Notre Top 5 du Festival du cinéma américain de Deauville 2026

Clap de fin pour la 52ème édition de ce Festival du cinéma américain de Deauville 2026 qui nous a fait voyager à travers un pays cosmopolite et riche.  Loin des blockbusters qui battent tous les records, on vous propose de revenir ici sur les films indépendants, faits avec peu d’argent et beaucoup de cœur, qui représentent la réelle diaspora américaine.

Entre western et comédie, personnages queer et parents absents, le Festival du cinéma américain de Deauville 2026 a su nous proposer une sélection éclectique mais aussi cohérente entre elle. C’est alors avec grande difficulté qu’on vous a extirpé 5 films qui valent le détour dans cette sélection variée.

5. The Liberation of Rita Cooper de Guy Nattiv

« Années 80, New Jer­sey. Mal­me­née par un quo­ti­dien épui­sant et un pas­sé trau­ma­tique, Rita découvre enfin la séré­ni­té en ren­con­trant la fas­ci­nante Ricky, à la tête d’une com­mu­nau­té de femmes. Gui­dée par leurs croyances sec­taires, Rita se laisse dou­ce­ment séduire. Mais lorsque ses deux filles tentent de la rai­son­ner, Rita doit choi­sir entre sa liber­té retrou­vée et la vie qu’elle a lais­sée der­rière elle. »

© The Jokers Films

Ce qui nous attrape instantanément dans The Liberation of Rita Cooper, c’est sa comédienne, Carrie Coon. Elle qu’on a déjà pu voir briller dans l’excellente série The Leftovers, elle nous convainc ici en un regard, un mélange subtil de paix et de désespoir mélangé. Et si ses collègues à l’écran (Lily James, Bella Ramsey…) offrent des performances solides, Coon nous prend la petite partie d’âme qui repensera à ce film.

Mais loin d’être ce qu’on peut appeler “un film d’acteurs”, The Liberation of Rita Cooper nous propose une tragédie poignante, très élégamment narrée pour saisir complètement les mécanismes pervers mais séduisant des sectes. D’abord ce désespoir que la société classique ne semble pas pouvoir combler, puis la promesse salutaire et enfin le piège manipulateur dont on ne s’extirpe pas. Nattiv ayant l’intelligence de diversifier les points de vues pour pleinement embrasser tous les tenants et aboutissants d’une telle situation (Histoire d’ailleurs très personnelle pour lui, s’inspirant de ce qu’a vécu sa grand mère)


4. La Gradiva de Marine Atlan 

« Un groupe de lycéens fran­çais part en voyage sco­laire à Naples pour décou­vrir les ruines de Pom­péi et ses corps pétri­fiés par le Vésuve. C’est là que le ver­tige les sai­sit bru­ta­le­ment. L’un après l’autre, ils se laissent sub­mer­ger par le désir et la colère jusqu’à s’y aban­don­ner complètement. »

© Tandem

Comme il faut toujours une exception à la règle, La Gradiva n’est pas un film américain, mais le lauréat du prix D’Ornano-Valenti qui récompense les premiers films français. Mais on ne pouvait pas ne pas le mettre dans ce top tant sa sublime pellicule et ses personnages troublés nous ont touchés. 

A travers un voyage scolaire de terminale sur les bords du Vésuve, Marine Atlan nous parle de ce que la destruction peut avoir de beau. Trouver le sublime dans l’horreur imminente. Et pour illustrer cela, elle nous présente une ribambelle d’adolescents, avec leurs complexes et leurs doutes, à un moment charnière de la vie, où tout commence et tout finit. 

La Gradiva fonctionne si bien parce qu’il parle à tout le monde. A ce doute qui nous a tous traversés face à un futur incertain. A ce passé flou qui nous fascine. A ces amitiés brisées et ces amours fragiles. A ces introspections qui nous pourrissent la vie ou nous délivrent. A ces regrets qui nous hantent. 


3. A Prayer for The Dying de Dara Van Dusen

« Au len­de­main de la guerre de Séces­sion dans le Wis­con­sin, Jacob Han­sen, vété­ran, entre­tient l’espoir d’une nou­velle vie dans la bour­gade de Friend­ship. Mais une épi­dé­mie sème sou­dai­ne­ment le chaos et trans­forme l’espoir en cau­che­mar. Jacob, à la fois shé­rif, croque-mort et pas­teur de la ville, doit se battre pour sau­ver la com­mu­nau­té, sa famille et son âme. »

© The Jokers Films

Changement de registre complet pour cette 3ème position puisque A Prayer for The Dying nous emmène dans le Wisconsin de 1870. Mais ici pas de shérif flamboyant et d’harmonica entraînant. En ce lieu, la maladie sévit. 

