Vol de Nuit pour Los Angeles de John Travolta : Saturday Flight Fever

John Travolta signe une première réalisation pétillante et vibrante, portée par une esthétique vintage et le brillant jeu d’actrice de sa fille Ella. Vol de Nuit pour Los Angeles  est une réelle déclaration d’amour à l’aviation, pétrie d’humour et d’anecdotes.

Une invitation à l’onirisme et au voyage qui fait rêver. Le petit Jett prend l’avion pour la première fois pour accompagner sa mère actrice à Los Angeles.  Tiré de son propre roman, John Travolta signe avec Vol de Nuit pour Los Angeles une ode à la passion aéronautique qui l’anime depuis qu’il est enfant, et à ses premières expériences de vol.

« En plein âge d’or de l’aviation, Jeff (Clark Shotwell) un jeune garçon passionné d’aéronautique, s’envole aux côtés de sa mère (Kelly Eviston-Quinnett) pour un aller sans retour vers Hollywood, en traversant les Etats-Unis. Ce qui n’aurait pu être qu’un simple vol devient le voyage d’une vie. Entre les plats servis à bord, l’attention des hôtesses, des escales inattendues, des voyageurs hauts en couleur et un passage marquant par la première classe, l’aventure réserve des moments aussi magiques que surprenants, marquant le destin du jeune garçon à tout jamais.« 

(c) AppleTV

Jett privé

Ce que le synopsis ne dit pas, et ce qui donne au film sa résonance la plus profonde : John Travolta a écrit ce livre en 1997 pour son fils Jett, qui souffrait de crises d’épilepsie depuis l’enfance. Décédé à l’âge de 16 ans en 2009, Travolta lui rend un dernier hommage à travers ce film, qu’il qualifie de « très personnel ». Trente ans après l’écriture, quinze ans après la disparition de son fils, Travolta adapte ce livre et le présente sur la Croisette, où Thierry Frémaux lui remet une Palme d’or d’honneur. La projection en salle Debussy est précédée d’un montage de dix minutes retraçant une carrière parmi les plus singulières du cinéma américain.

Ce Vol… vers Hollywood n’est pas qu’une aventure d’enfance, c’est un acte de mémoire, une lettre à son fils, une façon de lui parler de souvenirs d’enfance : l’émerveillement intact d’un garçon qui voit pour la première fois la terre rétrécir sous lui. Le nom de son avion privé, le Jett Clipper Ella, baptisé en l’honneur de ses deux enfants, dit tout de la façon dont Travolta porte cette absence.

Vol de Nuit pour Los Angeles est un hommage silencieux à Jett, que l’on lit entre les lignes, dans chaque plan, au dessus de la ligne d’horizon. Il y a des films qui se fabriquent dans les studios et ceux qui se vivent d’abord dans la tête, émergeant des souvenirs d’enfance. Comme Travolta le dit « le son du jet allumé est ma musique ».

Vol 747 pour Cannes

Jeff, huit ans et passionné d’aéronautique, prend l’avion avec sa mère pour la première fois en 1962, pour un vol TWA de la côte Est vers la Californie, direction Hollywood. Pas d’antagoniste, pas de mécanique dramatique tendue, juste un enfant, un hublot, et le monde.

Ce film n’est pas une démonstration ; c’est un projet personnel, quelque chose de plus fragile et de plus rare : une déclaration d’amour à l’aviation et une reflection de son enfance.  Celui qui a joué dans de Pulp Fiction et a grandi non loin de l’aéroport de LaGuardia, n’est pas seulement une vedette de cinéma. C’est un aviateur chevronné qui a obtenu sa première licence à l’âge de 22 ans. Pilote depuis 1978, il totalise environ 3 000 heures de vol sur une grande variété d’avions privés et a possédé plusieurs jets emblématiques. Il fut même le premier pilote privé à prendre les commandes d’un Airbus A380.

Au regard de ce profil hors du commun, le choix du film fait sens, et de le situer dans l’âge d’or de l’aviation encore plus. C’est une époque où prendre l’avion est encore une promesse, presque un passage initiatique. Vol de nuit pour Los Angeles est certainement l’enfance romancée de Travolta, ou peut-être même celle de son fils Jett, à un moment où prendre place à bord d’un avion relevait encore d’un privilège incontournable.

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Un miroir sur le passé de l’aviation

C’est un film sur le voyage haut en couleurs d’un enfant en plein âge d’or de l’aviation commerciale. Vol de nuit pour Los Angeles se place dans une filiation visuelle très précise : les couleurs sont franches, saturées,  les uniformes des hôtesses, les plateaux-repas, les visages des passagers semblent sortis d’une boîte à bonbons vintage. On pense inévitablement à Wes Anderson : même goût pour la symétrie nostalgique, les personnages-archétypes, les décors qui ressemblent à des dioramas colorées. La cabine de l’avion est un microcosme et un huis-clos habité. C’est The Grand Budapest Hotel en altitude.

La narration est linéaire, portée par la voix de Travolta qui retranscrit les souvenirs ; les rencontres sont joyeuses et les décors rétro baignés dans une lumière dorée réconfortante. La bande-son convoque Sinatra, João Gilberto, et Barbra Streisand, des artistes qu’il affectionne, propre à sa jeunesse. Les détails sont justes : les plateaux-repas, les uniformes, la lumière particulière, l’esthétique des cabines de nuit, la personnalité des stewards.

Tout est pensé dans les moindres détails et devient un hommage à une époque presque oubliée. On y verrait presque une ressemblance avec l’approche de Miyazaki dans Le Vent se lève : l’aviation est une métaphore de la liberté, du rêve pur, de l’innocence, de ce qu’on imagine avant que la réalité ne vienne compliquer les lignes et qu’on redescende sur Terre. Travolta filme le premier vol de Jett comme on filme un premier amour, quelque chose de beau, parfois furtif, qui mérite d’être vécu et a le mérite d’exister.

Si le format est court, Travolta réussit sa mission : mettre en bouteille sa passion pour l’âge d’or de l’aviation et la révéler à travers l’enchantement de l’enfance. On retrouve dans le regard enfantin du narrateur, Jett, quelque chose de juste, une façon de vivre son premier vol comme un premier amour. C’est surtout un hommage émouvant à son fils Jett, parti trop tôt.