Les Trois Fantastiques de Michaël Dichter : L’été en pente rude

Après son court métrage Pollux (2018), Michaël Dichter retourne dans la région Grand Est pour réaliser son premier long métrage Les Trois Fantastiques, buddy movie crépusculaire à la croisée des genres.

Contant le tiraillement interne d’un adolescent pris en étau entre sa famille de sang et celle qu’il s’est choisit, Les Trois Fantastiques captive par son mélange des genres et sa représentation rugueuse de l’abandon, de la sortie de l’enfance, de la perte de l’innocence et de l’impact des proches sur son développement personnel.

« Max (Diego Murgia), Vivian (Benjamin Tellier) et Tom (Jean Devie), treize ans, sont inséparables. Ce début d’été est plein de bouleversements : la dernière usine de leur petite ville des Ardennes ferme tandis que Seb (Raphaël Quenard), le grand frère de Max, sort de prison. Ses combines vont peu à peu entraîner les trois adolescents dans une chute qui paraît inéluctable… »

© 2023 Rectangle Productions – Les Films Norfolk

Multi-genres

Les Trois Fantastiques s’ouvre sur des séquences estivales qui fleurent bon le buddy movie, appuyées par le morceau True Love Will Find You In The End de Daniel Johnston. Une ballade aux notes et mots simples qui laissent poindre une atmosphère douce et solaire à la Stand By Me (1986) ou Les Goonies (1985). Pourtant, dès la sortie de prison de Seb, le film bascule rapidement dans la chronique sociale, puis la tragédie. On comprend alors que Les Trois Fantastiques n’a de rigolo que son titre, et qu’il est en réalité question d’un récit tailladé de toute part par les désillusions, les amitiés trahies et une fratrie toxique.

A l’unisson de ce rise and fall sur la fin de l’enfance et de l’innocence, l’image du film, dans un premier temps colorée et lumineuse, s’assombrit au fil des scènes jusqu’à une séquence nocturne en montage parallèle, empreinte d’une tension et d’une violence que l’on ne voit pas venir. La fin de cette période charnière qu’est l’enfance est une nouvelle fois représentée ici comme synonyme de péripéties plus ou moins douloureuses. Et elle prend dans Les Trois Fantastiques une dimension mélancolique et rugueuse qui retourne par endroit le cœur.

Anatomie d’un gang

Constamment ensemble dans leur cabane à l’orée des bois, véritable musée dédié à leurs longues années d’amitié, les trois garçons passent leurs journées à se vanner, rire, faire du vélo et tenter de récolter la somme nécessaire pour partir tous trois en colo. Autoproclamés « les trois fantastiques » par Tom, le musicos de la bande, nos compères juvéniles vivent d’amitié et d’eau fraîche jusqu’à l’arrivée de Seb et ses magouilles. Les différences sociales et psychiques au sein du trio éclatent alors au grand jour, mettant à mal leur amitié.

En effet, chaque membre du groupe incarne un « type » d’enfant. Tom est le plus aisé, le plus créatif et le plus innocent de la troupe. Il est également celui qui morfle le plus à l’école, bouc émissaire d’un élève plus âgé. Vivian se rêve quant à lui en chef de bande. Non avare de conseils et de leçons de vie, il se prend pour un adulte sans l’être. Quant à Max, il représente l’enfant déjà adulte sans le savoir, celui qui a fait ses armes dans un cocon familial bancal. Ce groupe à la mixité captivante est pourtant menacé par le tenace déterminisme social. On regrette à ce propos que la fermeture de la dernière usine de la ville ne soit qu’une toile de fond si peu exploitée. Le parallèle entre l’équilibre fragile des trois garçons en pleine mutation et cette ville laissée pour compte aurait été intéressant.

© 2023 Rectangle Productions – Les Films Norfolk

Abandon et toxicité

Les Trois Fantastiques est surtout un film sur l’abandon, vécu de plein fouet par Max. Père absent, mère démissionnaire, grand frère en roue libre, le jeune homme se forge comme il peut dans un environnement familial totalement instable. Et si le retour à la maison de son aîné est au départ une chouette nouvelle, on comprend ensuite que le lien fraternel est empreint de toxicité. Entre manipulations et mensonges, Seb n’hésite pas à mettre son frère dans la mouise pour sortir égoïstement la tête de l’eau. Scrupules or not scrupules, Seb n’a qu’un but : récupérer son magot et fuir la ville. Brillamment interprété par Raphaël Quenard, le personnage de Seb est aussi fatiguant que détestable. Et s’il ne campe ici qu’un second rôle, force et d’avouer que le comédien vole la vedette dans chacune des scènes dans lesquelles il apparaît.

Luttant pour sa survie dans sa famille de sang, Max se retrouve par la suite à patauger auprès de ses copains. Tiraillé entre ces deux mondes et dépassé par les frasques de son grand frère, il se retrouve dans une spirale infernale dont l’issue ne présage rien de bon. La montée en tension est rondement menée par la fratrie, laissant le spectateur aussi inquiet qu’impuissant. Le traitement du lien fraternel rappellent par ailleurs celui de Northwest (2013) de Michael Noer, film bouleversant sur l’influence déterminante dans les relations entre frères et sœurs. Face à ses ennuis, on perçoit que la quête de Max est avant tout celle de l’amour véritable, auprès de ses amis ou de sa famille. Et le clan qu’il finit par choisir broie autant qu’il réchauffe notre cœur, et surtout le sien.

Michaël Dichter et ses Trois Fantastiques ne ménagent ni nos nerfs, ni notre sensibilité dans ce buddy movie sombre et captivant à l’effet boule de neige aussi entraînant que tragique. 

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