OSS 117 : « OSS c’est pas seulement des blagues, c’est aussi un grand hommage au cinéma. Et moi ce qu’on commence à découvrir, à comprendre, c’est que je suis un cinéphile absolu, je me nourris de cinéma depuis des décennies maintenant et donc de rendre hommage à Spielberg, à Zemeckis, à toutes les enternainers de mon adolescence quand ma mère m’emmenait louer des VHS le vendredi soir, c’est très joyeux ». Les références filmiques du troisième film risquent donc d’être fortement inspirées des films des années 80, notamment américains. Les fans de La belle époque seront d’ailleurs heureux d’apprendre que le chef décorateur du film (détenteur d’un César pour ce dernier), Stéphane Rozenbaum, collaborera à nouveau avec Bedos dans Alerte rouge en Afrique noire. Vu la fidélité historique nécessaire du film, la valeur est sûre.

Dans le making of de Rio ne répond plus en 2009, Hazanavicius affirmait quant à lui qu’il ne se posait pas de limite dans l’humour et ce malgré les réticences de son entourage car, selon lui, « si on veut faire plaisir à tout le monde, on ne fait plaisir à personne ». Il révélait également qu’après avoir axé l’humour de Le Caire, nid d’espions sur la religion musulmane, il lui restait le choix d’aborder les juifs ou les noirs pour le second volet. Il a donc fait le premier choix et il n’est à point douter que le racisme envers les noirs sera donc mis en avant pour le troisième, à la simple vue du titre et du synopsis. Bedos explique : « Le film parle de tout ça : du paternalisme des blancs dans la Françafrique des années 1980. On part de l’idée qu’il ne faut pas se faire museler par une espèce de consensus actuel, d’indignation perpétuelle sur tout. C’est le travail de l’humour de s’emparer de ces sujets-là parce que sinon on va se faire chier ». Ainsi, il est plus que clair que le prochain volet des aventures d’Hubert Bonisseur de la Bath ne se posera aucune limite dans son humour. Nicolas Bedos semble être motivé à offrir un spectacle à la hauteur des attentes tout en sachant insuffler sa patte à l’œuvre. Il ne reste donc plus qu’à attendre patiemment la sortie du film le 3 février 2021. La bande-annonce, quant à elle, ne devrait plus tarder à être révélée.

Alors, la question se pose : la blanquette sera-t-elle bonne ?

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