La Trilogie du Milieu : L’Italie criblée de balles

Fernando Di Leo s’attache, durant trois films, à dépeindre un monde qui presse jusqu’à la moelle les hommes qui osent y mettre un pied. Une radicalité que le réalisateur filme avec froideur et brio, ne portant jamais ses personnages au rang de héros mais comme déchus et plus encore, comme futurs cadavres.

Elephant Films propose de vous faire (re)découvrir en versions longues La Trilogie du Milieu. Une trilogie de films policiers italiens qui décrivent le fonctionnement même du Milieu, celui du crime. Passionnants tant sur le forme que sur la fond, non sans cynisme, Fernando Di Leo met à l’honneur des bandits qui n’en n’ont pas.

Triptyque culte du crime italien

Sortie dans les années 70, La trilogie du Milieu fait office de référence culte au genre du poliziottesco (traduisez par néo-polar italien). C’est un genre cinématographique très prolifique dans les années de plomb en Italie, soit des années 60 jusqu’aux années 80. Fernando Di Leo et sa trilogie viennent ici faire figure de proue à ce genre italien né dans une époque frappée par le terrorisme.

Fernando Di Leo, scénariste sur le film Pour une poignée de dollars de Sergio Leone, décide un jour de composer sa propre trilogie. Inspirée par les écrits de Giorgio Scerbanenco, écrivain de polar italien, elle est composée de Milan calibre 9, Passeport pour deux tueurs et enfin Le Boss. Trois films ayant eu une grande portée dans le monde du cinéma, notamment pour Quentin Tarantino. Il expliquera d’ailleurs que le duo mythique de Pulp Fiction est inspiré de Passeport pour deux tueurs et que la scène de strip-tease de Boulevard de la mort est une référence directe à Milan Calibre 9.

La Mala Ordina

Trois films, trois visions 

Si les trois films admettent un fil rouge, ils restent tout de même très différents dans leur traitement. Ils ne sont pas semblables mais complémentaires. Milan Calibre 9 peut être considérée comme une œuvre désespérée, en témoigne la couleur grise utilisée pour représenter la ville de Milan. Quant à Passeport pour deux tueurs, il met en scène Milan sous des couleurs plus vives. C’est un film se reposant sur l’ironie, et dont le dénouement se révèle moins nihiliste que le dernier du triptyque, Le Boss, qui est l’oeuvre la plus sombre et cynique des trois films. Ce sont des longs métrages qui explorent le monde du crime et celui de la politique avec brutalité et froideur.

Ici, Fernando Di Leo ne cherche pas à faire grandir les bandits qu’il filme. Il n’y représente aucune grandeur, aucune icône. Il préfère montrer un Milieu qui écrase les hommes qui tentent d’y entrer et ceux qui y vivent. Physiquement ou psychologiquement, il y a une volonté de présenter le Milieu tel qu’il est : dévastateur. Un monde qui prépare plus à mourir qu’à vivre. L’idée de trilogie est ici utilisée pour montrer un cycle sans fin, fait de sang et de larmes.

La Trilogie du Milieu

Parfois âpre, souvent très violente, mais toujours intelligente, La trilogie du Milieu est considérée comme un chef d’œuvre du cinéma italien et cette année est l’occasion de la découvrir ou de la redécouvrir dans sa version longue et en qualité HD. Le magnifique coffret  édité par Elephant Films contient aussi des bonus inestimables dont trois documentaires : un sur Fernando Di Leo, un sur Giorgio Scerbanenco et un autre sur les Histoires de la mafia. Une plongée dans l’univers de la trilogie mais également sur ses inspirations les plus fortes. Nul besoin de raconter chaque film, ni de divulguer des éléments des intrigues : nous vous laissons le plaisir d’entrer dans un monde qui n’en finit pas d’abreuver le cinéma et conserve son aura fascinante. 

Disponible dans un coffret Blu-Ray et DVD + un livret de 52 pages chez Elephant Films

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