Après Pupille et Je verrai toujours vos visages, Jeanne Herry revient au cinéma avec Garance. Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2026. le film met en scène Adèle Exarchopoulos dans le rôle d’une jeune comédienne confrontée à une addiction à l’alcool. À ses côtés, Sara Giraudeau incarne Pauline, une femme qui va tomber amoureuse de Garance.
À l’occasion d’une conférence de presse, Jeanne Herry, Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau sont revenues sur la création du film, leur préparation et leur expérience du tournage. Voici 5 anecdotes à retenir sur Garance.
« Garance (Adèle Exarchopoulos) est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d’un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d’amour que de destruction. »

1. Un film sur l’alcoolisme ? Pas tout à fait
Malgré le fait que l’alcool soit omniprésent dans Garance. La réalisatrice voulait avant tout dresser le portrait d’une femme et s’intéresser à toutes les dimensions de sa vie. « La démarche à la base c’est pas de faire un film sur l’alcoolisme, c’est vraiment faire le portrait de quelqu’un, d’une femme. Et dans toutes les dimensions de sa vie et de son être. » nous explique Jeanne Herry.
Garance est une actrice, une amie, une soeur… et elle est également alcoolique. Sa consommation devient alors progressivement l’un des fils narratifs du film. Jeanne Herry voulait ainsi montrer « quelqu’un qui est quand même dans une lucidité au moins partielle », avec une consommation « extrême, mais fonctionnelle ».
La réalisatrice ne souhaitait surtout pas demander à son actrice de « fabriquer l’ivresse ». Selon elle, représenter quelqu’un de saoul de manière trop démonstrative peut rapidement devenir artificiel. Le travail s’est donc davantage concentré sur les stigmates de l’alcool : Garance parle davantage, tombe parfois ou tout simplement continue de boire.
Adèle Exarchopoulos a néanmoins ajouté quelques touches d’ébriété, suffisamment subtiles pour rester crédibles aux yeux de la cinéaste. Une approche qui reste finalement assez cohérente avec la volonté du film : ne jamais surligner l’addiction mais la laisser s’installer dans le quotidien de Garance.
2. Des inspirations bien réelles
Pour donner vie à Garance, Jeanne Herry ne s’est pas lancée dans une immense enquête sur l’alcoolisme. Son travail de recherche est finalement beaucoup plus personnel. La réalisatrice nous explique avoir rencontré une jeune femme alcoolique qui lui a raconté son parcours, son rapport à la consommation et les différentes étapes qui l’ont menée jusqu’à l’arrêt. Une expérience qui l’a particulièrement marquée : « Son parcours m’a captivé » explique-t-elle.
« Je n’ai pas fait comme sur mes autres films, je n’ai pas fait le tour des addictologues de Paris, je n’ai pas été rencontrée 70 alcooliques, j’en ai rencontré une. »
Adèle Exarchopoulos, elle, a également voulu aller à la rencontre de femmes confrontées à l’addiction. Elle explique avoir assisté à plusieurs reprises à un groupe de parole dans un service d’addictologie, avec l’envie d’écouter leurs expériences. Elle a surtout découvert à quel point elles n’étaient pas définies uniquement par leur addiction. Une réalité qui rejoint directement le regard porté par Jeanne Herry sur Garance.

3. Sur le devant de la scène
En préparant son rôle, Adèle Exarchopoulos ne s’est pas lancée dans une longue liste de films sur l’alcoolisme pour reproduire une performance existante. Jeanne Herry lui avait notamment conseillé de regarder la filmographie de Gena Rowlands, notamment Opening Night de 1977, où elle y incarne une comédienne. Elle cite également Betty de Claude Chabrol, avec Marie Trintignant datant de 1992.
Et si certaines scènes semblent particulièrement impressionnantes à la lecture du scénario, elles ne sont pas forcément les plus compliquées à tourner.
« Il n’y a rien de plus dur à jouer que le banal. »
Une phrase qui résume assez bien le travail d’Adèle dans Garance. La comédienne explique que les grandes scènes émotionnelles peuvent être parfois anticipées comme particulièrement difficiles, alors qu’une scène que l’on avait complètement banalisée peut finalement devenir un véritable « nœud au cerveau ».
Parmi les moments qui l’ont particulièrement impressionnée, la scène où Garance doit chanter devant tout le monde. « Moi chanter devant tout le monde, laisse tomber quoi. » nous explique t-elle en riant. Derrière les différents numéros joués par Garance dans les scènes de théâtre pour enfants (un soldat, une fleur ou encore un oiseau), la comédienne retrouve finalement une forme de pudeur assez forte : se montrer, exposer sa voix et accepter d’être regardée.
4. Une alchimie qui ne se travaille pas
L’une des forces de Garance repose évidemment sur la relation entre Garance et Pauline. À l’écran, Adèle Exarchopoulos et Sara Giraudeau donnent l’impression d’avoir développé une véritable complicité.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, les deux actrices n’ont pas spécialement travaillé cette alchimie avant le tournage. Pour Sara Giraudeau « travailler la symbiose entre comédiens, c’est très très compliqué. Soit la symbiose se fait, elle se fait, c’est génial, soit si la symbiose se fait pas complètement, tu fais semblant. »
Pour l’actrice, il s’agissait également de sa première histoire d’amour avec une femme à l’écran. Une petite appréhension que sa partenaire a rapidement contribué à faire disparaître. Cette confiance entre les deux actrices permet même à Adèle d’évoquer ce qu’elle considère comme l’une des plus belles choses pouvant arriver sur un plateau : « Je trouve que c’est un rêve quand tu peux aussi essayer de rater devant l’autre. »
5. Jeanne Herry voulait… faire une comédie
Malgré son sujet, Garance possède une tonalité étonnamment lumineuse. Une volonté assumée de Jeanne Herry, qui révèle même que le projet était à l’origine… une comédie.
« Déjà c’est tellement volontaire qu’au départ j’ai voulu faire une comédie. J’ai pas réussi. »
Quelques touches d’humour apparaissent évidemment dans le film, mais la réalisatrice a surtout cherché à construire une trajectoire positive pour son personnage. « Moi je ne peux pas éprouver mes personnages comme ça, lâcher les branches au fur et à mesure, ça casse, ça casse, ça casse et pas trouver une porte de sortie à la fin. » nous confie la réalisatrice. Jeanne Herry reconnaît aujourd’hui avoir compris quelque chose sur sa manière d’écrire : « Maintenant je me connais, j’ai 48 ans, c’est mon quatrième film, je ne sais écrire que des histoires positives. ».
Une philosophie qui ne signifie pas pour autant ignorer les difficultés. Garance parle d’addiction, de souffrance et de la peur de basculer à nouveau. Mais pour la cinéaste, ces épreuves peuvent être aussi être racontées du côté de la lumière. Elle cite notamment Erin Brockovich interprétée par Julia Roberts dans le film de Steven Soderbergh comme référence : un film qui ignore ni la maladie ni les difficultés, mais qui reste malgré tout du côté de la vitalité.
Et c’est peut-être finalement ce que Jeanne Herry cherche avec Garance : parler d’un sujet difficile sans enfermer son personnage dans celui-ci.
– Entretien réalisé le 8 septembre 2026 à Lille
