I Care A Lot : Panique à l’EHPAD

Dans cette comédie noire aux allures de thriller désarticulé, Rosamund Pike revient dans un rôle qui lui sied à merveille. Elle incarne ce qu’elle sait faire le mieux : un personnage ambivalent et sans scrupule. Mais quand le virtuose Gone Girl de Fincher venait faire briller le talent remarquable de l’actrice, I Care A Lot vient s’appuyer dessus et oublie de faire un bon film.

Déconnecté, froid et un peu vain sur les bords, I Care a Lot de J. Blakeson avait pourtant tout pour réussir : un casting alléchant et expérimenté, un scénario vu et revu mais jamais inintéressant si bien amené et une photographie solaire qui tranche avec le propos du film. Seulement dépassé les présentations du personnage central et la révélation du twist, le film s’étire en longueurs et ne décolle jamais dans son propos. Pourtant sur le papier, I Care a Lot a tout pour plaire. Rosamund Pike joue le personnage de Marla, qui a décidé de voler les économies des petits vieux en se faisant passer pour une tutrice censée les aider, jusqu’au jour où elle tombe sur une retraitée liée à la mafia russe. Mais il ne suffit pas d’une bonne idée pour faire tenir debout tout un scénario, comme il ne suffit pas d’une excellente actrice pour réaliser un bon film.

Le diable s’habille en Prada

Dès le départ, le film montre clairement qu’il va s’appuyer sur Rosamund Pike et qu’elle est le centre de tout le scénario. On a en face de nous une Miranda Priestly plus jeune, aussi amorale, cynique et cruelle, qui ne pense qu’à l’argent qu’elle va se faire sur le dos des gens qu’elle arnaque. Coupe de cheveux impeccable, tailleurs colorés (probablement voulu pour contraster avec sa personnalité), sourire aussi faux que sa gentillesse et talons aiguilles affutés : Marla Grayson a tout d’un diable qui aurait décidé de braquer une boutique de luxe. Seulement – et c’est là un des problèmes du film – quand le personnage joué par Meryl Streep finissait par briser une carapace formée intelligemment au fil du long métrage et que le spectateur pouvait enfin s’attacher à elle, I Care a Lot a décidé d’y aller à fond et de ne jamais donner une substance au personnage. Elle est affreuse, irrévérencieuse et cruelle, mais à aucun moment le film ne va nous donner envie de nous attacher à elle. Aucune sympathie n’émane de ce personnage, et le réalisateur ne va tente jamais réellement d’expliquer pourquoi elle fait ce qu’elle fait, d’où cette idée est née. C’est un personnage sans passé qui est présenté aux spectateurs, qui à la fin du métrage, n’ont qu’une seule envie :  lui dire qu’elle a bien mérité tout ce qui lui arrive. 

Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?

Force est de reconnaitre que visuellement le film n’est pas un désastre. La réalisation est assez générique mais la photographie vient saupoudrer le tout et le repas finit par être mangeable. Le problème majeur vient probablement du scénario, qui finit par prendre ses jambes à son cou et terminer sa course en roue libre, et des personnages mal écrits et fades auxquels personne n’a envie de s’attacher. Tout n’est pas à jeter, car le film n’est, en soi, pas excessivement mauvais et ne demeure pas un énorme raté de la part de J. Blakeson, mais souffre visiblement de son écriture bancale. Le seul vrai atout de cette comédie noire c’est Rosamund Pike qui vient asseoir un talent inné pour capter la caméra et donner vie à ses personnages. C’est elle qui va insuffler de la vie à un personnage vide de toute substance et qui va, en dépit du très bon casting (mention spéciale à Dianne Wiest et Peter Dinklage à qui la roue libre va si bien), porter vers le haut ses partenaires de jeu.

Le film aurait pu peindre une critique acerbe et cynique du capitalisme à outrance, du laxisme judiciaire, des maisons de retraite et du sexisme dans les hautes sphères du pouvoir. Mais tout ce que nous vend le film dans son premier tiers va se diluer au profit d’une lutte de pouvoirs superflue et mal gérée. En gros, le propos intéressant du long métrage s’évapore dans un scénario qui veut trop en dire, trop montrer et qui ne sait pas où il va. La dernière partie du film semble ainsi passer en pilote automatique. Une roue libre totale, sauvée par une jolie photographie et une Rosamund Pike impériale. Nous finirons le long métrage sans réelle morale, sans approfondissement des personnages et sans personne ; tout le monde ayant quitté le navire une heure auparavant.

I Care a Lot finit par ressembler à ce qu’il cherche à dénoncer tant bien que mal (mais surtout mal) : un film détaché de l’humain, du spectateur, aussi froid qu’un billet de banque. Tout n’est qu’artificiel ici et le long métrage finit par étirer à l’infini des personnages animés par une unique motivation : l’argent. Le manque d’enjeux réels transforme le film en un enchaînement d’images sans sous-texte, sans profondeur, qui n’arrive pas à dépasser son sujet, faisant ainsi de lui la première victime de ce qu’il dénonce.

Disponible depuis le 19 février sur Netflix

 

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