Garance de Jeanne Herry, c’est une campagne de sensibilisation assumée sur la lutte contre l’alcoolisme, portée par la force de jeu d’Adèle Exarchopoulos.
Garance, c’est aussi des personnages touchants et des dialogues informés, une fenêtre ouverte sur un problème majeur de santé publique. Jeanne Herry évite tous les clichés habituels : elle filme le déni, la banalité du danger, cette façon qu’a Garance de croire qu’elle gère encore. Chaque verre bu lors d’une soirée arrosée semble innocent, mais scelle en réalité sa destinée.
Synopsis : Garance (Adèle Exarchopoulos) est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d’un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de grande récré où se mêlent autant d’amour que de destruction.

The Lost week-end
La réalisatrice française s’invite pour la première fois au Festival de Cannes, en Compétition officielle. Une reconnaissance tardive mais juste pour une cinéaste qui fait depuis dix ans un cinéma très documenté et maîtrisé sur des thématiques sociales (Je verrai toujours vos visages, Pupille…). Garance, c’est le portrait d’une vie en train de se chercher excessive, tendre, autodestructrice. C’est une exploration fine de la psyché humaine et de la dépendance à l’alcoolisme.
On ressent de l’empathie pour Garance, on veut qu’elle arrête de boire. Jeune actrice alcoolique, celle-ci traverse huit ans d’existence avec la fureur de quelqu’un qui ne sait pas encore si elle cherche à se construire ou à se détruire. L’alcool possède, déchire. On remarque ses ravages dans la chair.
Le cinéma du vrai
Ce réalisme, Jeanne Herry le construit à travers son style cinématographique. Ce qui définit le cinéma de la réalisatrice tient en une phrase qu’elle a elle-même formulée : « Ma mise en scène est simple et précise. Je la mets au service du scénario. »
Derrière cette apparente modestie se cache une ambition formelle très précise. Pour elle, un champ-contrechamp est l’essence même du cinéma des visages qui écoutent, des visages traversés par les émotions humaines. Herry construit des scènes d’action psychologiques où chaque mot, chaque silence, chaque regard porte le poids de ce que le personnage ne dit pas encore, mais ressent.
On sent aussi qu’Herry a été publiée chez Gallimard. La plume est affutée, les dialogues sont efficaces et incisifs. On assiste à une plongée dans l’alcoolisme à travers les informations glissées par les spécialistes au fil du film, dans des dialogues inspirés à l’humour parfois noir.
Pour dresser ce portrait cohérent, Herry a mené une mini-investigation, interviewant une ancienne alcoolique pendant deux mois, et en s’inspirant de son propre passé d’actrice. Elle a fait relire le scénario par une addictologue et Adèle Exarchopoulos a assisté aux séances d’un groupe de parole à l’hôpital Paul-Brousse. Son approche documentaire lui permet de tisser une intrigue réaliste de l’alcoolisme et à nous présenter la réalité d’une épreuve de la vie.
Les Enfants du paradis artificiel
Le sujet est sombre, mais l’approche reste équilibrée. Les années passent, la dépendance s’accentue dangereusement et pourtant Garance garde son enthousiasme, sa bonne humeur de façade qu’elle présente au monde. L’alcoolisme c’est aussi cela, un masque que l’on porte, et que l’on a du mal à retirer.
L’ironie formidable de ce casting, reste de voir Adèle Exarchopoulos endosser le rôle d’une actrice invisible, en échec, dépendante du désir des metteurs en scène, alors qu’elle est justement l’une des actrices françaises les plus demandées de sa génération. Garance ne traite pas seulement de l’alcoolisme, c’est un film à tiroirs. Il aborde de nombreux thèmes : l’alcoolisme, la situation des intermittents du spectacle, la sexualité queer, l’accompagnement d’une personne atteinte d’une maladie incurable. Une richesse thématique qui permet d’ouvrir les yeux sur la complexité de la vie précaire.
Garance est une performance qui s’étire sur huit ans sans jamais se répéter, sans jamais chercher à apitoyer. Il n’est pas seulement le portrait d’une femme, mais aussi celui d’une histoire d’amour. Sara Giraudeau apporte cette douceur et cette stabilité nécessaire à la rémission. Le duo fonctionne à merveille : leur relation devient le cœur émotionnel du film, une romance construite sur le soutien, la présence et la bienveillance. L’amour, finalement !
