House of the Dragon de Ryan Condal (HBO) : Ma famille d’abord !

Après le très acclamé A Knight of the Seven Kingdoms, c’est au tour de la troisième saison de House of the Dragon de nous ramener sur les terres de Westeros. Cet univers n’en finit plus d’étendre son emprise sur le petit écran. Au programme cette fois : une véritable tempête de dragons géants. Préparez la crème solaire !

Depuis quelques années, la fantasy renait de ses cendres. Le succès de la fantasy urbaine de Stranger Things a largement contribué à remettre le jeu de rôle sur le devant de la scène, tandis que les adaptations de jeux vidéo se multiplient à un rythme qui a de quoi décoiffer les afficionados. L’annonce récente du film Elden Ring par le studio A24 ne fait que confirmer la gourmandise du public pour les univers imaginaires. Pourtant, s’il est une œuvre qui a durablement redéfini la place du genre dans la culture populaire, c’est bien Game of Thrones. Avec ses 59 Emmy Awards, un record, la série d’HBO s’est imposée comme un véritable phénomène mondial. Son préquel, House of the Dragon, a quant à lui relevé un pari que beaucoup pensaient impossible : s’échapper de l’ombre de son illustre aînée et conquérir, à son tour, le cœur des fans.

© HBO MAX

Un héritage en or massif

Solidement ancrée dans notre imaginaire collectif, la saga du Trône de Fer s’est imposée comme l’héritière naturelle du Seigneur des Anneaux. Là où Tolkien trouvait dans le cinéma l’écrin idéal pour déployer la majesté de son univers, George R.R. Martin a révélé tout son potentiel sur le petit écran. Son sens des intrigues politiques, des alliances fragiles et des jeux de souveraineté s’épanouit dans un format sériel à l’image d’un West Wing. Ici, chaque regard, chaque silence et chaque murmure réverbéré par les corridors ont le poids d’un coup d’épée sur un champ de bataille. À cette écriture d’orfèvre s’ajoute un souffle épique porté par des moyens considérables, HBO donnant chair à Westeros avec une ambition rarement égalée.

Fort de ce succès, le diffuseur n’a pas tardé à prolonger l’aventure avec l’adaptation de Feu et Sang. Située près de trois siècles avant l’histoire de Game of Thrones, cette gigantesque fresque retrace l’ascension puis la lente désagrégation de la dynastie Targaryen. Là où sa grande sœur embrassait l’ensemble des Sept Couronnes, House of the Dragon resserre l’étau sur une seule famille, faisant de son déclin le cœur d’une tragédie à venir.

Au fil de sa première saison, la série s’est démarquée par une écriture à combustion lente. Plus intime, plus crépusculaire, elle privilégie les arcanes du pouvoir aux grandes chevauchées héroïques. Les complots de cour, les rancœurs familiales et les couloirs labyrinthiques du Donjon Rouge deviennent des dangers plus terrifiant qu’un souffle de dragon, tandis que les murs semblent peu à peu refermer leurs crocs sur des personnages condamnés par la malédiction de leur propre héritage.

Clash of Kings

Pour accompagner ce renouveau, Ryan Condal, showrunner en chef, a pu bénéficier de l’adoubement de George R.R. Martin. Une caution de poids qui s’est pourtant fissurée à l’approche de cette troisième saison, l’écrivain reprochant publiquement à son collaborateur de prendre des libertés avec son matériel original. Une rupture qui pouvait laisser craindre le pire.

Pourtant, la série ne vacille pas. Là où la première saison s’attachait essentiellement aux intrigues à Port-Réal et aux prémices de la Danse des Dragons, la seconde embrassait pleinement l’ampleur du conflit entre Alicent/Rhaenyra. De fait, cette troisième saison, centrée sur la victoire de cette dernière et ses conséquences, poursuit cette multiplicité des points de vue amorcée par sa précédente, nous entraînant de nouveau aux quatre coins de Westeros (ou du moins aux deux coins et demi). Un choix salutaire, tant il est difficile de se lasser de ces paysages magnifiés par une direction artistique d’une richesse exceptionnelle.

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Une production enflammée

Sur ce point, HBO continue d’impressionner. La chaîne parvient à s’entourer des meilleurs talents pour donner consistance, éclat et envergure au continent imaginé par son auteur. Mention spéciale au travail accompli sur la photographie, tout en clair-obscur, héritière d’une certaine tradition romantique du XVIIIe siècle. La lumière épouse la hauteur des châteaux, sculpte les visages et accompagne main dans la main l’aura crépusculaire et funeste des intrigues, dont les plus importantes se jouent bien souvent dans l’ombre, à l’abri du feu des dragons (dont les effets spéciaux pourront toutefois encore démanger les plus réfractaires).

