Boys From County Hell : Le vampire se lève

Ah, l’Irlande ! Ses vertes prairies moutonneuses, ses lacs du Connemara chers aux amateurs de Michel Sardou, ses pubs débordant de Guinness, ses rugbymen rubiconds, ses vols aller-retour à 5€ avec Ryanair, son Leprechaun, son Liam Neeson… et bien sûr, ses vampires. Non ? Dracula possède un passeport transylvanien, dites-vous ? Alors peut-être ignorez-vous que le papa du prince des ténèbres, Bram Stocker, est natif de Dublin. C’est à partir de cette anecdote qui indiffère probablement tout le monde, que le réalisateur Chris Baugh a revisité à la sauce irlandaise le film de vampires, pas forcément pour le meilleur.

Dans le morne quotidien de ce deuxième millénaire, la seule animation touristique de la bourgade reculée de Six Mile Hill, Eire, est le cairn servant de sépulture à la légende Abhartach. L’histoire de cet ancien druide buveur de sang aurait, parait-il, inspiré le mythe de Dracula. Une bande locale de jeunes désœuvrés menée par Eugene Moffat (Jack Rowan) va, par inadvertance, détruire la tombe d’Abhartach au moyen d’un bulldozer maladroit. Kid, don’t do this at home : évidemment ça tourne mal, et les vampires sont des contribuables plutôt procéduriers lorsque l’on démolit leur propriété privée.

Just a kiss

Mais n’allons pas trop vite : nos Nosferatu celtes n’arriveront pas avant une très lente première partie. Pendant 45 bonnes minutes, on ne voit pas trace du moindre mort-vivant dans Boys From County Hell, à part peut-être quelques vieux villageois égarés dans l’arrière-plan. Le réalisateur s’attarde sur des plans larges de la campagne de l’Ulster – ou du Leinster, avec tout ce vert on ne sait pas trop – dans les ruelles désertes du village, au comptoir du pub du coin. On patiente, on regarde, on écoute. « Fock Fockink focker », les jurons sont plus nombreux que dans la bouche de Joe Pesci, et on se moque gentiment des accents régionaux. Par moment on se croirait presque chez Ken Loach, et si jamais des vampires finissaient par apparaitre dans ce film, on les imaginerait probablement au chômage, ou au bistrot, ou occupés à monter un piquet de grève.

Panique Celtique

Si Boys From County Hell emprunte le titre d’un des tubes du groupe de punk celtique phare des années 80, The Pogues (qui a dit « Manau » ?), ce n’est pas par hasard. Chris Baugh cherche durant toute son exposition, à creuser le sillon cette identité gaélique qui constitue l’originalité de son long-métrage. Les dialogues truculents sont légions et les situations prennent régulièrement le parti de l’humour, si bien que dans ses bons moments, Boys From County Hell ne manquera pas d’évoquer l’humour de Shaun of the Dead aux spectateurs indulgents.

Indulgents, car la mise en scène est loin de l’efficacité démoniaque de Edgar Wright, et les ressorts comiques de Boys From County Hell reposent quasi exclusivement sur le postulat suivant : il serait difficile de différencier un irlandais ivre mort d’un vampire souhaitant mordre tout le monde. On croit Chris Baugh sur parole, mais c’est un peu répétitif pour tenir 1h30 de film.

Sunday bloody Sunday

Serait-ce à cause de cette pénurie de gags et d’idées comiques, que Boys From County Hell quitte brusquement le registre comique au bout d’une heure de métrage, pour se recentrer sur l’épouvante ? Dans sa deuxième partie, le film échange son humour pittoresque pour un train fantôme rempli d’hémoglobine. Si le résultat sanglant est plutôt convaincant au point de vue du maquillage et des effets spéciaux, il est aussi terriblement conformiste et convenu, le récit perdant de fait une bonne partie de son originalité. La tension horrifique, quant à elle, ne décolle jamais vraiment, et on ne peut pas dire que l’on soit particulièrement effrayé, malgré tous les efforts volontaristes des protagonistes. Dommage. Au final, Boys From County Hell reste un film de vampires divertissant mais qui manque, tout simplement, de mordant.

 

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