Only You : Le goût amer de l’amour

Only You de Harry Wootliff

Après avoir remporté le Prix de la Critique au festival de Dinard, Only You était attendu dans l’hexagone. Malheureusement le film d’Harry Wootliff ne bénéficiera pas d’une sortie dans les salles obscures. Cependant il est bien sorti ici, en vidéo, et chacun va pouvoir découvrir ce drame anglais, bien installé au fin fond de son canapé.

La réalisatrice Harry Wootliff nous plonge au cœur d’un drame intime et plein d’amertume. Beaucoup de films de ce genre souffrent d’une narration prévisible et d’un dénouement discernable à des kilomètres, mais Only You semble échapper à la règle. Le long métrage se distingue notamment par l’alchimie des deux acteurs principaux qui embarquent le spectateur dans leur histoire d’amour, au plus près de leur douleur.

Mais la dimension intime ne vient pas seulement de la proximité que le spectateur va connaitre avec le couple lui-même. La réalisatrice semble s’être inspirée de sa propre histoire et sa vision féminine apporte un souffle nouveau et rafraichissant à l’éternelle histoire d’amour contrariée au cinéma. Le film fonctionne sur plusieurs points : la caméra qui dépeint le Glasgow automnal, un Josh O’Connor qui vacille constamment entre un personnage doux et tempétueux, et surtout Laia Costa, absolument solaire dans un personnage intense qui se déconstruit sous nos yeux.

Only You traite ainsi du couple, mais d’une façon que le cinéma ne dépeint pas souvent : il aborde l’urgence de l’engagement en raison de la différence d’âge des personnages, l’envie contrariée de fonder une famille à cause de la stérilité mais aussi l’idée de souffrir avec l’autre. Des thématiques qui viennent gangréner un couple naissant, leur faisant penser qu’ils n’ont pas le temps d’évoluer comme les autres. Harry Wootliff décrit ici un couple se confrontant à l’inimaginable : l’impossibilité d’avoir un enfant. La réalisatrice peint avec justesse et intimité la réalité qui vient frapper les deux protagonistes. Quelque chose qui semble si naturel pour les autres, devient une idée brumeuse et intouchable pour eux.

S’immisce alors dans le couple l’angoisse et l’incertitude. Les questions autour de la maternité, de la construction du couple autour d’une famille et de la norme sociétale prennent une place prépondérante au sein du long métrage, évoluant d’une romance à un drame intime et déchirant. Derrière tout cela vient aussi se poser la question de ce que nous raconte toute histoire d’amour : l’amour parfait, la relation idéale et les « ils vécurent heureux » ne sont pas censés être la norme. Le bonheur est une chose personnelle et le couple est idéal lorsqu’il représente avant tout le courage, le soutien infaillible et l’acceptation sans faille de l’autre.

Only You

Harry Wootliff réussit avec brio une démonstration de passion, de beauté, d’alchimie et de tendresse et prouve être une réalisatrice prometteuse et définitivement à suivre de près. Only You est un film à la modernité sans pareille où, excepté son dernier tiers un peu expéditif, tout fonctionne. Le premier long métrage de la jeune réalisatrice arrive à traiter d’une réalité rarement abordée à l’écran et c’est un vent de fraicheur dans le cinéma anglais qui se met à souffler.

Disponible en vidéo depuis le 17 novembre chez Condor Films

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