Muriel ou le temps d’un retour : Du Resnais pur jus

Muriel ou le temps d’un retour est réalisé par Alain Resnais et sorti en 1963. Après avoir réalisé deux de ses plus grands films (Hiroshima mon amour et L’année dernière à Marienbad), Resnais revient à ses thèmes de prédilection : l’amour, les souvenirs et la guerre. 

Comme à son habitude, son film se situe à la lisière entre le classicisme et le déroutant : dès le début, le rythme imposé par le montage perd le spectateur dans son univers. Frénésie malvenue, ou ingénieuse proposition ?

La question peut se poser pendant tout le long-métrage. Resnais a une patte particulière qui se reconnait instantanément et qui ne correspond pas à tout le monde. Muriel ou le temps d’un retour n’échappe pas à la règle mais dévoile parfois une grande sensibilité : une seule scène est réellement consacrée à la fameuse Muriel, scène d’une sobriété cruelle et bouleversante. En dehors de cela, le film raconte avant tout des retrouvailles multiples : des hommes qui rentrent d’Algérie, retrouvant ainsi leur pays, leurs amis, leur famille, mais aussi les retrouvailles entre deux vieux amoureux, Alphonse et Hélène (Jean-Pierre Kérien et Delphine Seyrig), élément déclencheur du film. Le vieil homme rencontre le jeune beau-fils (Bernard, incarné par Jean-Baptiste Thierrée) d’Hélène, tous deux reviennent d’Algérie mais n’y entretiennent pas le même lien. Comment revenir après la guerre et reprendre la vie comme avant ?

Intelligent manifeste de son époque, le film interroge donc cette dernière sur le lien qu’elle entretient avec ses colonies, avec son peuple, avec ses souvenirs. Le film vieillit mal sur sa forme, la mise en scène de Resnais ayant rarement été dans son temps, mais le scénario de Jean Cayrol en fait une oeuvre quasiment intemporelle. Le personnage de Bernard est ainsi la quintessence de cette multitude de questionnements, entre demi-absence et psychique torturé, il fait partie de ce film-chorale comme d’un rappel de la souffrance d’une génération : à la fois la sienne qui a fait la guerre, et à la fois les Algériens ayant subi le courroux d’un pays dominateur.

Resnais et Cayrol construisent donc un film éclaté, subdivisé par ses thèmes et sa mise en scène. La complexité apparente de la construction du récit, couplée à une réalisation aux effets multiples, en font un film se voulant sensoriel mais loin de son spectateur : impossible de ne pas percevoir tout ce que le film fait surgir chez son spectateur, tout en subissant un impact émotionnel minime. La faute vient grandement de Resnais, grand cinéaste d’antan, audacieux et ingénieux, qui tentait plus qu’il ne réussissait. Ses films, outre le tout début de sa carrière, s’adressent donc plus aux cinéphiles aguerris. Il est bon, parfois, de se lancer dans une de ses oeuvres, souvent à la limite entre concept et film. La réédition de Muriel ou le temps d’un retour crée le cadre le plus favorable à la découverte ou la redécouverte d’une desdites oeuvres, permettant notamment de profiter au mieux du travail esthétique auquel Alain Resnais nous a habitué.

Disponible en version restaurée Blu-ray et DVD chez Potemkine depuis le 3 novembre 2020.

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