Sans Pitié de Julien Hosmalin : Sympathy for Mister Vengeance 

Faut-il se faire justice soi-même ? Un thème récurrent au cinéma dont a décidé de s’emparer Julien Hosmalin dans son premier long-métrage, Sans Pitié.

Après plusieurs court-métrages aux titres évocateurs (Magic World, Ride Sally Ride…) Julien Hosmalin a décidé de convoquer à nouveau son amour pour le cinéma américain dans son premier film, Sans Pitié. Le réalisateur de 39 ans s’attèle à un genre iconique du cinéma, ultra représenté au pays de l’Oncle Sam, le “vigilante movie”.

« Maria élève seule ses deux fils, Rayan et Dario, tout près de la fête foraine dans laquelle elle tient un stand de tir. Dario disparaît mystérieusement, puis réapparaît le lendemain, blessé et mutique. Vingt ans plus tard, à la mort de leur mère, les frères se retrouvent et Dario revient dans l’univers qu’il avait fui dix ans avant. Une rencontre inattendue ravive le traumatisme du passé, et confronte chacun soit au désir de vengeance, soit à la volonté d’éviter le chaos. »

©Moonlight film distribution

L’ami américain

S’il y met une touche personnelle dans le contexte (Hosmalin a été élevé par une mère célibataire et un grand frère protecteur, comme Dario, l’un de ses personnages), la trame de Sans Pitié est somme toute très conventionnelle. Un élément traumatisant. Un repli sur soi puis un retour suivi d’une vengeance. L’originalité, c’est davantage au niveau de la mise en scène que l’on va la trouver.

Celui qui a grandi avec les séries B et Il était une fois en Amérique, co-construit avec son directeur de la photographie Florian Solin un décor qui emprunte au western. Quelque part aux confins du Luxembourg et des Pays-Bas, l’action de Sans Pitié prend place au bord d’une ville ouvrière sinistrée. Train de marchandises, usine abandonnée et végétation jaunie peuplent ce monde. “J’ai visualisé les manèges, la fête foraine, la gamine qui chante, le stand en flammes… et je me suis mis à adapter mon scénario en fonction de ce que j’avais sous les yeux”, explique Julien Hosmalin.

La façon de filmer, elle aussi emprunte ici et là des éléments. Notamment avec les nombreux regards caméras (Dario jeune, Maria la mère…) donnant à l’ensemble une consistance ambivalente. Julien Hosmalin est une somme d’influences, mais les a-t-il bien digéré ? Adam Bessa, qui joue Dario, a été “emballé par les partis pris de mise en scène de Julien, qui voulait la filmer de manière stylisée, loin du naturalisme”, mais c’est justement ces partis-pris qui font parfois plus penser à un tournage de clip musical, qu’à une vraie réflexion sur ce que tel ou tel procédé par l’image va apporter au récit.

Un duo prometteur

Il en reste que les interprétations d’Adam Bessa (Dario) et Tewfik Jallab (Rayan) fonctionnent et confirment qu’ils sont des acteurs à suivre. Bessa retrouve son caractère mutique qui avait tant fonctionné dans Les Fantômes et transmet beaucoup avec son regard. Jallab (vu dans L’affaire Oussekine), lui, s’est transformé physiquement afin de jouer ce frère resté à quais, empâté dans son quotidien.

Le duo marche car l’engagement des deux acteurs a été total, comme ils l’expliquent en interview : “Nous avons cultivé chacun notre espace de créativité, d’autant plus que ces deux frères se sont perdus de vue pendant des années avant de se redécouvrir. Nous nous sommes dit que, nous aussi, nous allions apprendre à nous connaître sur le plateau. La fraîcheur du regard que nous posions l’un sur l’autre faisait écho à celui de ces deux frères amenés à devoir se réapprivoiser après des années de silence”.

Sans Pitié est un film de “vigilante” qui, à défaut d’être original, à le mérite de nous offrir un duo Bessa/Jallab qui fonctionne. On attend désormais que Julien Hosmalin digère toutes ses influences afin d’imposer son cinéma, qui n’est pas dénué de qualités.

 

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