Mon Crime de François Ozon : Permis de tuer

Mon crime rebecca Marder

Réanimant le sous-genre hollywoodien de la screwball comedy (comédie loufoque), François Ozon livre avec Mon Crime une œuvre aussi surprenante que réjouissante.

Porté par une troupe de comédiens formidable, Mon Crime brille par sa générosité et son propos féministe jubilatoire.

Dans les années 30 à Paris, Madeleine Verdier, jeune et jolie actrice sans le sou et sans talent, est accusée d’un crime : le meurtre d’un célèbre producteur. Aidée de sa meilleure amie Pauline, jeune avocate au chômage, elle est acquittée pour légitime défense. Commence alors une nouvelle vie, faite de gloire et de succès, jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour…

Rebecca Marder Mon Crime
(c) FOZ – Mandarin Production – Gaumont

Riposte féministe

Toujours aussi productif depuis 25 ans, François Ozon n’aime définitivement pas se faire attendre. Après Tout s’est bien passé et Peter Von Kant, il renoue pour notre plus grand plaisir avec la comédie. À l’instar de 8 Femmes et de Potiche, Mon Crime est une adaptation libre d’une pièce de théâtre (celle de Georges Berr et Louis Verneuil montée en 1934) où les femmes sont une nouvelle fois mises à l’honneur.

Si François Ozon est parfois accusé de misogynie, tout particulièrement pour Jeune et Jolie, son Mon Crime est bien au contraire un plaidoyer féministe. Madeleine (Nadia Tereszkiewicz tout juste primée au César pour Les Amandiers) est accusée du meurtre d’un célèbre producteur de théâtre. Aidée de sa compère Pauline (Rebecca Marder), une jeune avocate, elle décide finalement d’avouer ce crime… qu’elle n’a pas commis !

Aux détours de situations absurdes et d’enchaînements cocasses, Ozon prend un malin plaisir à filmer des hommes atterrés. Sans argent et dépourvues de droits, les femmes n’ont pas d’autres solutions que de tuer pour soulever l’opinion publique. Dès lors, les hommes ont désormais peur d’être supprimé en toute légitimité par des femmes, jugées opportunistes. Avec espièglerie et malice, Mon Crime passe ainsi d’un théâtre de boulevard particulièrement enthousiasmant à un manifeste féministe éclatant.

Une troupe de comédiens truculents

Des acteurs au diapason, tous prêt à assumer l’artificialité de leur jeu et la théâtralité des dialogues : voici la recette à succès de Mon Crime. À commencer par les deux étoiles montantes du cinéma français, Nadia Tereszkiewicz et Rebecca Marder. Ce duo doté d’une complicité et d’une alchimie d’exception mène un jeu de faux-semblant qui donne le la.

Les rôles secondaires ne sont toutefois pas en reste, à l’image d’Isabelle Huppert, Fabrice Luchini ou André Dussollier. De même, la présence singulière de Dany Boon aux accents marseillais et Régis Laspalès en inspecteur confiant apportent un second-souffle. Tous jouent le jeu voire même surjouent de manière à donner vie à toutes les facéties présentes à l’écran.

Malgré l’ouverture et la fermeture des rideaux structurant le film, rassurez-vous, le cinéma n’en est pas en peine.  C’est ainsi que François Ozon alterne par séquences des moments en noir et blanc puis en couleur pour illustrer et narrer les hypothèses farfelues proposées par tous les protagonistes de l’histoire. Le jeu d’acteurs y est encore plus marqué et caricatural : ça passe ou ça casse, choisissez votre camp.

Mon crime
(c) FOZ – Mandarin Production – Gaumont

Comme toute œuvre qui touche à l’absurde et frise avec le ridicule, Mon Crime laissera plus d’un spectateur sur le côté. Néanmoins, quand des comédiens s’amusent autant à l’écran, à l’image d’Olivier Broche qui déclare dans un élan d’enthousiasme que « cette aventure est formidable », le public – lui aussi – ne peut s’empêcher de sourire voire plus si affinité.

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