Pressure d’Anthony Maras : La tempête avant le calme

Avec Pressure, Anthony Maras revisite le Débarquement par un angle aussi inattendu que risqué : celui de la météo. Une idée originale, portée par un Andrew Scott magnétique, mais dont le huis clos finit par tourner en rond.

Adapté de la pièce à succès de David Haig, Pressure retrace les trois jours ayant précédé le Débarquement du 6 juin 1944, non pas depuis le sable des plages normandes, mais depuis le quartier général allié où se joue une bataille de prévisions. Anthony Maras, qui avait révélé son cinéma de tension confinée avec Hôtel Mumbai, renoue ici avec le huis clos, sur fond de rivalité scientifique entre deux météorologues aux méthodes diamétralement opposées.

« Trois jours avant l’invasion, le capitaine James Stagg (Andrew Scott), météorologue écossais dépêché par Winston Churchill, rejoint le quartier général du général Eisenhower (Brendan Fraser). Sa mission : livrer la prévision qui décidera du jour du Débarquement »

(c) Studio Canal

Trois hommes, une tempête

Le film ouvre fort. Un très jeune soldat agonise dans une eau rougie par le sang. La caméra recule et révèle une plage jonchée de cadavres. Pourtant, ce n’est pas encore le 6 juin, mais une répétition dans le sud ouest de l’Angleterre nommée « Opération Tigre». Une opération qui, faute de conditions météo, de coordination et surtout de communication, s’est soldée par plus de 700 morts. En quelques plans, Anthony Maras résume l’enjeu de Pressure. Ici, le danger ne vient pas seulement du champ de bataille, mais autour d’une table, entre quelques hommes dont les décisions peuvent coûter des milliers de vies.

Alors que le Débarquement a été raconté d’innombrables fois au cinéma, le réalisateur choisit donc de regarder ailleurs et d’aborder la plus grande invasion amphibie de l’Histoire comme une bataille de méthodes scientifiques, de convictions et de tempéraments. Un récit qui repose largement sur Andrew Scott, impérial en James Stagg. Le météorologue écossais austère et intransigeant défend une idée simple : en matière de météo, l’intuition ne suffit pas, seuls les faits comptent. Face à lui, Chris Messina incarne le météorologue américain fanfaron Irving P. Krick. Entre les deux hommes, Brendan Fraser prête à Eisenhower une vulnérabilité bienvenue Derrière l’autorité du général apparaît progressivement un homme conscient du poids de la décision qui lui revient.

Cette concentration sur le duel principal entre Stagg et Krick laisse peu de place aux autres personnages. Kay Summersby (Kerry Condon), sert surtout à tempérer les tensions et à faire circuler l’information. Damian Lewis, lui, change de camp. Après avoir incarné le major Winters, officier américain, dans l’excellente série Band of Brothers, il campe ici le général britannique Montgomery. Une savoureuse inversion de rôle, mais qui ne lui offre que quelques scènes pour râler un peu avant de disparaître.

Pressure
© StudioCanal

La pression retombe

La mise en scène accompagne ce climat de stress et confrontation avec intelligence. Dans la marée de kaki et de brun des uniformes, la chemise bleue de Stagg le détache visuellement du reste du quartier général. La photographie de Jamie D. Ramsay, transforme les cartes météo en tableaux et la partition de Volker Bertelmann instille un compte à rebours permanent (à la Zimmer) qui ajoute de la tension au thriller bureaucratique.

Le problème, c’est que l’origine théâtrale du texte de David Haig finit par se rappeler à nous. Le film enchaîne les cycles de réunions et de confrontations dans les mêmes couloirs, les mêmes bureaux, avec une variation de mise en scène si mesurée que la répétition guette dès le second tiers. Stagg contre Krick, la carte contre la carte, Eisenhower qui hausse le ton, le soleil, l’orage, le doute : le procédé, qui devait être séduisant sur les planches où la parole suffit, peine ici à se renouveler sur 1h40 de film.

Autre gros problème, une grande partie des spectateurs (on l’espère) sait depuis que le Débarquement a réussi. Les cartons annonçant le compte à rebours vers le 6 juin donnent donc parfois l’impression de fabriquer artificiellement une tension que l’Histoire ne permet plus vraiment de maintenir.

Enfin, faute de savoir comment tenir le spectateur jusqu’au bout, le film quitte le huis clos en fin de parcours pour ajouter quelques séquences de plage sagement filmées, honnêtes mais sans grande idée, qui ne pèsent pas lourd face aux références du genre (Il faut sauver le Soldat Ryan en tête)

Avec son point de vue inédit et son trio d’acteurs convaincant, Pressure à tout de l’anecdote historique solidement reconstituée. Une curiosité portée par un Andrew Scott génial, mais qui aurait mérité de prendre davantage de risques pour tenir la pression jusqu’au bout.

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