The Call : Appel vers le futur

Au risque de vous « abrutir » devant Netflix, vous avez un appel de frisson temporel venant de Corée du Sud auquel répondre ; sur vos téléphones ou non, libre à vous. Produit non essentiel car culture de divertissement (recommandation gouvernementale), The Call de Lee Chung-Hyun risque de vous accrocher au bout de son fil tendu de suspens. Attention aux chutes d’incohérence et aux ruptures de suspension d’incrédulité.

Deux femmes et vingt années les séparant. Un téléphone, une maison, vont pourtant les rapprocher dans la plus malsaine des finalités. En effet, l’une d’elles se révèlera être une tueuse en série particulièrement sadique. Avec son concept temporel – rappelant Fréquence Interdite de Gregory Hoblit – source de twists en cascade, The Call risque de ravir les aficionados de récits à tiroirs. Mais est-ce-que le jeune réalisateur Lee Chung-Hyun (30 ans cette année) qui signe ici son premier long-métrage, réussit à tenir en haleine son spectateur et à surtout ne pas le perdre au milieu des secousses temporelles ?

The Call

Les œuvres mêlant suspens et concept science fictionnel temporel font légion. Presque autant de façons de se planter dans les quasi-inévitables incohérences liées à ce genre. The Call ne manque pas de s’y vautrer joyeusement avec une énergie presque folle et innocente. Du moins, c’est ce que nous, spectateurs, pouvons penser au milieu du film. Lee Chung-Hyun prend pourtant son temps, dans son généreux métrage de près de deux heures, pour régler les ondes de son concept. Seo-Yeon (interprétée par Park Shin-Hye vue cette année dans le sympathique #Alive) et Yong-Sook (jouée par Jeon Jong-Seo découverte dans Burning de Lee Chang-dong) se découvrent au travers de cette ligne téléphonique temporelle des points communs et tirent avantage à cet écart d’époque : celui de modifier le temps. Pour l’une, il s’agira de sauver son père et ainsi reconstituer son socle familial morcelé depuis un accident, pour l’autre, sauver sa propre vie de sa chamane de mère. Causes et conséquences sont bien établies lors de deux démonstrations d’effet papillon. Cependant, à trop vouloir jouer de ses ailes de lépidoptère, Lee Chung-Hyun crée lui-même un tsunami d’incohérences. Chaque changement n’a, semble t-il, pas la même proportion de conséquences. Dans le cas de Seo-Youn, c’est toute sa vie et son futur qui sont radicalement changés ; pour Yong-Sook c’est par séquence que son futur et celui des autres varient devant nos yeux. Ce déséquilibre amené par ces incohérences se multiplie tout au long du récit. On peut l’expliquer par la volonté de Lee Chung-Hyun de vouloir créer des rebondissements nerveux et inattendus, toujours mis en action par Yong-Sook qui se révèle devenir une tueuse en série particulièrement sadique. Mais à force de tirer sur la corde de la suspension d’incrédulité, celle-ci peut finir par se rompre, pour le spectateur le moins dupe, par une énergie qui se voudrait contagieuse. Cette énergie est symptomatique des premiers films et The Call en possède quasiment tous les maux. Une générosité présente mais trop brute et manquant de finesse notamment dans sa conclusion sous forme de faux post-générique absolument téléphoné.

Pourtant, il serait injuste de rester sur les limites de son concept, quasi inévitables pour le genre. Lee Chung-Hyun redouble d’énergie et parfois de hargne pour divertir son audience. Sa mise en scène varie et s’enrichit en permanence par le jeu de temps et de rebondissements. Les séquences de changements temporels sont ainsi ludiques et bien ficelées d’un point de vue scénique, où chaque détail devient important en un regard. En prime, The Call ne se répète jamais dans ses effets papillons. Au sein même de son récit, le film aime surprendre par cette diversité. On aime le cinéma coréen pour sa faculté de mélanger les genres sans aucune gêne et Lee Chung-Hyun le prouve encore. Partant sur un drame familial avec comme radeau de sauvetage un téléphone unissant deux personnages à la dérive ; tout en glissant dans un esprit mystique chamanique aux allures horrifiques. Allure qui va prendre de l’ampleur lorsque ce téléphone, lien entre les deux héroïnes, va devenir un objet maudit pour Seo-Yeon. C’est le moment bascule où The Call se mue en un thriller pervers. A ce petit jeu, Jeon Jong-Seo, révélation de Burning, effraie autant qu’elle amuse. Elle vampirise l’écran par une présence pleine de folie et d’une inquiétante étrangeté. De l’autre côté de l’appareil, la jeune Park Shin-Hye compose par une fragilité émouvante, toujours au bord de la rupture mais se relevant de chaque coup assené par son adversaire. Il faut alors voir The Call comme un bon film du dimanche soir, attractif et divertissant qui ne lâche jamais son spectateur au risque de se sacrifier pour les défauts déjà évoqués. Un risque entrepris par un jeune auteur généreux qui n’hésite pas à ajouter des couches de rebondissements afin de maintenir une corde tendue autour du cou de ses spectateurs.

The Call

The Call de Lee Chang-Hyun compense son manque de finesse et ses incohérences par une généreuse intensité. Sur un rythme infernal, vous allez être accroché par un suspens qui se renouvelle sans cesse, au risque de rompre votre suspension d’incrédulité. Mais c’est ce qui fait le charme de ce premier film :  cette audace permanente de divertir son public.

The Call sera disponible sur Netflix à partir du 27 novembre. 

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