Billie : Lady Truth Holiday

Billie miniature

À la fin des années 1960, la journaliste Linda Lipnack Kuehl s’intéresse à la vie cachée derrière le mythe de Billie Holiday. Elle parvient à recueillir 200 heures de témoignages de proches et de personnages qu’elle a côtoyés, inexploitées jusqu’à aujourd’hui.

Billie sera présenté en sélection officielle (hors-compétition) au festival du cinéma américain de Deauville, mais vous pourrez très vite le découvrir ensuite puisqu’il sortira au cinéma le 30 septembre 2020. C’est le documentaliste James Erskine qui nous permet de découvrir ou redécouvrir cette grande voix des années 30 qu’est Billie Holiday.

Billie Holiday

Extrêmement réputée aux États-Unis, Billie Holiday est une artiste qui n’a pas eu la reconnaissance méritée outre-Atlantique. Pour la plupart d’entre nous, Billie sera l’occasion de faire connaissance avec celle qui est annoncée comme étant « l’une des plus grandes voix de tous les temps ». Les documentaires sur des chanteurs et des chanteuses sont nombreux, mais peu d’entre-eux possèdent un coeur aussi profond. Véritable travail d’investigation mené par la journaliste Linda Lipnack Kuehl dans les années 60 pour rédiger un livre sur la chanteuse, le film n’aurait pu exister sans ses efforts et son professionnalisme. Elle décède malencontreusement dans les années 1980 (d’un « suicide » paraît-il…) et la richesse de son travail était parsemé à droite à gauche jusqu’à aujourd’hui. Avec plus de 200 heures de témoignages, c’est la vie complète d’une femme qui s’ouvre à nous, mais surtout l’impression d’être face à un film sincère qui ne travestit pas la vérité qui s’offre à nous.

Billie, c’est avant tout le portrait croisé de deux femmes qui ont lutté pour faire exister leur vérité : Billie Holiday, impulsive, imprévisible et remarquablement forte depuis son enfance malgré les tragédies qui ont rythmé sa vie (dont les dépendances toxiques comme l’alcool, la drogue mais aussi ses relations amoureuses et son histoire avec la prostitution), toute sa vie se résume à être celle qu’elle désire être et c’est aussi cette liberté d’exister qu’elle transmettra jusqu’à la fin de ses jours et qui marquera les esprits dans les années 40 lorsqu’elle chante Strange Fruit au Café Society, une chanson qui dénonce le lynchage des Noirs aux États-Unis (et la pendaison qui était un crime encore en vogue à l’époque). Engagement politique osé pour la première femme noire à travailler avec un groupe blanc, souffrant elle-même de la ségrégation et du racisme qui baignait et qui baigne toujours aux États-Unis. Malgré des difficultés à se faire produire ses « protest songs » et à exister dans un univers d’hommes et de blancs, Billie Holiday n’a cessé d’essayer. Assez intelligemment, James Erskine n’oublie pas de faire le portrait de Linda Kuehl, sans qui rien n’aurait été possible mais surtout dans une optique de montrer qu’elle n’était pas qu’une simple journaliste mais aussi une femme de convictions.

Billie Holiday qui chante

À l’aide des archives vidéos, photos et sonores utilisées dans le film, Billie prouve qu’il n’est pas un simple documentaire sur une artiste ou sur deux femmes, mais bel et bien le miroir d’une époque ravagée par la ségrégation et les inégalités.

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