Vaurien : La pourriture sous couvert d’un beau sourire

Critique de Vaurien proposée par CinéVerse

Pour son premier long métrage, Peter Dourountzis reste fidèle à lui-même. Avec Vaurien, il nous immerge dans le vrai Limoges, un espace complexe, social et dangereux : le terrain de jeu d’un monstre qui profite de ses apparences pour combler ses vices.

Commençons par un avertissement : Vaurien traite du viol, et si nous estimons ne pas nous sentir capables de parler d’un tel sujet, nous tâcherons de traiter le film avec parcimonie. Si le sujet central de Vaurien est difficile à aborder, il n’est pas étranger à son auteur. Engagé pendant dix ans au SAMU social de Paris, Peter Dourountzis est un artiste engagé face à la précarité. En effet, avec Errance il nous a habitué à traiter de sujets tabous de manière crue et proche du réel : pas de manichéisme ici, des passions et des vices qui se mélangent à des relations humaines complexes. S’il aime présenter des vagabonds, ni bons à rien ni samaritains, ici nous avons affaire à un abuseur qui transgresse toutes les règles pour arriver à ses fins. Paris et la liberté à tout prix, oui mais peut-on se libérer de tout ? Vaurien échappe aux standards habituels de l’écriture, du montage ou encore de la mise en scène. Si le pari de mettre l’accent sur la violence des abus sexuels est réussi, celui de mettre en place une histoire captivante l’est moins. Analyse d’une œuvre dérangeante qui n’est pas adaptée à tout public.

Au cœur des conflits sociaux, chacun demande sa part

Vaurien, c’est l’histoire d’un quarantenaire sans abri tout droit sorti de prison qui essaie de rouler sa bosse. Il s’appelle Djé, c’est un homme blanc, quelqu’un de tout à fait standard qui n’hésite pas à utiliser de ses charmes pour s’imposer. Il sait bien s’exprimer et grâce à sa gueule d’ange, il attire la sympathie des autres. Cependant, dès l’introduction, nous sommes témoins de son comportement douteux qui ne va faire que s’empirer : Djé est insistant envers les femmes qui lui tapent à l’œil.

Rapidement son comportent devient banal : le vaurien fait ses marques dans une société où les femmes doivent lutter contre une masculinité toxique surprotectrice et misogyne. Les personnages sont victimes de leurs milieux sociaux et les rapports de force sévissent. Le langage est populaire et plus Djé satisfait ses pulsions, plus il se trouve dans des lieux peu fréquentables. Malheureusement, l’histoire n’est qu’une vitrine de cette société coupable, coupable de prêter bon dieu sans confession à «un français » et qui condamne les démunis sans scrupule. Djé n’évolue pas vraiment et nous n’aurons pas de solution à la misère qui nous est présentée.

Un paria et sa violence en marge

La technique, elle, est à double-tranchant. Le cadrage met parfois mal à l’aise, il joue avec le hors-champ pour mettre l’accent sur la perte de contrôle, où la suggestion est plus terrifiante que la mise en scène. Djé est notre hôte et pourtant c’est la détresse de ses victimes que l’on ressent. Le montage quitte les codes pour nous proposer des scènes rafraîchissantes qui savent mettre l’accent sur les personnages et leurs émotions quand c’est nécessaire. Amateur des gros plans, Dourountzis nous fait voir la vie, la mort, la passion, le désir, la peur et le vice.

Vaurien joue également sur une temporalité éparse avec de multiples ellipses qui déshumanisent le personnage. A chaque drame qu’il cause, Djé change de vie sans broncher, comme une tempête qui détruit tout sur son passage. Il est impossible pour le spectateur d’avoir de l’empathie pour un parasite qui fait ressentir son incapacité face à la caméra. D’ailleurs, le personnage principal se moque bien de nous lorsqu’il manipule un appareil photo l’air de rien après avoir commis un sinistre. En parlant de caméra : les mouvements sont trop timides. On apprécierait un cadrage plus ample qui nous immergerait dans la capitale et rendrait d’autant plus crédible l’espace urbain. Proche du documentaire social mais victime d’une vision biaisée, (masculine ?) et fantasmée de la réalité, Vaurien dérange. Sa technique n’est pas à couper le souffle et le sujet traité rend difficile la vision du film. Nous saluons cependant la direction des acteurs, notamment pour le jeu de Pierre Deladonchamps, Sebastien Houbani et Géraldine Martineau qui rendent la fiction poignante.

Pierre Deladonchamps, dans un bus.

C’est un pari osé de traiter d’un tel sujet et malheureusement, bien que le film se veuille représentatif du réel, on regrette la vision unilatérale de la violence sexuelle qu’il transmet, alors qu’on accuse aujourd’hui ces actes dans des milieux plus complexes et insoupçonnés. Avec un tel parti pris, il est évident que Dourountzis ne prend pas plaisir à mettre en scène le viol et ce qui l’entoure, il n’en montre que la violence. Cependant, une question reste en suspend : pourquoi et pour qui ? Dans Vaurien la violence est gratuite et la misère est fantasmée. Le film nous laisse sur une note amère, dans un monde où personne n’est ni bon, ni mauvais, mais chacun un peu responsable du malheur des autres.

En salles dès le 9 juin prochain

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