Chaque année, le Forum des images se drape d’une couleur tombée du ciel. Un festival inclassable, qui a eu l’élégance de nous le signifier par son seul nom. En 2026, nous avons eu la chance de pouvoir à nouveau couvrir L’Étrange Festival.
Qu’il est beau à chaque rentrée d’oublier le morne vent d’hiver qui pousse vers la sortie la chaleur estivale. En passant les portes de l’Étrange Festival, comme tous les ans, les yeux se posent sur une programmation qui va du déjanté à l’ennuyeux, mais jamais attendu. Cette année comme les autres, des propositions se sont démarquées, et nous vous en proposons ici un étrange florilège.
Imposters de Caleb J. Phillips
Synopsis : « Après l’enlèvement du bébé d’un couple, la mère désespérée découvre un moyen de « récupérer leur bébé ». Cependant, le mari commence à soupçonner que ce qu’elle a ramené n’est pas leur fils. »

Après de belles propositions en formats courts, Imposters semble être une suite logique.
Parfois trop alambiqué, parfois trop terre à terre, il reste un très beau passage au long métrage, plein d’idées et de bonnes exécutions. On attendra néanmoins la suite pour le chef-d’œuvre.
Tormento de Olallo Rubio
Synopsis : « Après avoir renversé un homme et s’être enfuie, Brenda, une agente de sécurité insomniaque mutée dans une morgue, est assaillie durant toute une nuit par ses fantômes. «

Tormento s’inscrit dans cette lignée franche de cinéma d’horreur qui ne tente pas de masquer ses artifices. Loin de l’auto-proclamé « elevated horror« , il vient styliser, parfois à l’extrême, souvent inutilement, un jeu de piste déjà angoissant pour la protagoniste et le spectateur.
Exercice réussi, un film plutôt vide mais très efficace.
Blaise de Dimitri Planchon et Jean-Paul Guigue
Synopsis : « La famille Sauvage aimerait juste qu’on l’aime. Carole tente d’améliorer sa mauvaise réputation auprès de ses employés, Jacques la sienne auprès de ses amis. Quant à leur fils, Blaise, entraîné par une fille, il se lance poliment dans une croisade révolutionnaire et totalement improvisée. »

The Office s’est un jour marié aux Têtes à claques et de cet union impromptu est né Blaise.
Gênant, vilain, grotesque, le film se permet de grosses lourdeurs de fond qui, parfois, le font sombrer dans le commun, mais les situations plus que sérieuses posées sur ces visuels ubuesque en font déjà un objet, si ce n’est charmant, risible, donc très bon pour une comédie.
Buddy de Casper Kelly
Synopsis : « Dans son émission télé bariolée, où tout n’est que chansons, danses et bonne humeur, la gentille licorne Buddy apprend aux enfants à être heureux. L’un d’entre eux refuse de participer. Buddy est contrariée. Buddy a très envie de tuer… »

Trompe-l’œil permanent usant de ses ruptures de ton pour passer de l’absurde à la violence, Buddy fait plaisir.
Sans être révolutionnaire, on salue son utilisation de la nostalgie pour aller chercher l’uncanny valley.
Hope de Nah Hong-jin
Synopsis : « Au poste de police de Hope, Bum-seok et Sung-ae se démènent pour défendre leur village à la population vieillissante. Pendant ce temps, Sung-ki et ses amis partent à la poursuite de la bête dans la montagne mais se retrouvent eux-mêmes pris pour cible. Après des avis divergents, il se transforme en une catastrophe qui touche l’univers entier. »

L’espoir, ce film en donne en un cinéma d’action qui, bien que toujours vif, commençait à rouiller. Radical dans sa mise en scène et son montage, ce dernier ne laisse pas ses spectateur.ices se reposer, à l’image de ces créatures poursuivant les personnages.
Hope, si l’on n’en parle pas encore, fera sûrement un sacré bruit à sa sortie, et pour un bon moment.
Si l’on peut sortir d’une séance sans coup de cœur, il est impossible d’en dire la même chose du festival entier. Parmi ses classiques, ses invendables, les irregardables, on finit toujours, en fouillant un peu, par trouver une pépite. La force de l’Étrange Festival se joue dans sa pluralité de propositions. Cette édition, comme les précédentes, fut un plaisir à couvrir pour nous, un plaisir à découvrir pour ses spectateur.ices et, avec espoir, une édition banale dans le florilège de celles à venir.
