Kyma, l’onde mystérieuse de Romain Daudet Jahan : La fréquence de l’amitié

Un village sans histoires, une bande d’adolescents en marge, une créature extraterrestre et des hommes mystérieux en SUV : autant de mots-clés longtemps assimilés à l’imaginaire américain que Romain Daudet propose d’ancrer en France avec son premier long-métrage, Kyma.

Le vivier horrifique français ne cesse de s’étendre, les producteurs et les exploitants ayant compris que c’était un cheval sur lequel miser. Dans cet emballement général, un genre reste pourtant sur la touche : celui de la science-fiction. Considéré comme trop coûteux, on en oublierait presque à quel point c’est un genre d’expérimentation, un genre de l’émerveillement. C’est le pari de Parasomnia Productions qui, en produisant Kyma, souhaite proposer une aventure familiale et sensorielle. Pari réussi ?

« Tony, un adolescent solitaire, est passionné par les animaux, il voit son existence bouleversée lorsqu’il rencontre dans son petit village une créature mystérieuse : la Kyma, onde sonore vivante capable de briser la matière. Tony l’apprivoise, sans réaliser le danger qu’elle représente… »

© Sony Pictures

Sixième sens

Rares sont les films familiaux qui osent expérimenter, sorti du sentier balisé de la comédie pour faire vivre des aventures où le merveilleux et le réalisme s’entremêlent. Avec Kyma, c’est maintenant chose faite. L’ambivalence de ce projet, c’est que ses forces et ses faiblesses résident en un même point référent : son concept. 

Quitter l’anthropomorphisme généralement attribué à l’extraterrestre pour lui attribuer un corps sonore est une idée passionnante. L’alien va attaquer les humains en faisant vibrer leurs molécules, va se manifester via des bruits différents selon ses humeurs, ou encore va communiquer via la poussière. En théorie un terrain de jeu pour la mise en scène, avec une incarnation sonore  supervisée par le sound designer, Pascal Villard, avec qui Romain avait déjà collaboré sur ses courts-métrages Les Champs Magnétiques et Colonie. 

Otite aiguë

Néanmoins, des questions cruciales se posent : comment s’attacher et s’émouvoir de ce qu’on ne voit pas ? Sans matière tangible, comment mesurer l’affection que la créature et le héros se portent ? Le métrage n’arrivera malheureusement jamais à nous convaincre. Il n’y a pas le frisson d’inquiétude, le sentiment d’affection et enfin la sensation de déchirement que provoque la figure d’E.T par exemple. 

Par conséquent, on reste extérieur aux enjeux, et ce malgré toute la bonne volonté des acteurs qui font le maximum pour qu’on adhère à l’univers du film. Malheureusement, les  limites liées au budget se font vite sentir. La majorité des scènes d’apprivoisement se déroulent dans un hangar quelconque et le climax manque cruellement d’amplitude.

Sonnez les matines

Kyma est donc un proto-Spielberg version Disney Channel. Si ce qualificatif peut sembler péjoratif, il n’en est rien. De ses défauts manifestes, se dégagent un côté charmant, presque naïf. Et ça, le film le doit à son trio d’adolescents, incarnés par Jules Lefebvre, Lucy Loste, et Mamadou Haïdara. En apprenant à apprivoiser et communiquer avec l’invisible, ce sont des liens amicaux que ce trio va progressivement former jusqu’à former une jolie bande. A travers la science-fiction c’est une aventure humaine qui est donc proposée.

Il est par conséquent regrettable que le scénario ne suive pas ses belles intentions. Le manque de tension et de solidité narrative – que ce soit l’intrigue ou les personnages – amoindrit fortement les enjeux. Ça se cristallise notamment avec toute l’intrigue familiale du personnage de Jules Lefebvre qui secoue notre suspension de crédulité. Quelques (rares) idées de mise en scène gravitent ici et là, notamment avec le personnage de Lucy Coste qui est malentendante. 

© Sony Pictures

Un nouvel espoir

Depuis 2021, Parasomnia Productions, un label porté par Sony Pictures France et le producteur Marc Missonnier, a pour objectif de produire des films de genre sans exploser les budgets (1 million d’euros max par film). Une sorte de Blumhouse à l’ADN Cocorico. Leur premier coup d’essai, 37 : L’Ombre et la Proie, était un thriller sympathique mais pas dénué de défauts et qui n’a pas eu le succès escompté.

Autant dire que le succès de Kyma pourrait être capital. Dans une génération qui a grandi avec Stranger Things, et qui a probablement déjà entendu parler dE.T., le manque de spectaculaire pourrait refroidir. L’auteur de ces lignes est peut-être biaisé par ce référentiel, ayant lui-même grandi avec ces deux œuvres mais il sera intéressant de voir si le public saura répondre présent et ne jugera pas le film au rabais. 

On ne demande pas une première œuvre d’être parfaite mais d’être une porte d’entrée vers un nouvel imaginaire. Et pour ça, on ne peut souhaiter que du bien à la vie du film en salles. Comme une grande dame a dit : laissez entrer les monstres.

© Sony Pictures

Un concept limité et une exécution maladroite empêchent Kyma de déployer son plein potentiel pour nous embarquer pleinement dans l’aventure promise. Mais dans ce déséquilibre surgit une naïveté qui suffit à nous faire passer un bon moment.

 

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