Dans une longue et douloureuse descente aux enfers, le film nous torture autour d’une maladie virale et punitive, métaphore de la gangrène de l’âme humaine après une guerre de plus. Impitoyable mais aussi lyrique sous une certaine forme, Van Dusen nous transporte dans un voyage dur mais dont on ne peut pas détourner le regard.

Et ce regard, on le maintient sur l’écran grâce à la sublime photographie, colorée, surréaliste mais aussi froide et mécanique, qui menace constamment avec son hors champs. A la frontière du Macbeth de Kurzel et du The Green Knight de Lowery, qui sont au même titre que ce film des voyages douloureux et psychotiques dans les méandres de l’âme humaine.


2. The Last Day de Rachel Rose

« Un jour de fête natio­nale à New York, les tra­jec­toires de deux femmes en quête d’elles-mêmes se croisent briè­ve­ment : Julia, une écri­vaine qui pré­pare une impor­tante récep­tion, et Tay­lor, une jeune mère de trois enfants qui tente tant bien que mal de gar­der la tête hors de l’eau. »

© Killer Films / Luma Projects

Librement adapté de Mrs. Dalloway de Virginia Woolf, The Last day en conserve néanmoins l’essence. Troquant les années 20 pour l’époque moderne et le soldat suicidaire par une mère dépressive, il garde cette introspection bouleversante au cœur du roman.

Pendant une longue journée nous suivons alors Julia et Taylor dans leurs errances mentales, à un moment où mort et naissance semblent se mélanger dans leurs vies. Ce sentiment accablant où on doit être heureux mais on y parvient pas. Rachel Rose nous parle aussi de ses regrets purement féminins, liés à la maternité. Ses sacrifices et ses joies. La vie qu’on laisse derrière au moment où on met au monde mais aussi celle qu’on gagne, et le prix de tout cela.

Un film qui parle peu mais dit beaucoup, notamment grâce aux regards de ses splendides comédien.nes (Alicia Vikander, Wagner Moura, Victoria Pedretti…). Son émotion passe alors étrangement par ricochet d’un personnage à l’autre jusqu’à notre protagoniste pour enfin se déverser sur nous assis trop confortablement dans notre fauteuil. 


1. Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun 

« Après des années de suites bâclées et un inté­rêt décli­nant de la part des fans, la fran­chise du sla­sher Camp Mias­ma est confiée à une jeune réa­li­sa­trice pas­sion­née bien déci­dée à la res­sus­ci­ter. Mais lors­qu’elle rend visite à la star du film ori­gi­nal, une actrice désor­mais recluse et mys­té­rieuse, les deux femmes bas­culent dans un monde san­glant de désir, de peur et de délire. »

© Mubi

A bien des égards, Teenage Sex and Death at Camp Miasma est la continuation parfaite du précédent film de Jane Schoenbrun, I Saw The Tv Glow. Il perpétue ses thématiques sur la transidentité, notre rapport à la fiction dans l’enfance et garde ce côté camp, papier mâché, qui faisait le charme de ce premier long métrage. Sans oublier évidemment le méta commentaire qui prend la forme d’une fiction dans la fiction, qui permet au film d’auto évaluer sa place dans le genre dont il utilise les codes. 

Mais en plus de cette excellente base qui rendait déjà son premier long excellent, Schoenbrun décide, en inscrivant ce film dans la continuité riche et longue du genre slasher, d’en utiliser les thématiques les plus iconiques. Le sexe et la mort d’abord, évidemment, qui en sont les thématiques les plus connues mais aussi cette contre-culture face a une Amérique conservatrice (le slasher conaissant son essor dans les années 80, une époque où les blockbusters se lissaient sous l’ère Reagan).

Ceci dit, le film tourne surtout autour d’une thématique précise, elle-aussi fondatrice du slasher: la pulsion scopique. Si le besoin de voir et d’être vu est un enjeu si important du film, c’est qu’il a été, aux racines du genre, un de ses principes fondateurs. On peut remonter jusqu’à Peeping Tom, premier proto-exemple de slasher, qui en faisait un enjeu narratif essentiel, ou encore tout simplement au premier Halloween de John Carpenter qui commençait justement par un plan subjectif, mettant le spectateur à la place du tueur, créant ce malaise face aux violences qui nous seront montrés par la suite (un plan qui est d’ailleurs directement référencé dans l’intro de Teenage Sex and Death at Camp Miasma). 

Si nous citons toutes ces références (qui peuvent êtres complétées par un long commentaire sur la citation de Sunset Boulevard) ce n’est pour dire que le film est simplement bourrés de référence comme pourrait nous le présenter Tarantino; Mais plutôt qu’il use les aspects d’un genre codifié pour l’adapter à des vues modernes sur l’identité et la sexualité, questionnant alors encore plus notre rapport à la fiction dans notre construction et notre accueil de la violence.

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