Everything everywhere all at once des Daniels : partout, mais surtout nulle part ?

MICHELLE YEOH DANS LE MULTIVERSE

Présenté comme la nouvelle pépite produite par A24, dont c’est devenu le plus gros succès, Everything everywhere all at once est une interprétation jouissive du concept du multivers. Si le spectacle concocté par Daniel Scheinert et Daniel Kwan tient largement ses promesses visuelles, réussit-il vraiment tout, partout et tout à la fois ?

Piégée dans une vie quelconque et déçue d’elle-même, Evelyn (Michelle Yeoh) est soudainement approchée par des agents du multivers. En effet, ces derniers pensent qu’elle est la seule élue à même de pouvoir restaurer l’équilibre des mondes. Avec son mari effacé, une fille rebelle et un père conservateur, Evelyn découvrira que même les plus grands des enjeux ne doivent pas la détourner de ses véritables responsabilités : celles de fille, de femme, d’épouse et de mère.

Evelyn (Michelle Yeoh) protège son mari et sa fille
© Originals Factory

Un spectacle époustouflant…

L’initiative est saluer : Everything everywhere all at once est tout d’abord un film qui assume son concept jusqu’au bout. Proposant ce qui est sans doute la meilleure interprétation du multivers au cinéma (mieux que chez Marvel Studios) malgré un budget significativement plus resserré, le film éblouit par sa mise en scène survoltée, qui alterne entre des moments de combat bien chorégraphiés et lisibles, des effets spéciaux étrangement réussis et un humour savamment dosé.

Évidemment, si le petit budget se remarque par endroit (le grand centre de gestion du multivers est… une camionnette), les réalisateurs s’en sortent souvent grâce à des idées originales. Ils jonglent par exemple entre un absurde assumé et des hommages désopilants à des films aussi variés que 2001 l’odyssée de l’espace, Matrix, Paprika, In the mood for love ou encore Ratatouille. Parfois, les Daniels s’autorisent même des scènes complètement barrées, que nous ne décrirons pas pour ne pas gâcher l’expérience, mais qui sont réellement originales dans le paysage du cinéma américain.

… au service d’un scénario confondant de banalité

Quand on comprend le concept d’Everything everywhere all at once, on se prend à vouloir que le film aille dans tous les sens, délesté des ancres des cahiers des charges hollywoodiens. Bien malheureusement, les Daniels tombent dans tous les écueils possibles et imaginables. Alourdi par des scènes d’exposition trop longues et bien trop complexes pour ce que le film est réellement, le scénario déçoit par sa construction d’un classique aux antipodes du côté fun de la mise en scène. En fait, rien dans l’écriture de Everything everywhere all at once n’est nouveau ou original. Les mantras habituels du blockbuster hollywoodien sont ainsi benoitement martelés, comme la nécessité de s’accepter tel que l’on est ; de privilégier la négociation à la violence ; ou encore de pardonner les erreurs de sa famille pour continuer à s’aimer malgré tout. C’est d’autant plus frustrant quand ces messages, certes positifs mais convenus et aseptisés, sont délivrés au beau milieu des plus folles scènes d’action, les freinant dans leur rythme.

De ce scénario quelconque, il restera des acteurs à l’interprétation très convaincante. Aux côtés de Michelle Yeoh, qui porte le film et apporte à son personnage une infinité de nuances que le script ne lui donne pas, il faut célébrer le travail de Stephanie Hsu, sur laquelle repose la majeure partie de l’humour du film et qui s’en sort admirablement, rendant presque plausibles l’absurdité des ses dialogues.

Evelyn (Michelle Yeoh) navigue à travers le multivers
© Originals Factory

Aussi jouissif qu’il est frustrant, Everything everywhere all at once marquera les spectateurs par la virtuosité de sa mise en scène. Ils pourront aussi facilement l’oublier, du fait des défauts regrettables de son scénario. En dehors de son spectacle ébouriffant, le film n’est malheureusement qu’une énième relecture convenue du chemin vers l’acceptation de soi, mâtinée d’un message tout aussi éculé sur les bénéfices de la gentillesse et de la famille. En somme, le film des Daniels donne un important sentiment d’inachevé, comme si en cherchant le tout et le partout, ils avaient finalement découvert le nulle part et le rien.

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