Après Tempura, Sous le ciel de Kyoto devient seulement le deuxième film de Akiko Ohku à sortir en France. La cinéaste a pourtant écrit et réalisé plusieurs longs-métrages au cours des vingt dernières années. Au fil de ses projets, elle s’est attelée à mettre en lumière des personnages introvertis et marginaux afin d’explorer leur monde intérieur, tout en montrant comment les liens qu’ils tissent avec les autres les font évoluer.
Sous le ciel de Kyoto ne déroge pas à la règle : Toru, le protagoniste, est un étudiant qui n’a qu’un seul ami. Il est interprété avec justesse par Riku Hagiwara, qui s’est fait connaître à l’international pour son rôle dans le drama My Beautiful Man.
« À Kyoto, entre l’université et un petit boulot dans des bains publics, Toru (Riku Hagiwara) garde toujours ses parapluies à portée de main, tels des boucliers contre le monde extérieur. Quand il rencontre Hana (Yuumi Kawai), mystérieuse, lumineuse, fragile, l’évidence naît entre eux… avant qu’elle ne disparaisse soudainement. »

Pour vivre heureux, vivons cachés
Dès la première scène, le film repose sur sa sensorialité : les sons alentours (le bruit de la pluie, de la sonnerie de la fac, de la télé montée à fond…), la musique qu’écoutent les personnages (le film ne contient pas de musique de fond, qui nous éloignerait des personnages et de leurs sensations), ainsi que la lumière qui les éblouit sont exacerbés. Toru, lui, tient toujours son parapluie en main, qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil. Il lui permet de fuir les autres et leur regard, tout en l’empêchant de réellement les voir.
Avec Sous le ciel de Kyoto, Ohku reste fidèle à elle-même : ici, elle a beau adapter un roman, elle y apporte sa touche habituelle de surréalisme, et comme souvent dans son cinéma, on retrouve également des personnages jeunes adultes en dissonance avec le monde qui les entoure, qui vont évoluer en essayant, tant bien que mal, de s’ouvrir aux autres. Son cinéma souligne la difficulté de créer du lien et de le préserver, toujours avec une certaine touche de poésie. Malgré les défauts de ses personnages, la réalisatrice porte toujours un regard plein de tendresse sur eux, qui nous rappelle qu’il est normal de fauter, mais qu’il est toujours possible d’évoluer.
Le film a beau être du point de vue de Toru, Ohku fait attention à y intégrer les perspectives de Hana et de Sacchan, ce qui permet de ne pas limiter le métrage au regard biaisé (et donc peu fiable) de Toru, qui est parfois trop dans sa tête. Cela permet de montrer que la réalité est toujours plus complexe que ce qu’elle semble être. Pas étonnant de la part de la réalisatrice, qui nous a déjà habitués à des protagonistes féminines complexes.

Sérendipité
Sous le ciel de Kyoto montre également qu’il est possible d’agir, autant dans sa propre vie que pour améliorer la société de manière globale. En effet, Toru prend l’initiative de rejoindre une manifestation contre le génocide en Palestine, alors qu’à différents passages du film, on entend les infos mentionner la situation au Moyen-Orient, sans que Toru et les autres personnages ne puissent réellement faire autre chose qu’écouter. Hana lui fait également découvrir une exposition sur Kaneko Kitamura, la toute première femme étudiante à l’université du Kansai : l’occasion de constater que cent ans après, les femmes n’ont toujours pas accès aux mêmes chances que les hommes. Ces scènes, qui n’étaient pas présentes dans le roman à l’origine du film, ont été ajoutées par la réalisatrice et soulignent l’importance de prendre conscience de ce qui nous entoure et des problèmes de notre époque.
Le film prend son temps, comme ses personnages, qui s’ouvrent au fil de l’eau. En effet, il est parsemé de plusieurs monologues où, chacun à leur tour, les trois protagonistes révèlent ce qu’il et elles n’osaient pas dire. En outre, la sérendipité est mentionnée plusieurs fois à travers le film, et se reflète également dans les choix cinématographiques : lors de scènes fortes, des zooms brusques viennent se focaliser sur le personnage qui parle, ce qui donne la sensation d’assister à de véritables moments uniques.
Pour autant, Sous le ciel de Kyoto est un film moins singulier que les autres projets de Akiko Ohku. La romance y est plus classique, douce-amère, et se rapproche davantage des romances japonaises qui parviennent jusqu’en France. Ce n’est peut-être pas sa meilleure œuvre, mais il s’inscrit de manière logique dans sa filmographie : il est plus frontal dans son engagement et dans son message, à une époque où les jeunes Japonais·es sont peu à s’intéresser à la politique et à s’engager dans le débat public.
Comme toujours avec Akiko Ohku, malgré la mélancolie ou la tristesse que l’on peut ressentir en voyant ses films, c’est l’optimisme qui l’emporte sur les autres émotions que l’œuvre nous procure. De plus, le bruit exacerbé de la pluie nous plonge aux côtés de Toru, idéal pour un été trop chaud !
