Hope de Na Hong-jin : Les nerfs à vive allure

Un film bipartite, des gros monstres et de la poursuite. Na Hong-jin nous offre, avec Hope, une ré-écriture complète du récit d’action, les nerfs à vif.

Ligne droite cabossée pour un film qui passe vite, Hope choisit la carte du tout pour le tout : laisser ses spectateur·ices sur le côté s’il le faut. Un choix audacieux et jusqu’au-boutiste qui réussit merveilleusement son coup !

« Les renforts sont partis maîtriser des feux de forêt et toutes les communications sont coupées. Au poste de police de Hope, Bum-seok et Sung-ae se démènent pour défendre leur village à la population vieillissante. Pendant ce temps, Sung-ki et ses amis partent à la poursuite de la bête dans la montagne, mais se retrouvent eux-mêmes pris pour cible. Le malheur émane de l’ignorance. Après des avis divergents, il se transforme en une catastrophe qui touche l’univers entier. »

©Universal Pictures

Mad Max : Furry Road

Oubliez le synopsis que vous venez de lire, vous n’en aurez pas besoin. À sa première projection à Cannes, le film à su laisser ses spectateur·ices pantois·es. Que venait-on de voir ? Un film de SF un peu nerveux, une course-poursuite sans objet ou bien une enquête dont on se fiche tellement qu’elle n’est résolue qu’à une échelle moindre ? Sa deuxième projection française, à l’Étrange Festival 2026, nous a confirmé sa place si spéciale.

Et bien Hope est peut-être tout cela, mais surtout bien plus. Véritable surprise, on attendait du réalisateur un nouveau film d’une épouvante diffuse et maîtrisée. Bien que déjà nerveux, ses films précédents tempéraient une mise en scène agitée par une ambiance pesante qui écrasait le récit. Là où l’épouvante et l’action se mêlaient de manière plus ou moins attendue mais génialement fait dans The Strangers (2016), Hope vient tordre ces codes sans les briser.

À la manière de Mad Max : Fury Road (2015), le film prend le meilleur de sa propre tension pour la digérer et, jouant sur les attentes du spectateurs, l’emmener vers un suspense encore plus grand. Comme Skinamarink (2022) prend le parti de ne pas jouer la carte du Jump-scare pour garder sa tension à son zénith, Hope ballotte ses personnes de place en place, sans leur laisser, comme au spectateur, de moment de repos.

Dernier train pour bousin

Difficile de cartographier l’univers de Hope. À la manière de son récit, l’endroit n’est pas important. Le film comme sa localisation sont des ressorts permettant à sa mise en scène d’être sublimée. Ainsi, une ville n’est pas un agencement de bâtiments, mais de rues. Une forêt n’est plus un amas d’arbres et de mousses, mais un véritable palais des miroirs. La route ne mène plus à nulle-part, si ce n’est à un concours de vitesse enragé.

Na Hong-jin fait de son film une carte dont on ne saisit aucun bout, un puzzle d’où il nous manque les coins pour commencer. Le spectateur attentif, ou celui qui reverra le film plusieurs fois, s’amusera à relier les points, mais plus pour en former un tissu informel de narration qu’une véritable chasse au trésor.

La force de Hope, c’est qu’il ne faut déjà plus avancer dans son récit : il faut y survivre. Il y a peut-être une péripétie, une histoire, un dénouement, mais cela est l’apanage du héros, béni du septième art, qui a la chance de ne plus avoir à se soucier du prochain pas qu’il pourra faire. Nos personnages sont proches de nous : petits, fatigués, passablement inutiles comparés à la grandeur du récit qui se joue en face d’eux. La seule différence, c’est qu’ils ont l’endurance nécessaire pour permettre au film de se mettre en branle, et de ne s’arrêter qu’à sa toute fin, qui vous laissera sur la vôtre.

©Universal Pictures

Hope est un film sensationnaliste qui s’assume. Comme un phare trop lumineux, il sera sûrement trop énergique et décousu pour une bonne partie du public. Mais ceux qui accepteront de monter à bord du train enragé auront la chance d’embarquer pour le récit d’action le plus énervé de ces dernières années.

Laisser un commentaire