César 2024 : Classement des courts métrages de fiction

La compétition de courts métrages de fiction des César 2024 est très hétéroclite, voire quelque peu inégale.

Cependant, tous portent des propositions ambitieuses qui, même sans se traduire forcément par une réussite totale, leur garantissent une place solide. Voici notre classement des meilleurs courts métrages de fiction des César 2024 parmi les 4 nommés.

4e. Boléro de Nans Laborde-Jourdàa

Boléro suit le retour de Fran dans son village natal teinté de non-dits et de traumatismes enfouis, du moins le devine-t-on. Le rythme du boléro de Ravel qui entoure le récit avant d’en faire un spectacle tout entier fait chavirer un drame confus dans une forme d’onirisme chaotique. Le parti pris pourrait être fort si la mise en scène venait le compléter et nous sortir des incessantes successions de gros plans et de l’enfermement d’une cabine de toilettes sombre qui nous fait complètement passer à côté de ce qu’il s’y passe réellement.

Le scénario lui-même n’est par ailleurs pas assez poussé, trop porté sur des suppositions, pour véritablement toucher et diriger notre attention vers son protagoniste et son histoire de jeunesse. Aucune de ses actions n’ont alors de conséquence dramatique car l’on est contraints d’entrer dans les événements sans information. Il semble alors qu’il faille assister à un récit construit de toute pièce autour d’une scène d’apothéose qui paraît être le seul intérêt de la réalisatrice elle-même, mais cela n’est pas suffisant. Quel dommage pour un film qui aurait pu être un ovni signifiant dans cette sélection et apporter une touche de folie.

Une personne aux cheveux longs, torse nu, sur fond noir, lève le bras dans un pas de danse.
© Manifest

3e. Les Silencieux de Basile Vuillemin

Un thriller sombre en pleine mer contant le dilemme qui divise l’équipage du Perman-Elk, dont fait partie Jorick le protagoniste : rentrer les cales vides ou partir braconner en zone interdite. La photographie est de loin la grande force du film dont le traitement du paysage de nuit aquatique renforce l’atmosphère. La direction que prend la narration est intéressante, bien que prévisible, mais la tension et l’émotion sont annulées par un manque de caractérisation des personnages et surtout un jeu d’acteurs qui laisse à désirer.

Alors, malgré les enjeux qu’il installe, le film ne parvient jamais à nous faire croire en ses personnages et donc en leurs motivations et décisions finales. L’écriture comme le rythme manquent de nuances, évinçant tout suspense pour se précipiter vers une scène finale sans surprise ni amertume. Pourtant, Les Silencieux avaient le potentiel d’être un bon thriller efficace dans la descendance du Chant du loup. Il n’en est pas un naufrage pour autant mais un flottement quelque peu instable.

Un marin dans l'obscurité avec une lampe frontale, regarde attentivement devant lui
© Blue Hour Films

2e. L’Attente d’Alice Douard

Une nuit à la maternité ressentie comme une éternité pour Céline qui attend l’arrivée de son premier enfant, porté par sa compagne Jeanne. L’Attente est un très beau film, d’une maitrise formelle incontestable, porté par un duo de comédiennes attachantes et un bon équilibre entre comédie et romance. A travers l’attente de Céline ponctuée de diverses rencontres avec des semblables qui sont, comme elle, à l’aube d’une nouvelle vie, Alice Douard pose un regard doux sur la parentalité et toutes les angoisses et questionnements qu’elle impose.
La légitimité en tant que mère non porteuse ou père, douter de sa capacité à être parent, se demander comment aimer un enfant, comment savoir si l’on est prêt, quelle va être cette nouvelle vie après ce point de bascule sans retour en arrière : tant de questions vertigineuses traitées avec nuance et tendresse.

Pour Alice Douard, il n’y a aucune réponse, et c’est là la beauté de l’action de ces nouveaux parents prêts à se jeter dans l’inconnu puisqu’il est bientôt temps. Cette nuit, ces heures puis ces minutes, sont alors tout ce qui compte dans leur devenir de parent et d’individu à part entière.  C’est en cet instant figé, aussi long que fugace, que l’on tire nos réponses.

Deux femmes sont dans une chambre d'hôpital, l'une couchée prête à accoucher, l'autre assise lui tenant la main. Elles se regardent et sourient.
© Canal+

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1er. Rapide de Paul Rigoux

Jean fait partie des lents, de ceux qui ne vivent qu’à travers leurs anxiétés et leurs problèmes. Alex, son coloc, lui est un rapide, constamment dans l’action, passionné par l’aérodynamisme et l’euro dance. Ce jour-là, chacun reçoit une invitée de son propre monde. Lenteur et rapidité se retrouvent alors à cohabiter et se mêler.

Rapide est une véritable bouffée d’air frais totalement unique, agréable et captivante. Un feel good movie générationnel plein d’autodérision autour de l’anxiété sociale mettant au premier plan des personnages maladroits, mal à l’aises, inadaptés, ces personnes qui, même en essayant, ne sont « pas très doués pour vivre ». Le tout avec un regard bienveillant, un amour pour ses personnages et un sens du rythme comique entraînant.
L’absurde se confond aux questionnements plus profonds sur comment vivre sa vie, que faut-il y rechercher, faut-il s’enfermer dans cette dichotomie du lent et du rapide.

Paul Rigoux choisit de privilégier le temps long avec des plans séquences posés articulés autour de la finesse de ses dialogues et des merveilleuses interprétations des quatre jeunes acteurs.
En somme, Rapide fait du bien, s’adresse à toute une génération d’anxieux avec une envie de vivre contagieuse et un amour sincère des autres. C’est neuf, sensible, décalé, singulier : en bref, un court et un réalisateur à récompenser.

Un personnage masculin extravagant avec des lunettes de soleil jaunes se tient au premier plan. Derrière lui, un jeune homme et une jeune femme le regardent.
© G.R.E.C

Nous garderons tout de même une pensée à la suite de cet égrainage les quelques oubliés qui figuraient parmi les présélectionnés, comme mentions honorables de ce classement : La Machine d’Alex de Mael Le Mée, Le Soleil dort de Pablo Dury et J’ai vu le visage du diable de Julia Kowalski, toujours visionnables sur la plateforme de France TV comme les quatre courts métrages nommés ci-dessus.

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