Ils sont vivants : L’amour à la jungle

Béatrice vit avec son fils et sa mère. Sa rencontre avec un migrant et son engagement qui vont suivre vont bouleverser son quotidien et ses convictions…

Deux ans après la baby-sitter psychopathe dépeinte dans Chanson Douce, Jérémie Elkaïm s’intéresse à l’immigration avec son nouveau long-métrage intitulé Ils sont vivants. Officiellement démantelée en 2016, « La Jungle de Calais » accueillait chaque année un grand nombre de migrants qui y résidaient temporairement le temps de rejoindre clandestinement le territoire du Royaume-Uni. Ce fut le cas de Mokhtar, enseignant iranien cherchant plus que tout à rejoindre l’Angleterre et croisant la route de Béatrice, l’héroïne du film et l’autrice du roman autobiographique Calais mon amour.

Marina Fois et Mokhtar

« Marine, tu sais ce soir ça va mal… »

Il faudra seulement quelques instants aux spectateurs pour comprendre la vie et le quotidien morose qu’on ne souhaiterait même pas à son pire ennemi. Béatrice fait face à l’enterrement de son mari, travaille en tant qu’infirmière dans le service gériatrique et semble détester sa vie. On en retient immédiatement une protagoniste peu empathique et dont on pourrait se passer. D’autant plus qu’il s’agit en réalité d’une sympathisante FN habitant à une vingtaine de kilomètres de la jungle de Calais, soit l’équivalent d’une souris qui vivrait non loin d’un chat… Mais un soir, elle est obligée de ramener un soudanais et découvre la réalité du camp où l’insécurité règne, les vêtements manquent et la nourriture y est bien trop limitée. 

« Mais Marine, t’es forcément intelligente… »

L’intérêt du film (du moins dans sa première partie) repose sur la découverte et l’exploration de ce milieu, souvent filmé à l’aide d’une caméra portée pour l’immersion, mais cette fois-ci de l’intérieur et du point de vue de Béatrice (brillamment interprétée par Marina Foïs). Tout comme elle, nous découvrons ce que veut dire être bénévole dans un tel endroit et tout ce que cela implique. Jusque-là, on pourrait croire à une expérience sociale ou à un documentaire. Mais le film diffère par sa capacité à adapter la réalité à cette femme atrocement seule et voulant faire du bien coûte que coûte, quitte à en perdre le contrôle. Lors d’une de ses visites au camp, elle fait face à la naissance de bébé chiots et de migrants émerveillés. Mais la plus émerveillée, c’est elle, car elle y découvre qu’il y a de la vie dans cette jungle qu’elle pensait morte…

« Marine, regarde-nous, on est beau… »

Ils sont vivants est un film radicalement différent dans sa seconde partie même si son ode à la tolérance reste remarquable. Si la première partie du film nous permettait de découvrir, la seconde est un combat incessant entre l’amour et la haine, l’attraction et la répulsion. Les activités bénévoles et amoureuses de Béatrice sont évidemment jugées et critiquées par la sphère publique et privée (qu’attendre de mieux d’un entourage pro-FN ?), mais cet aspect n’est pas suffisamment creusé pour nous conquérir. La seconde partie du film subit le poids d’une relation amoureuse et sexuelle entre Mokhtar (l’enseignant iranien) trop imposante et faisant du surplace. Gênante au début pour le spectateur, acceptable au fur et à mesure puisque nous n’avons pas le choix, et compréhensible finalement à la toute fin du film lorsque l’on apprend qu’il s’agit en réalité d’une histoire vraie. Si celle-ci avait été indiquée dès le départ, nous aurions sans doute eu moins de mal à la supporter aussi longtemps…

« Ils sont vivants », s’écrit-elle. Mais en hurlant ses mots, il se pourrait bien qu’elle comprenne qu’elle vit enfin elle aussi.

Prochainement au cinéma

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