La proie d’une ombre : La mort aux trousses

La proie de l'ombre image mise en avant

Beth est une enseignante faisant face au décès soudain de son mari. Après sa mort, elle commence à avoir des visions d’une étrange présence dans la maison dans laquelle elle vit et qu’il avait construit.

Le film d’horreur de l’été qui devait sortir le 14 juillet 2021 sort finalement deux mois plus tard. Ce choix lié à la fréquentation des salles devrait ravir le distributeur Searchlight Pictures qui positionne son film intelligemment après sa diffusion au Festival du cinéma américain de Deauville, ayant lieu une semaine plus tôt. C’est l’aficionado de l’horreur David Bruckner qui réalise La proie d’une ombre (The Night House). Sa filmographie composée de V/H/S, Sounthbound ou encore Le Rituel n’est pas rassurante, mais heureusement, son nouveau long-métrage est bien plus prometteur.

Rebecca Hall regard peur

Home sweet home

La scène d’introduction d’un film d’horreur est aussi importante que la première impression que l’on laisse aux autres. C’est un avant-goût de ce que sera le reste du film, et si elle nous déçoit, il y a peu de chances que le reste nous plaise. Le cinéma horrifique d’aujourd’hui, mené par des réalisateurs comme Jordan Peele et Ari Aster échappe aux règles strictes et autres poncifs de ce genre, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Avec La proie d’une ombre, David Bruckner n’entre dans aucune des cases et inscrit son film entre la nouvelle génération de réalisateurs imprévisibles aux obsessions et thématiques récurrentes, et les metteurs en scène oubliables qui semblent faire des copiés-collés sans saveur des films précédents. 

Dans La proie d’une ombre, la maison dans laquelle vit Beth est un personnage à part entière, de même que le lieu dans lequel se déroulera la majorité du film. La séquence introductive nous présente donc brièvement les pièces qu’elle arbore avec des plans de coupe. Lorsque Beth ouvre sa porte et rentre chez elle, on est face à elle et on comprend qu’elle est endeuillée. En dehors de pouvoir admirer ses beaux yeux et ses cheveux saillants, le spectateur n’en sait pas plus, et les informations sont données petit à petit dans des situations toutes différentes les unes des autres : sa relation avec son mari, les raisons de ce décès…

Invisible Demon

Le spectateur agit comme un détective en assimilant les informations données qui viendraient former un tout, et la narration prend le dessus sur l’horreur. Il faut un bon scénario pour faire un film d’horreur réussi, et on ne peut pas dire que La proie d’une ombre n’en possède pas. C’est l’essence même du film, et elle passe par une caractérisation de son personnage principal féminin interprété par Rebecca Hall. Les mystères entourent le film, et le premier que l’on doit décrypter est humain et relationnel. Beth est filmée seule dans des cadres larges, et lorsqu’elle est accompagnée, tout semble l’emprisonner dans une solitude incompréhensible aux yeux des autres. On prend plaisir à découvrir cette veuve et à la suivre dans la pénombre.

L’horreur passe par l’ombre, et les séquences horrifiques nous plongent dans une dimension qu’on ne saisit jamais, et qui nous rappelle Invisible Man dans son traitement de ce qui n’est pas visible. Était-ce un cauchemar ? La réalité ? Est-elle somnambule ? Souffre t-elle de troubles mentaux ? Impossible de trancher. La tension passe par la narration avant l’horreur, et un éclairage suffisamment lumineux pour ne pas se retrouver à ne rien voir comme face à certaines séquences dans d’autres films. L’horreur est aussi un excellent moyen d’aborder des thématiques profondes comme le deuil et la dépression, et La proie d’une ombre est un tremplin vers des interprétations métaphoriques. Lorsqu’elle est poursuivie par cette ombre, on ne peut s’empêcher de penser à sa dépression qui la rattrape sans qu’elle puisse s’en échapper.

Rebecca Hall

La proie d’une ombre est plus intellectuel qu’horrifique. C’est un jeu de piste où l’on prend le temps de percer les nombreux mystères qui l’entoure. Mais ce puzzle comporte des pièces manquantes, et c’est à nous, spectateur, qu’il incombe le devoir de les créer afin de le terminer…

Laisser un commentaire