Army of the Dead : La mort aux trousses

Les zombies ont pris le contrôle de Las Vegas, mais un groupe de mercenaires déterminé à braver la mort s’y aventure pour tenter de remporter le jackpot. Leur route sera parsemée de menaces plus terrifiantes les unes que les autres…

À l’ère des combats féroces entre les grands studios et les réalisateurs, la Justice League : Snyder Cut est le cas parfait pour imager les difficultés d’un cinéaste à réaliser le film qu’il veut construire tel qu’il l’a pensé. Il y a quelques jours lors d’un entretien, Zack Snyder semblait définitivement vouloir couper les ponts avec la Warner, en n’oubliant pas de préciser que sa collaboration et son expérience avec Netflix fut totalement différente. Presque 20 ans après son premier long-métrage intitulé L’Armée des morts (remake de Zombie de George A. Romero), Zack Snyder fait un retour fracassant avec Army of the Dead, diffusé sur Netflix le 21 mai.

Alpha Army of the Dead devant Las Vegas

Une conscience létale

Des films de George A. Romero qui ont popularisé le zombie moderne au cinéma, à The Walking Dead qui a su étendre l’influence de ce monstre assoiffé de sang à un grand public, il existe à ce jour plus d’un millier de films de zombie, faisant de ce sous-genre un pan majeur du cinéma horrifique. Chaque année, des dizaines de films abordent cette thématique désormais surexploitée et peu surprenante, et Army of the Dead les rejoint en 2021. Une des questions principales que se pose toujours le spectateur est la suivante : d’où vient le virus et comment ça a commencé ? L’introduction du film de 15 minutes (dévoilée par Netflix autour du 10 mai) nous plongeant directement dans l’horreur permet de nous familiariser avec le patient zéro qui est à la fois la cause de la catastrophe et un antagoniste qui reviendra par la suite.

Zack Snyder ne cherche pas à éviter les stéréotypes, mais plutôt à les exploiter en toute conscience, comme lorsqu’il résume en 15 secondes le moyen de tuer un zombie et nous évite ainsi d’avoir une scène où les protagonistes le découvrent par eux-mêmes comme dans tous les films. Contrairement à d’autres films sur le même sujet,  Army of the Dead prend le temps de développer son histoire. Pas tant au niveau des personnages qui n’ont pas besoin d’un développement accru parce qu’ils sont des archétypes familiers, mais au niveau de l’action et de l’avancée de l’expédition. Malgré un début un peu long, les 2h30 du film sont presque imperceptibles. L’expansion des zombies est justement un point qu’il ne prend pas le temps de développer puisque tout le monde la connaît, et exploite son générique stylisé pour détourner l’infection de Las Vegas en mêlant un aspect dramatique à une certaine légèreté comparable à Shaun of the Dead ou Bienvenue à Zombieland.

Une actualité corrosive

Les films sont des miroirs de la société et les sujets abordés en disent souvent beaucoup sur l’état du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Très loin du massacre apocalyptique du récent Songbird d’Adam Mason (avec l’exécrable K.J Apa) qui prétendait s’inspirer des évènements du présent (la crise sanitaire) pour réaliser un film catastrophe choc, Zack Snyder occupe tous les postes majeurs pour un contrôle créatif absolu (réalisation, scénario, photographie, production) et livre un film au cœur de l’actualité. Les parallèles au monde d’aujourd’hui sont nombreux ; parmi eux, l’enrichissement et le pouvoir des élites malgré les crises et le mal-être des autres. La motivation principale des personnages pour la mission est le gain d’argent qu’ils peuvent se faire, peu importe la somme (de 20 000$ à 15 millions de $), et cela en dépit d’une ville totalement ravagée par les zombies dont on ne compte plus les pertes humaines. On ne peut s’empêcher de penser à la situation actuelle lorsqu’on voit qu’ils continuent à vivre et à travailler, et qu’ils cherchent à préparer l’avenir avec cette somme.

Il y a également un camp de réfugiés à l’extérieur de Las Vegas, où des gens sont soumis à des règles strictes et ont affaire à un certain « pass sanitaire ». Ici, les zombies sont exclusivement à Las Vegas, et le monde a les yeux rivés sur la situation de Sin City comme le monde entier aux dernières élections présidentielles américaines. Les élites ne sont pas les seules concernées par le film, Zack Snyder prend plaisir à attaquer l’ex-président et/ou clown des Etats-Unis Donald Trump lors d’une scène où les médias annoncent que le président pensait que la bombe lancée sur la ville ferait un beau feu d’artifice.

Army of the dead deux hommes se regardent

Fais pas genreS

Army of the Dead ne réinvente pas le film de zombie mais sort des sentiers battus grâce à son alliance réussie des genres. Avez-vous déjà vu des zombies au sein d’un film de casse ? Quelque part entre Ocean’s Eleven et Fast and Furious (en moins abrutissant), Zack Snyder joue avec les genres pour soutenir ses idées. L’humour, omniprésent, parvient à faire rire le spectateur tout en n’effaçant pas les attributs du cinéma d’action et d’horreur. Même s’il donne cette impression de légèreté avec ces séquences d’action amusantes, il sait insuffler des séquences épiques et bien rythmées pour faire monter la température crescendo jusqu’à arriver au genre le plus anxiogène du film : l’horreur. 

Plus tôt, nous parlions du patient zéro (l’Alpha), et c’est bien lui l’élément central de l’horreur à l’œuvre dans le film. Zack Snyder (aussi directeur de la photographie) le rend terrifiant grâce à un travail abouti sur les ombres et la lumière. Les décors intérieurs sont d’ailleurs bien plus intéressants que les décors extérieurs qui ont du mal à donner une impression de réalité. Il allie sa mise en scène basée sur les rapports de force à son esthétique (décuplée par la bande-son de Junkie XL), et rend l’Alpha effrayant et sans pitié puisqu’il n’est pas qu’un simple zombie comme les autres. 

Même si le film a des facilités narratives et des défauts ; sa bonne volonté, sa mise en scène, et ses personnages attachants (attention, il prend aussi à revers sur des morts inhabituelles) vous empêcheront de sortir du film… Et tout cela malgré les décors et les VFX qui ne sont pas à la hauteur d’un film au budget de 90 millions de $. 

Army of the dead zombie qui saute au dessus d'une machine casino

Army of the Dead, c’est le pari fou et réussi de Zack Snyder de revenir quelques mois après Justice League : Snyder Cut, qui tape un grand coup sur la table afin de prouver qu’il n’a pas besoin de remonter un film pour qu’il soit réussi, mais seulement qu’on lui fasse confiance et qu’on lui permette de mettre en œuvre sa propre vision d’un scénario qu’il a lui-même écrit. Cette petite armée composée de Dave Bautista, Ella Purnell, Ana de la Reguera, Garret Dillahunt, Raúl Castillo, Tig Notaro… se dirige droit vers la mort, mais qui y survivra ?

Disponible sur Netflix le 21 mai 2021

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