Look Back d’Hirokazu Kore-eda : Nos jours heureux

Image par image, page après page, Look Back tente par tous les moyens de capturer le temps. Avec cette adaptation en live action, Kore-eda nous embarque dans une toute autre dimension, celle où les rêves se traduisent en sourires.

One Piece, Scott Pilgrim, Asterix d’où nous vient cette obsession à vouloir adapter les œuvres animées en images réelles – voire même des œuvres papiers en œuvres animées ? Une même œuvre ne se suffirait-elle pas à elle même ? Au vu des retours chaleureux rencontrés lors de sa première adaptation en 2024 Look Back semble parvenir, par le biais du cinéma, à rencontrer de nouveaux publics. Une lecture originale en est faite, aussi esthétique que sensorielle, qui lui permet de s’affranchir de ses cases. Ainsi, en passant du dessin à la caméra, Kore-eda parvient-il à rendre hommage à l’art de Tatsuki Fujimoto ?

« Fujino, une adolescente déterminée et talentueuse, rêve de devenir mangaka. Kyomoto, douteuse et solitaire, vit presque toujours enfermée dans sa chambre, consacrant chaque instant au dessin. Unies par la même passion, les deux filles, élevées dans une petite ville, chassent pendant treize ans le rêve de devenir auteures de mangas. »

© Le Pacte

Soyez sympas, rembobinez

Comme le rendez-vous que l’on a attendu toute l’année, celui que l’on n’est pas prêts de manquer, Look Back faisait partie de nos plus grandes attentes de festivalier. A peine le visionnage terminé, une seule envie : le prolonger. Les 40 minutes additionnelles au film d’animation ne suffiront pas à combler notre appétit. Des champs verdoyants en passant par les forêts automnales, Kore-eda capture la beauté de la nature et des saisons qui la traversent avec grandeur. Et à la manière des personnages de Columbus ou de Perfect Days, nous admirons ces décors, aussi hypnotisés que par une exposition de photographie ou de peinture (difficile de trancher). Il serait alors tentant de prendre le temps, de s’arrêter quelques instants, mettre sur pause et recommencer.

Le travail de repérage et de cadrage est tout à fait captivant, tout autant que celui de la lumière presque éblouissante de Senzo Ueno. De par ses tons pastels et le grain de la pellicule 35mm, les tableaux semblent prendre vie à vue d’œil. Accompagnés d’accords de guitares d’une véritable douceur, ils témoignent de la vie tranquille menée par les jeunes dessinatrices. Alors, pour marquer leur rencontre des plus épiques, les violons et les harpes s’embrasent et l’image se ralentit. Devenant presque comique, ce leitmotiv appuyé ne sera pas sans rappeler la littérature seinen.

© Le Pacte

Souvenirs goutte à goutte

Tel un souffle chaud ou le sentiment apaisant d’un morceau Lofi, Look Back illustre une petite histoire hors du temps. En y introduisant des comédiennes qui nous sont déjà familières (Makanai : Dans la cuisine des maiko), Kore-eda perpétue ses récits de famille, au-delà même de l’écran. L’alchimie qui lie Aju Makita et Natsuki Deguchi s’apparente à celle des membres de Notre petite sœur, rendant l’intime quasi palpable. En fragmentant leur quotidien, le cinéaste parvient à mettre d’autant plus en lumière ce qui fait lien. Et malgré toutes les histoires du monde, même celles que les deux mangakas sont en train d’écrire, c’est la leur que l’on veut suivre.

De l’amitié naissent des projets. Du patinage artistique dans My Sunshine au groupe de rock dans Sing Street, les coming of age s’amusent à créer des relations pour inviter à rêver grand. Look Back s’aventure à son tour sur les chemins de la création, de la collaboration et de la transmission. En nous invitant à observer les artistes dans leurs élans de production, nous entrons ainsi dans une forme de contemplation méditative. Les mouvements sont pensés en détails et le cinéaste ne minimise pas l’importance du son des coups de crayon ou encore de l’épaisseur de leurs traits. Entre capsule d’introspection et d’admiration, les spectateurs ont ici toute leur importance.

Avec cette nouvelle adaptation de Look Back, Kore-eda prend des airs de grand maître galeriste. A travers ses divers tableaux, le quotidien semble comme mis sur pause pour nous laisser tout le temps d’admirer la beauté du geste. Présente dans la nature, dans le dessin comme dans la musique, elle se ballade de ligne en ligne pour faire de Look Back une œuvre totalement hypnotisante.

 

Laisser un commentaire