FOCUS : Uncharted, histoire d’un film longtemps maudit

Ce mercredi, les fans de PlayStation et de films d’aventure « pop-corn » auront enfin le plaisir de poser les yeux sur l’adaptation de la licence culte Uncharted, au cinéma. Si les premiers retours d’avant-première saluent la présence d’un vrai souffle d’aventure, sa production, à l’image d’autres films tirés de jeux vidéo, aura été chaotique. CinéVerse revient avec PlayStation Inside sur la genèse d’un film qui aura mis 14 ans à voir le jour.

Si le film sort sur nos écrans en 2022, le projet d’adapter les aventures de Nathan Drake au cinéma date de… 2008. À cette époque, Sony avait confié l’adaptation de sa licence culte à David O. Russell, réalisateur de The Fighter (2010) et Happiness Therapy (2012). Le projet était ambitieux et se positionnait comme un film relatant une affaire de famille sur fond de mafia. Côté casting, quelques grands noms circulent sur internet et dans les coulisses d’Hollywood : on parle de Mark Wahlberg en tant que Nathan Drake, mais aussi de Joe Pesci et Robert de Niro, rien que ça.

Robert de Niro Joe Pesci Casino
Casino de Martin Scorsese (1995) © United International Pictures

L’illusion de Nathan

À cette époque, une contre-révolution s’opère sur les réseaux et parmi les fans de la licence. En tête de barricade : le comédien NathanFillion, connu pour les séries Castle (2009-2016) et Firefly (2002-2003), et dont la ressemblance avec Nathan Drake est plus que troublante. Ce dernier, grand fan de la série Uncharted, milite pour que celle-ci soit portée au cinéma et au passage, pour incarner le plus connu des chasseurs de trésors sur grand écran. À grands coups de déclaration et de tweets, il essaie de lancer un mouvement à l’aide de ses fans de la première heure.

La compagne va même plus loin que ça puisque Nathan Fillion va jusqu’à tourner un court-métrage non officiel où il incarne Nathan Drake. Un fan-film de 15 minutes plutôt convaincant qui a des allures de maquette. Mais malgré ses efforts, Nathan Fillion n’a jamais véritablement été envisagé pour incarner le rôle, Sony préférant peut-être miser sur un acteur plus bankable pour jouer un des héros les plus iconiques de son catalogue de licences.

2011 : le premier couac

Nous sommes en 2011 et un premier rebondissement d’une longue série s’apprête à frapper la production du film. Alors que le troisième opus d’Uncharted, L’Illusion de Drake (2011), est sur le point de sortir sur PS3, son game director Justin Richmond s’en va fracasser une interview donnée par David O. Russell en démentant toutes les informations que nous pensions vraies sur la future production de Sony. Dans cet entretien, Justin Richmond commence par réfuter l’idée selon laquelle Uncharted serait un film relatant une « histoire de mafia » : « Tout d’abord, tout cela a été démenti par David O. Russell. En fait, il nous a appelés et nous a dit : ‘Je ne sais pas de quoi ces gars parlent.’ »

Et ce n’est pas tout. Après le scénario, Justin Richmond dégaine à nouveau sa pelle pour enterrer le casting annoncé. En tête de corbillard, Mark Wahlberg : « Mark Wahlberg n’est pas non plus sur le point d’être confirmé pour jouer Nathan Drake. Ce sont justes des ragots hollywoodiens. »

De son côté, David O. Russell poursuit malgré tout son travail. Le réalisateur se lance dans l’élaboration d’un premier script de 200 pages. Gros problème : il souhaite s’affranchir de l’œuvre originelle en mettant sous le tapis quelques personnages cultes. Sony aurait refusé le script, craignant que les fans de la licence boudent les salles obscures. La production du film, loin d’être sereine jusqu’à présent, prend un bon coup sur la tête : le cinéaste quitte le projet. Il justifiera son départ en parlant notamment de « divergences créatives » avec Sony. Euphémisme qu’il est bon ton de déployer quand on ne s’entend plus du tout avec ses producteurs.

2011 – 2016 : la valse des réalisateurs

David O. Russell n’est plus à la barre, le projet se retrouve dépourvu d’un soliste à la caméra. En coulisse, il se chuchote que le bébé est confié à Neil Burger, dont la première décision consiste à repartir de zéro. Exit l’idée de cartel mafieux, place à une histoire beaucoup plus proche de celles narrées dans les jeux. Mais, pour une raison inconnue, Neil Burger quitte le projet à son tour.

Pendant deux ans, le film reste au fond d’un tiroir et c’est en 2014 que Sony annonce qu’un nouveau réalisateur a été trouvé, en la personne de Seth Gordon. Si son nom ne vous dit rien, il est le réalisateur des films Baywatch : Alerte à Malibu (2017) et Arnaque à la Carte (2013). Choix plutôt surprenant donc, puisque Gordon n’était pas connu pour être un réalisateur de films d’aventure.

Baywatch
Baywatch : Alerte à Malibu de Seth Gordon (2017) © Paramount Pictures

Mais la surprise a vite tourné court car à son tour, Seth Gordon quitte le projet. Il invoque les fameuses « divergences créatives » mais aussi « budgétaires ». En effet, Sony aurait prévu d’investir un peu moins que prévu dans cette production qui se déplume de son aura à chaque désistement de réalisateur.

