Oklahoma Honey d’Andrew Patterson : Un essaim de clichés au pays des abeilles
7 années après sa dernière apparition au cinéma, Matthew McConaughey revient en salles avec un projet taillé pour lui : le rôle d’un apiculteur du sud des États-Unis, où l’on vit et l’on meurt en communauté. Pour autant, Oklahoma Honey réussit-il à captiver au-delà de son casting ?
Après une décennie 2010 menée tambour battant, Matthew McConaughey s’est fait très rare ces dernières années, qu’il a plutôt consacrées à la poésie et à l’écriture. Son grand retour au cinéma n’est toutefois pas à la hauteur des attentes, tant Oklahoma Honey représente tout ce qu’il est possible de critiquer dans la scène indépendante américaine, qui cherche toujours, sans toujours y réussir, à se prévaloir d’un certain « esprit Sundance » que d’autres illustres films ont su mieux canaliser (on pense à Fruitvale Station par exemple). Plongeons dans l’improbable univers des abeilles pour analyser cet échec.
« Au cœur des terres reculées de l’Oklahoma rural, Amziah King, personnage charismatique au talent musical hors du commun, veille sur une bande de marginaux passionnés de bluegrass tout en supervisant la plus importante exploitation apicole de la région. Lorsque sa fille adoptive, dont il était éloigné depuis des années, réapparaît soudainement, Amziah y voit l’occasion de renouer les liens et de bâtir avec elle une entreprise familiale. Mais le monde du miel est sans pitié, et les rivaux d’Amziah menacent de détruire tout ce qu’il a construit. »
(c) Metropolitan Film Export
L’Americana pour les nuls
Comme les candidats aux élections présidentielles pensent qu’il suffit d’appliquer un filtre « années 90 » sur leurs photos de campagne prises dans les territoires ruraux pour paraître authentiques, Andrew Patterson explore les vastes territoires de l’Oklahoma avec la même complaisance.
Au menu de son deuxième long-métrage, tous les clichés tenaces et supposément positifs du Deep South américain sont mis en avant : le sens de la communauté, l’amour pour la musique et les choses simples de la vie, le soutien mutuel face à une vie de dur labeur sans grands moyens financiers… On ressort du film avec l’impression que l’univers choisi, ici celui des abeilles, n’est au fond qu’un habillage pour une dissertation sur des territoires fantasmés, bloqués dans un état d’esprit hors du temps et farouchement anti fédéral et dans lequel ni l’État ni le monde extérieur n’ont réellement d’impact.
Complaisant, Andrew Patterson force ainsi les traits de ses personnages, en particulier celui d’Amziah King, pour appuyer son propos. Sans discontinuer même face aux coups bas de ses adversaires, Amziah reste l’homme fédérateur et altruiste, chef d’une communauté de joyeux lurons laissés pour compte. Rien de ce fait n’est réellement dit de la réalité de l’Amérique, alors que le film cherche justement à montrer le vrai état du pays.
Ruche Hour
Ce n’est que dans sa seconde partie qu’Oklahoma Honey laisse le monde extérieur entrer à travers le grand méchant capitalisme. Si l’impact de cette implacable machine économique est très finement expliqué à travers le personnage joliment campé par Kurt Russell, la réaction du reste des personnages n’a malheureusement ni queue ni tête.
Dans une quête de David contre Goliath, Andrew Patterson transforme son oeuvre en un film de casse grossièrement filmé, et surtout sans aucune cohérence avec la première partie. Cette dernière est totalement jetée aux oubliettes jusqu’à une conclusion qui cherche tant bien que mal à renouer les fils, laissant cependant un arrière goût d’échec, tant le propos de la fin est éloigné du début et inconscient des conséquences que de tels actes pourraient avoir dans le monde réel.
(c) Metropolitan Film Export
Bee movie
Dans un tel marasme, comment s’en sortir pour l’acteur oscarisé de Dallas Buyers Club ? La tâche est éminemment ardue quand on n’est aidé ni par le scénario, ni par une mise en scène qui ne filme les paysages qu’en gros plan pour montrer, sans convaincre, l’immensité de l’Amérique.
Difficile donc ici d’en vouloir à Matthew McConaughey, qui au demeurant n’a rien perdu de son talent. Le problème se situe bien sûr en amont, à l’acceptation du film. Quoiqu’il en soit, s’il était regrettable de voir un si grand acteur faire un si long hiatus dans le cinéma, ça l’est d’autant plus de le voir revenir de cette manière, alors que les propositions pour interpréter de grands rôles (aux dernières informations, le personnage de Joel dans The Last of Us lui avait été proposé) ne manquent pas.
Trop simple dans sa réalisation malgré un propos liminaire intéressant, Oklahoma Honey est malheureusement un échec. En cherchant à se prévaloir d’un vernis supposément intellectuel de la scène indépendante américaine, Andrew Patterson se trompe de cible et accouche d’un long métrage trop simpliste et trop manichéen pour être autre chose qu’un divertissement oubliable.