Kraken de Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes : Ma cité va Kraken

“Dans la tour, personne ne vous entend crier”. Avec sa  tagline rendant hommage au slogan du film Alien, son casting éclectique, et son duo de réalisateurs aussi fougueux qu’un clip de rap, Kraken a une ambition claire : nous étouffer avant de mieux nous tabasser.

Voilà longtemps qu’un slasher n’avait pas été proposé dans le paysage du genre français. Les codes de ce sous-genre de l’horreur déposent leurs valises dans une cité, et plus précisément dans une tour, où une mystérieuse disparition a eu lieu. Premier long-métrage de Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes – deux réalisateurs remarqués avec l’OVNI alliant comédie musicale et enquête qu’était la série Reusss– on était en droit d’attendre de Kraken d’être une œuvre de divertissement hybride qui ne s’excuserait pas d’être ce qu’elle est. Pari réussi ?

« Dans une cité, une tour abandonnée alimente les rumeurs. Alors que des disparitions étranges s’enchaînent, 5 jeunes n’ont plus le choix : y entrer à nouveau. Pris dans un piège mortel, ils vont bientôt comprendre que s’échapper leur sera impossible… »

(c) Pan Distribution

La Tour de la Terreur

Un lieu isolé, des jeunes poursuivis par un personnage masqué lié au passé de l’un d’entre eux, des mises à mort sanglantes et jouissives, une final girl : voici le programme de tout bon slasher qui se respecte. Malgré quelques libertés, Kraken applique fidèlement son cahier des charges sanglant. Soucieux d’offrir à son spectateur son lot de sensations fortes, le film adopte un rythme à l’os pour pouvoir au maximum nous enfermer dans le piège angoissant et violent qu’offre cette tour décrépite.

On reconnaîtra au film sa volonté d’avoir une exposition rapide (sans pour autant être bâclée), s’appuyant sur des archétypes de personnages très identifiés, pour rapidement pouvoir exploiter ce décor de tour où le travail fourni par la production design est à saluer. L’ambiance lugubre et poisseuse qui hante les différents appartements est bien mise en valeur ; éclairée par la photographie de Raphaël Vandenbussche et le travail du cadre de Mohamed et Théo. Leur caméra prend un malin plaisir à créer de la confusion dans l’esprit des protagonistes qui doivent se retrouver dans les différentes artères qui composent le corps de cette tour.

Rapace et proies

Protagonistes incarnés par un casting de talents convaincants. Malgré des performances inégales, force est de constater qu’ils se complètent tous.  Mais la personne qui se démarque le plus est Marvin (Bilel Chegrani), véritable comic relief incarnant avec brio « l’humour des cités de France » où la comédie et le sordide s’allient sans cesse. Son arc est l’un des plus intéressants, interrogant notre rapport au visionnage d’images violentes. De cette réflexion naît l’une des scènes les plus intenses du film mais également l’une des plus frustrantes car elle ne va pas au bout, privilégiant son message à l’effet choc.

L’autre surprise du casting provient de l’emploi de Gazo et La Mano qui font tous deux leurs premiers pas au cinéma. Si les dialogues sont balbutiants, les réalisateurs misent sur le charisme de leurs challengers tout en les utilisant à contre-emploi de ce qu’on aurait pu imaginer pour délivrer des scènes marquantes.

(c) Pan Distribution

Tueur, es-tu là ?

Ghostface, Freddy Krueger, Jason : pour réussir un bon slasher, il faut un boogeyman à la hauteur. Les réalisateurs et leur co-scénariste Romain Protat, prennent le parti d’ancrer le Kraken dans une dimension empreinte du contexte social de la banlieue, tout en brouillant les pistes sur son identité véritable. Dès lors, le film évite le manichéisme, tout en dressant un portrait tragique qui donne à l’ensemble des personnages une dimension ni toute blanche ni toute noire.

Il est donc dommage que le film ne prenne pas davantage le temps de mieux creuser certaines de ses pistes, notamment avec le personnage d’Alassane Diong. Le choix surprenant, mais cohérent, de la fin du deuxième acte aurait mérité une meilleure préparation ainsi qu’une meilleure gestion de son flashback, qui ralentit le rythme du film.

Kraken n’échappe également pas à quelques effets d’esbroufe visuels et sonores qui sont là pour nous indiquer qu’on est bien dans un film d’horreur, ou encore à un dosage de comédie pas tout le temps juste. Mais malgré tout, on ne peut se retenir de sourire et d’applaudir lors d’une confrontation finale qui assume son ADN de série B violente et divertissante.

Slasher brutal et violent, Kraken joue habilement avec les codes du genre et l’humour pour délivrer un jeu de massacre efficace. Les quelques effets tape-à l’oeil et les problèmes de rythme se font vite oublier au profit d’un spectacle jouissif. 

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