En juillet 2016, Sony discute avec le réalisateur Joe Carnahan pour reprendre le projet Uncharted. Si le réalisateur est intéressé par cette opportunité, son agenda est alors pris. Il est contraint de refuser le rôle de réalisateur mais réécrit tout de même le scénario. Réécriture qui ne servira pas à grand chose puisqu’à la fin 2016, Sony décide à nouveau de repartir de zéro avec un nouveau réalisateur et un nouveau pitch…

2016 : Uncharted sera un prequel

Nous sommes à la fin 2016 et Sony officialise son 4ème réalisateur pour le film Uncharted : Shawn Levy, connu pour avoir réalisé La Nuit au Musée (2016) et son travail sur la série Stranger Things (2016-). Encore un énième chambardement anecdotique direz vous. Sauf que dans ce cas, la production décide aussi de changer totalement l’angle narratif d’Uncharted. Si jusqu’à présent, on oscillait entre suite éloignée du matériau de base ou adaptation plus conventionnelle, ici, Sony opte pour un prequel.

Et qui dit prequel, dit un Nathan Drake jeune. Mark Wahlberg, trop âgé, est définitivement écarté du rôle de Nathan Drake pour laisser sa place à une étoile montante d’Hollywood : Tom Holland. Acteur qui s’était révélé aux yeux du monde grâce à son rôle dans le premier volet de la saga Spider-Man, Homecoming, film produit par… Sony. La boucle est bouclée.

Spider-man : Homecoming de Jon Watts (2017) © Sony Pictures

Mieux, une date de tournage commence même à se dessiner : autour de l’été 2017. Ça y est, on a tout : l’idée du script, le réalisateur et le nouveau chouchou d’Hollywood au casting. On se dit alors que plus rien ne peut enrayer la machine. Enfin, rien, si ce n’est le départ du réalisateur…

2017 – 2019 : on ne prend pas les mêmes mais on recommence

Eh oui, parce que tout ça devenait vraiment trop facile, le réalisateur Shawn Levy quitte à son tour le bateau Uncharteddont on se demande s’il arrivera un jour à bon port. Le motif ? Selon The Hollywood Reporter, Shawn Levy souhaiterait se focaliser sur un autre film : Free Guy (2021), avec Ryan Reynolds, traitant également le thème vidéoludique.

Free Guy de Shawn Levy (2021) © Walt Disney Company

L’idée du script et du prequel demeurent cependant toujours intactes et c’est alors qu’en 2019, Sony se tourne vers Dan Trachtenberg pour porter le film à l’écran. Le réalisateur de 10 Cloverfield Lane (2016) vient avec des ambitions, celles de ne surtout pas faire un copier-coller des jeux de Naughty Dog : « Je ne pense pas que cela vaille la peine de faire une adaptation, si c’est juste pour faire un copier-coller et servir aux fans une expérience inférieure à celle qu’ils ont vécue d’une manière incroyable sur console. »

Intention louable mais plutôt éloignée du pitch choisi par Sony qui consiste à retracer la rencontre entre un jeune Nathan Drake et un Sully moins âgé – rencontre à laquelle on assiste dans le troisième opus de la saga. Vous l’aurez compris, Dan Trachtenberg quitte le projet en 2019 pour laisser place à un 6ème réalisateur, et avec lui, le retour d’un nom souvent évoqué.

2019 – 2022 : le bout du tunnel

Faisons un peu les comptes : en 2019, cela faisait maintenant plus de 10 ans que le film était en production, mais pas une seule image n’avait été tournée, et le projet avait vu passer au moins 4 scripts et 5 réalisateurs. Et pour le 6ème, c’est Travis Knight qui se présente au poste. Cette fois-ci, on pense que c’est la bonne. Le film a même une période de sortie : décembre 2020.

La suite, si vous ne la connaissez pas, vous la devinez : Travis Knight quitte à son tour le film. Pour une raison jusqu’alors inédite, à savoir une incompatibilité de planning avec Tom Holland. En effet, l’acteur étant déjà pris par Spider-Man : No Way Home (2021), il ne peut se rendre disponible pour le tournage d’Uncharted. Travis Knight, dans l’impasse, renonce à son tour.

Spider-Man : No Way Home de Jon Watts (2021) © Sony Pictures

À noter que si le projet patauge côté réalisation, côté casting, tout se dessine tranquillement à partir de 2019. Mark Wahlberg, que l’on avait presque oublié, prend de nouveau part au projet dans le rôle de Sully, quelques rides en moins.

Et c’est enfin en 2020 que le film met la main sur son ultime réalisateur : Ruben Fleischer, réalisateur de la saga Zombieland (2009-2019) mais aussi de Venom (2018), une autre production Sony Pictures. Le film Uncharted est sur les bons rails et ce ne sont pas les deux reports de sortie liés à la crise sanitaire (octobre 2021 puis le 16 février 2022) qui vont entacher l’enthousiasme de Sony de voir enfin ce film sortir de terre.

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Vous l’aurez compris, cet Uncharted a été le fruit d’un accouchement long et très pénible. Devenu un temps la risée du web, le projet fait maintenant bonne figure et est fin prêt à se montrer dans les salles obscures du monde entier. Si vous faites partie de ceux qui l’ont attendu, on a envie de vous dire deux choses : si si, il sort vraiment et surtout, profitez bien de votre visionnage : vous l’avez amplement mérité.

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