Blackbird : Mourir pour Vivre

Blackbird

Que feriez-vous si votre mère malade décidait d’avoir recours à un suicide assisté ? C’est la thématique austère que décide d’aborder le cinéaste Roger Michell (que l’on connait en France pour le film culte Coup de foudre à Notting Hill) avec Blackbird, l’adaptation américaine du film danois Silent Heart (Stille Hjerte).

Dans Blackbird, une femme atteinte d’une maladie dégénérative incurable décide d’inviter toute sa famille pour passer un tout dernier week-end ensemble. De ses enfants à son petit-fils, ils se retrouvent confrontés au pire : perdre prochainement un être cher en sachant pertinemment qu’il pourrait vivre quelques semaines ou quelques mois supplémentaires… 

Kate Winslet Mia Wasikowska Blackbird

Un film qui donne envie de mourir

Selon un sondage mené par l’Institut français d’opinion publique (l’IFOP), 90% des français souhaiterait que la législation actuelle sur le suicide assisté et l’euthanasie change. Légal chez nos amis suisses, le droit à l’étranger et aux États-Unis diffère en fonction des États et le plan de fin de vie de Lily est illégal et pourrait bien plonger son mari Paul en prison. Bien qu’évoquant habilement l’illégalité de l’acte et la marche à suivre pour ne pas se faire pincer ainsi que certaines informations théoriques sur le suicide assisté par le mari, Roger Michell détourne le sujet pour se focaliser sur la famille qui entoure Lily et les différents points de vue qui divergent sur son futur.

Commençant d’abord comme un défilé de mode afin de présenter le caractère et les motivations des huit personnes présentes (essentiellement la famille, mais également la meilleure amie de Lily et la petite-amie d’Anna), ce huis-clos familial nous contraint à nous attacher aux personnages et à essayer de les comprendre.

Cette empathie qui en découle décuple la guerre des points de vue et place le spectateur au sein de la famille, forcé à s’adapter aux choix avant la résolution finale. Roger Michell épouse l’inhabituel en tournant le film dans l’ordre chronologique, il permet alors aux acteurs d’évoluer avec leurs personnages et de comprendre plus facilement leurs motivations. L’alchimie entre les acteurs participe à la sincérité qu’on ressent, les rendant indissociables les uns des autres (Susan Sarandon, Anson Boon, Kate Winslet, Rainn Wilson, Lindsay Duncan, Bex Taylor-Klaus & Mia Wasikowska).

Une grande lumière

Si les personnages sont importants dans cette histoire, le lieu dans lequel ils se retrouvent est essentiel. Une maison en bord de mer au Connecticut qui rassemble les membres de la famille comme un retour aux sources, une manière de faire le deuil d’une vie passée. Le choix architectural de la maison est également à noter puisqu’il permet à la lumière d’entrer dans chaque recoin de la pièce principale, comme un lieu lumineux qui ne doit accueillir que les bonnes ondes en faveur de Lily.

Tourné intégralement en lumière naturelle, le travail du directeur de la photographie parvient à capter la tragédie de la situation sous un angle plus décontracté et offre aux personnages un humour (souvent noir) qui dédramatise le sentimentalisme qui pourrait facilement plomber le récit. Terriblement émouvant et extrêmement déprimant, Blackbird se compose de séquences douloureuses suspendues dans le temps : malgré les larmes qui coulent, on veut rester avec ses personnages pour toujours. Plus qu’un drame qui expose et confronte les avis, il développe une réflexion profonde sur l’instant présent, la fascination et l’effroi de l’être humain envers la mort.

Blackbird Sam Neill Susan Sarandon

Vivre ou mourir ? Mourir pour vivre. Lily a fait son choix mais ce qu’elle certifie, c’est qu’en choisissant de mourir, elle s’est mise pleinement à vivre. Blackbird, c’est la promesse d’un déchirement qu’on ne souhaiterait jamais connaître.

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