Le casting, également, demeure irréprochable. L’ensemble des comédiens britanniques insuffle aux personnages une intensité shakespearienne, refusant tout manichéisme au profit d’une ambiguïté plus feutrée. Chacun avance avec ses raisons, ses blessures et ses contradictions. Une subtilité qui irrigue également l’écriture, toujours plus acérée, où les sous-entendus pèsent souvent davantage que les grandes démonstrations de force. La destinée de Sir Criston Cole dans cette saison 3 en est un parfait exemple : nulle place pour les héros. Même les preux chevaliers au noble cœur ont finit par être rongés par le poison du pouvoir.

Supergirl(s)

À la suite d’un premier épisode rappelant les quelques étincelles de La Bataille de la Nera, le rythme freine. Durant près de six épisodes, soit les trois quarts de la saison, cette dernière nous confronte à l’accablement de son héroïne et à la fragilité de sa victoire, un triomphe au goût amer. Car conquérir un royaume n’est rien face à la difficulté de le gouverner. Comment rétablir l’équilibre une fois la couronne posée sur sa tête ? Comment se défaire de la culpabilité, laver le sang qui a permis d’accéder au Trône ? Comme le rappelle à plusieurs reprises Alicent à Rhaenyra, le pouvoir finit toujours par souiller les âmes les plus pures.

Cette réflexion sur la Succession rapproche d’ailleurs House of the Dragon de la série éponyme, où l’intime devient éminemment politique et où rancœurs, jalousies et trahisons fleurissent comme les ecchymoses laissées par le coup d’un amant. Une lente consumation intérieure jusqu’à l’implosion.

Il n’est donc pas étonnant que House of the Dragon mette encore davantage ses personnages féminins au premier plan que son aïeul. Le corps, la maternité et la transmission y deviennent le prolongement direct des luttes de puissance. Qu’il s’agisse d’Alicent tentant de sauver sa fille touchée de visions ; de Rhaenyra, portant une couronne au prix d’une Histoire qui efface volontiers les reines ; de Daemon renouant avec sa paternité à travers la protection de sa fille ; ou encore d’Aemond, en convalescence à Harrenhal, hanté autant par une sorcière que par un sévère complexe d’Œdipe. La maternité irradie toute la série et rebat les cartes d’un genre trop souvent masculinisé, rappelant que la question du pouvoir est androgyne.

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Un dragon pour les gouverner tous

Moins facile à apprivoiser que GOT, House of the Dragon préfère offrir à son spectateur le goût acide de la suggestion plutôt que celui mielleux de l’explicite. A ce jeu, on pourrait aisément dresser un parallèle entre cette dichotomie aussi à l’œuvre dans le dytique Breaking BadBetter Call Saul de Vince Gilligan qui, à son tour, a souhaité mener le spin-off de son premier projet vers des terres plus arides et rugueuses. En somme, réduire la cadence pour effleurer un drame plus étouffé, plus austère et pernicieux.

Cette troisième saison opère, par la même occasion, un véritable retour à ses fondamentaux en renouant avec ce qui faisait le sel de ses débuts : une méditation sur la dégénérescence du pouvoir, sa corruption, ainsi que le poids et la difficulté de porter une couronne. Certes, Rhaenyra est enfin parvenue à s’emparer du Trône de Fer tant convoité, mais à quel prix ? La perte d’un fils, la trahison d’une amie, la mort de milliers d’hommes et la famine qui frappe une cité entière. On pourrait croire que ce sacrifice n’était qu’un mal nécessaire, mais le plus difficile commence à peine : apprendre à régner. Et cette épreuve s’avère bien plus redoutable que la conquête elle-même.

D’autant que le casting s’enrichit d’un antagoniste à la hauteur de la nouvelle souveraine, venant mettre sa patience et son autorité à rude épreuve : Lord Ormund Hightower, interprété avec une élégante perversité par James Norton. Une menace qui, à l’image de la série, sait prendre son temps, attendre le moment opportun avant de frapper avec une précision chirurgicale. On retrouve ainsi tout ce qui fait le charme de l’univers de Martin : de merveilleux salopards qui électrisent le récit, nourrissent notre inquiétude de voir tomber nos personnages favoris à tout instant et rendent chaque rebondissement profondément imprévisible.

Rhaenyra règnera-t-elle encore longtemps sur le Trône de Fer ? Réponse lors du final, le 10 août sur HBO Max.

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