Peut-on encore s’aimer quand le monde s’effondre ? C’est la question que se pose Anne Émond dans son film Amour Apocalypse, une comédie loufoque romantique teintée d’anxiété climatique.
Sixième long métrage de la réalisatrice québécoise Anne Émond, projeté en première mondiale à la « Quinzaine des cinéastes », Amour Apocalypse débarque dans les salles obscures avec pour objectif de nous faire rire malgré les sujets difficiles qui traverse le film et notre monde. Pari réussi ?
« Adam (Patrick Hivon) est un propriétaire d’un chenil souffrant de dépression et d’éco-anxiété. Après avoir acheté un appareil de luminothérapie pour contrer ses symptômes, il tombe amoureux de Tina (Piper Perabo), la représentante du service à la clientèle qui l’aide à installer l’appareil par téléphone, et entreprend un voyage pour la retrouver. »

Le jour où la terre s’arrêtera
Rien ne va pour Adam. La mort de sa mère, son père absent émotionnellement, et surtout la certitude que la planète court à sa perte l’enferme dans une spirale infernale d’anxiété dont il n’arrive pas à sortir. La voix chaleureuse de Tina, employée d’un service client et la connexion instantanée qu’ils établissent va pousser à Adam à traverser l’Ontario pour la retrouver.
Cette quête amoureuse se déroule dans un paysage apocalyptique où la lune brille d’un rouge inquiétant et où les signes de la catastrophe environnementale sont omniprésents. Émond construit un univers particulier, quelque part entre le quotidien reconnaissable et le désastre à venir.
Si le point de départ de la romance malmène un peu la suspension d’incrédulité, le film est à son plus fort quand ils se concentrent sur ses deux personnages qui incarnent deux réponses opposées face à la crise : Adam représente la paralysie dépressive, tandis que Tina incarne une forme de légèreté résiliante. Leur rencontre ne résout pas leurs problèmes individuels, mais leur offre une perspective différente qui va (peut-être) les unir.
Un film d’influences qui peine à trouver sa voix
Pour accompagner le propos de son film, Anne Émond emprunte au registre du road movie contemplatif, enrobé d’un brin de surréalisme. Cette esthétique cherche à refléter l’état de déconnexion d’Adam, pour qui plus rien ne fait vraiment sens dans un monde condamné.
Le problème, c’est que cette paralysie du personnage contamine parfois le film lui-même. En maintenant un ton uniforme de bout en bout, Amour Apocalypse évite les vrais moments d’émotion ou d’humour franc. Si le sujet de l’éco-anxiété est original, la tonalité globale du récit manque cruellement de cohérence et de force. Émond semble hésiter entre plusieurs registres sans jamais s’engager pleinement dans l’un d’eux. Le résultat est un film qui manque de rythme et d’intensité dramatique. Les ruptures de ton desservent le récit plus qu’elles ne l’enrichissent, créant une impression de délitement. Des personnages comme Romy ou le dealer apparaissent dans des scènes et des situations se voulant décalées mais qui tombent à plat. Ces moments prennent la place qui aurait dû revenir aux personnages principaux, dont la relation reste finalement assez maigre malgré quelques beaux instants. Les personnages secondaires sont traités de manière si superficielle qu’ils paraissent totalement accessoires.
Amour Apocalypse retrouve de la force quand il revient à l’essentiel : l’angoisse climatique et le parallèle entre la fin du monde terrestre et l’effondrement des structures familiales.
Amour Apocalypse est un film qui scintille par intermittence, avant de se perdre dans des détours inutiles. C’est dommage, car il y avait là matière à créer quelque chose de vraiment marquant sur notre époque et ses anxiétés.
