Ink de Danny Boyle : De l’encre et des dieux

Le coup d’envoi est lancé, la 83ème édition de la Mostra de Venise a débuté en beauté. Entre art de la transmission et luttes intemporelles, le festival s’est ouvert sur deux biopics plongeant notre regard vers le passé afin de mieux appréhender le présent.

Sur le tapis rouge, on retrouve le sourire malicieux de Danny Boyle, accompagné d’un casting au combien charismatique. A travers leurs visages placardées sur l’île italienne, les flashs ne laissent transparaître aucun signe d’inquiétude. En terme de badassitude, la Mostra a frappé fort avec Ink et délivre déjà une des œuvres marquantes de l’année 2027.

« En 1969, alors que Rupert Murdoch (Guy Pearce) magnat des médias en plein essor acquiert le quotidien « The Sun », son partenariat avec le rédacteur Larry Lamb (Jack O’Connell) fait du journal le tabloïd le plus influent de Grande-Bretagne. »

© StudioCanal

Secret Story

Les murs sont cloisonnés, les bouches grandes ouvertes. Plongée dans une conversation privée qui s’apprête à changer le cours de l’histoire, Danny Boyle fait de son ouverture un huis clos captivant. Dans la suite logique de sa carrière, les thèmes de l’individualisme et de la dépendance à la reconnaissance, continuent d’alimenter les discussions. Avec Ink, chaque négociation est alors méthodiquement analysée et annonce d’emblée le rapport de pouvoir de Rupert Murdoch, magnat des médias, sur le rédacteur Larry Lamp.

Débute alors un divertissement de taille. Là où le sujet du film semble porter sur la quête à la une, ne serait-il pas à nous de résoudre l’enquête ? Si le métier de journaliste consiste à ouvrir une fenêtre sur le monde et non à lui servir de reflet, les jeux de miroir sont pourtant inévitables. A travers le dispositif du biopic, Danny Boyle interroge le passé tout en y introduisant un regard moderne. Avec ce film, le cinéaste parvient parfaitement à créer un investissement émotionnel comme éthique – si nous pouvons ainsi le formuler. Non sans rappeler les scénarios de The Social Network ou Succession, cette immersion au cœur des médias et les frontières que ceux-ci dépassent nous tourmente.

En effet, au-delà des discussions animées qui suivront les projections, Danny Boyle attise bien assez notre curiosité pour donner envie d’en savoir plus. Et d’en voir plus ! Sa mise en scène ne perd pas de son charme. Après 28 ans plus tard, le cinéaste marque à nouveau nos rétines en hachant les bullet time de Matrix en mode rafale. Cette succession d’images saccadées en mouvement 360° offre des scènes hors du temps, dont on manquerait presque au fil du film. Le grain de l’image mêlé aux guitares grinçantes de la bande originale viennent compléter la collection des excès.

Le grand méchant Loup de Fleet Street

Par le biais des médias, Danny Boyle questionne indéniablement la position de chacun. Le sien vis à vis de son sujet et celui de ses personnages quant à leur traitement des actualités. Mais également la digestion de ces informations par les lecteurs et du film dans sa globalité par les spectateurs. En parallèle, une réflexion évidente se matérialise autour de la longévité de ce secteur. La réalité du terrain est malheureusement alarmante, d’autant plus avec l’omniprésence de l’IA – jusqu’au sein même du festival.

Ink peut se reposer sur un casting à l’apogée de son charisme afin de porter ces sujets à l’écran. En dressant une galerie de anti-héros sans en faire des super-vilains, le réalisateur parvient à nous lier à eux tout en limitant notre empathie. Un peu trop près des étoiles, les personnages se heurtent à des enjeux plus grand qu’eux. Aux côtés de Oppenheimer, le film se place dans le cinéma de la démesure où chaque nouvelle décision semble mener à une conclusion fatale.

Le personnage de Joyce incarnée par Claire Foy apporte alors une réelle bouffée d’oxygène au film. Remettant en cause l’éthique médiatique et ses non-limites, Joyce porte fièrement ses valeurs dans un univers foncièrement masculin. Même si son personnage est purement fictionnel, celui-ci sert de porte d’entrée sur le féminisme dans les années 70. Son écriture n’est pas toujours des plus adroites, mais elle reste nécessaire voire obligatoire dans les paysages cinématographiques comme médiatiques actuels où les femmes restent sous-représentées.

Dansant adroitement sur un terrain venimeux, Danny Boyle complète sa galerie d’anges déchus avec un biopic passionnant. Mais attention aux épines, leurs journaux égratignent sans pitié jusqu’à faire couler l’encre. Ironie du sort lorsqu’on défend un papier nommé The Sun.

 

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