Le Défi du Champion (Il Campione) : Passe ton bac d’abord

Si le football est le sport le plus populaire dans le monde, le cinéma n’a que trop rarement posé ses caméras autour de son rectangle vert. Une situation paradoxale pour une discipline aussi télégénique, spectaculaire et passionnée. Avec Le Défi du Champion, son premier long métrage, le réalisateur italien Leonardo D’Agostini, tente de combler le vide.

En Italie, le football est une deuxième religion. Tandis que sa capitale Rome abrite la cité papale du Vatican, elle est également le siège d’un grand club européen, l’AS Roma. Christian Ferro (Andrea Carpenzano) est un jeune joueur de grand talent, un fuoriclasse sur lequel le club, ses dirigeants et ses supporters, comptent particulièrement. Mais l’enfant du pays est mal entouré, soumis à trop de tentations, et multiplie les frasques, sur et en dehors du terrain.

Ces écarts répétés ayant un effet négatif sur le rendement et la valeur marchande de « CF24 » (son surnom), le président du club décide de lui imposer un tuteur, de gré ou de force. Ce dernier sera Valerio Fioretti (Stefano Accorsi), un instituteur dépressif et en bout de course, ne s’intéressant même pas au football. Un professeur tendance Delon chez Zurlini, compétent mais brisé. Un objectif : aider l’idole des jeunes romains à décrocher son baccalauréat, lui qui aurait plutôt le niveau académique des Sous-doués de Claude Zidi.

Pour réaliser et co-écrire Le Défi du Champion, D’Agostini dit s’être particulièrement inspiré des nombreux écarts de conduites des fantasques joueurs transalpins Antonio Cassano et Mario Balotelli. Durant ce début de millénaire, ces attaquants vedettes de la Squadra Azzura s’illustrèrent par leur capacité à briller avec une égale intensité, sur les terrains de football de la planète, comme à la Une des tabloïds à scandales internationaux.

De tels jeunes hommes, déjà multi-millionnaires, autant rock-star que sportifs, constituent assurément de bons anti-héros, et c’est avec talent que Andrea Carpenzano se glisse dans les crampons de ces archétypes en manque de repères. La vie chaotique du jeune prodige, de sa famille de parvenus et de sa cour de profiteurs, forme là un cadre burlesque propice au style de la comédie à l’italienne tendance Ettore Scola, Affreux, Sales… et footballeurs.

Bien entendu, Le Défi du Champion n’atteint pas les sommets de drôlerie des chefs d’œuvre du genre, ni ceux de la cinématographie, sa réalisation restant avant tout fonctionnelle, ne s’aventurant que trop rarement dans un défi du cinéaste – on retiendra cependant une belle reconstitution de match de football, au crépuscule et sous les intempéries, qui ravira les fans. La crudité de sa photographie a toutefois le mérite de révéler la vulgarité sans beauté de ce microcosme, qui possède tout, sauf l’essentiel.

Enfin, de manière relativement surprenante mais ô combien louable, le réalisateur soigne particulièrement la direction de son duo d’acteurs, dont la relation de maitre à élève se développe au fil du long métrage, en une relation amicale sur le modèle de Will Hunting. Une jolie thérapie des sentiments, qui a valu à Leonardo D’Agostini, un prix du meilleur nouveau réalisateur, aux Rubans d’Argent 2019. Ni totalement un film sur le football, ni complètement une comédie, Le Défi du Champion brouille les pistes jusqu’à la fin du temps réglementaire et parvient à nous attendrir. Si ce n’est pas une victoire, cela y ressemble un peu.

Sortie en salles le 5 août en vostfr et vf.

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