Truly Naked de Muriel d’Ansembourg : Sex Education

Après plusieurs courts métrages, la réalisatrice Muriel d’Ansembourg passe au long format avec Truly Naked et interroge notre rapport à la fois voyeur et presque hypocrite à la sexualité. De quoi faire un film réussi au-delà de son propos forcément choc ?

Notre société est matrixée par la pornographie. C’est peu ou prou ce que nous dit l’Arcom dans son étude sortie en 2023. On y apprend notamment qu’un tiers des internautes se rend au moins une fois par mois sur un site pour adultes (en 2022). Des vidéos explicites qui tournent dans la majorité des cas autour du regard masculin et de son plaisir. J’étais donc curieux de découvrir le regard féminin porté par Muriel d’Ansembourg sur cette industrie nourrie par de nombreux fantasmes. 

Après Fuck-a-Fan, son dernier court-métrage (2024) réussi où on assistait au moment intime entre un spectateur et sa nymphe numérique, la réalisatrice belge continue son exploration du monde du porno dans Truly Naked. Elle y retrouve par ailleurs Alessa Savage, actrice de films X, qui apporte une touche d’authenticité.

« Pour Alec, qui vit seul une relation toxique avec son père Dylan, acteur X, le désir se confond avec le porno. Son quotidien devient de plus en plus difficile à dissimuler lorsqu’il se rapproche de Nina, une camarade de classe. Pour s’ouvrir à ses sentiments, Alec devra se libérer et accepter de se mettre à nu. »

© SHELLAC

Point of view : sensible

Après une introduction à la Goldfinger (1964), Truly Naked se révèle être bien plus qu’une simple plongée dans l’univers de la pornographie. Bien loin de Pleasure (2021) de Ninja Thyberg, le film lorgne  plutôt du côté du récit d’apprentissage sur fond de quête d’intime. La situation reste ubuesque puisque dans Truly Naked, le fils de l’acteur porno amateur est aussi… son caméraman.

D’emblée, on regrette un peu la facilité scénaristique qui amène cette quête. Alec se retrouve à faire un exposé sur l’addiction à la pornographie en binôme avec Nina, une camarade de classe à l’opposé de son éducation monoparentale patriarcale. Une situation diamétralement opposée qui facilite la tâche sans enlever au film la grande sensibilité dans laquelle il dépeint ses personnages.

Muriel d’Ansembourg pose un regard sans jugement sur ces derniers, à l’image du personnage du père d’Alec, aimant mais toxique, joué par l’impeccable Andrew Howard. Certaines scènes sont d’ailleurs touchées par la grâce. Comme celle ou Safiya Benaddi, alias Nina, disparaît sous le lit, afin de faire prendre conscience à Caolán O’Gorman, alias Alec, qu’il ne la voit pas vraiment, reproduisant machinalement des stéréotypes aperçus dans les vidéos X.

À la sauce Tik Tok

Le grand écueil de Truly Naked est de tomber dans le tape à l’œil par moment, à l’image d’une vidéo TikTok qui doit capter l’attention de son spectateur toutes les 5 secondes. Comme si Muriel d’Ansembourg n’avait pas suffisamment confiance en son propos – alors qu’il se tient – pour captiver tout du long. Ce ressenti s’image en une scène, particulièrement crue, qui implique un animal inattendu et dont je ne donnerai pas plus de détails pour ne pas divulgâcher la découverte du film.

On sort du film pensif, surtout en tant qu’homme. Et cela fait du bien. Là ou un Pleasure nous plongeait au coeur de la grosse industrie, Truly Naked fait un pas de côté intéressant, parlant de la pornographie amateur et des personnes qui la font.

En gommant ses quelques facilités scénaristiques tout en gardant son équilibre sensible, Truly Naked aurait pu être encore meilleur. Il n’en reste pas moins un regard intéressant sur la quête d’intimité qui nous anime, à travers un récit initiatique atypique qui nous pose une question : sommes-nous prêts à nous mettre réellement à nu ?

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