Après La Légende du Roi Crabe sorti en 2022, les réalisateurs italiens Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis signent ensemble Pile ou Face, leur deuxième film, présenté à Cannes dans la section Un certain regard. Un western novateur ?
Dans Pile ou Face, tous les codes sont réunis. On y trouve des grands espaces, de la vengeance, des fusillades, des chapeaux Stetson… Nul doute qu’il s’agit bien d’un western concocté par le duo de réalisateurs italiens Alessio Rigo de Righi et Matteo Zoppis, qui s’inscrit dans le prolongement de La Légende du Roi Crabe, avec là encore un récit légendaire conté entre réalisme rural et de surréalisme poétique. Les dernières incursions dans le genre, si l’on pense à Cry Macho, de Clint Eastwood, ou à Strange Way of Life, de Pedro Almodóvar, avaient été quelque peu décevantes.
« Inspirée de faits réels. L’ambitieuse entreprise de Buffalo Bill visant à présenter son spectacle de l’Ouest sauvage au public italien. »

Les amants diaboliques
Ici, Buffalo Bill (John C. Reilly) débarque en Italie au crépuscule du XIXe siècle avec son Wild West Show pour vendre du rêve yankee aux locaux, et une fulgurante romance naît entre la jeune Rosa (Nadia Tereszkiewicz) et le buttero Santino (Alessandro Borghi).
A la suite d’un meurtre, l’idylle vire à la cavale chaotique, plombée par des errances quasi mutiques et surtout contemplatives jusqu’à la seconde partie du film, freinant toute tension dramatique. La fuite des amants à travers les paysages italiens, censée évoquer une liberté conquise, a parfois tendance à tourner à la redite, avant de basculer dans le mélodrame, avec des twists un brin prévisibles.
Alessandro Borghi, se trouve réduit à un archétype du héros taciturne, tandis que Nadia Tereszkiewicz, malgré une présence indéniable, peine à incarner une Rosa dont le parcours émancipateur reste schématique, prisonnier d’un scénario qui privilégie l’anecdote pittoresque à l’exploration psychologique. Heureusement, John C. Reilly cabotine avec un plaisir contagieux, apportant une énergie burlesque qui rappelle les excès du western spaghetti.
Vacillation styllistique
Narrativement, Pile ou Face promet une subversion des tropes genrés. Rosa comme figure active, Santino comme anti-héros passif, mais livre une romance convenue, privée de chair et d’enjeux. Les thèmes sociaux, comme la critique du patriarcat ou de l’impérialisme culturel américain, restent en surface. Les allusions à des soulèvements révolutionnaires ou à la brutalité des puissants ne sont pas véritablement creusées en une réflexion idéologique conséquente.
Au final, Pile ou Face souffre d’une certaine indécision tonale, oscillant sans cesse entre parodie, drame féministe et fable picaresque, ne parvenant jamais trouver une cohérence formelle. Une œuvre hybride qui, malgré sa photographie somptueuse et quelques éclats burlesques, laisse une impression de dispersion et d’inachèvement, comme si l’allégorie initiale s’était perdue en route dans un labyrinthe d’épisodes superflus.
Pile ou Face se dilue dans une profusion vaine, laissant le spectateur face à un western ni assez ironique pour être subversif, ni assez rigoureux pour être émouvant, qui finit par s’effondrer sous son propre poids. Une proposition qui ne renouvelle pas le genre.
